print
 

Grand Corps Malade : « La banlieue, laboratoire de langue »

La Seine-Saint-Denis, il la connaît à fond puisqu’il y est né et qu’elle l’a aussi vu scander ses premiers textes, au Café culturel de Saint-Denis. Rares sont les albums où Fabien Marsaud n’évoque pas au moins une fois le territoire, son énergie, sa jeunesse, ses difficultés mais aussi ses richesses en matière de diversité ou de langues. Et il devrait encore être question de Seine-Saint-Denis, indirectement ou directement sur son prochain album, « Poésies » qui sort en octobre. Interview.

JPEG - 78.7 ko

« Je viens de là », « Saint-Denis »… Dans plusieurs de vos textes, vous affirmez votre attachement à la Seine-Saint-Denis. Aujourd’hui encore, vous y puisez une partie de votre inspiration ?

« Oui bien sûr. Même si je n’y habite plus depuis un an et demi, c’est ce territoire qui m’a vu grandir et mûrir. Donc mon inspiration est forcément liée à ce que j’y ai vu en grandissant, elle diffuse dans chacun de mes textes. Et puis, la Seine-Saint-Denis, j’y vais encore régulièrement, j’y ai une partie de ma famille, mes potes. Je me rends aussi régulièrement aux événements de la ville de Saint-Denis. Par exemple, j’étais ravi de pouvoir représenter Saint-Denis et le Stade de France lors du lancement de l’Euro 2016. Bref, la Seine-Saint-Denis, c’est un lieu qui a contribué à faire de moi ce que je suis. »

En juin dernier, vous avez donné un concert au Blanc-Mesnil, où vous avez notamment fait monter sur scène Rachid Amghar, un ami originaire du Blanc-Mesnil à qui vous rendez d’ailleurs hommage dans la chanson « Rachid Taxi »...

« Oui, c’a été un beau moment. Rachid, je le connais depuis 2006, depuis que j’ai commencé mes tournées et qu’il me fallait quelqu’un pour m’emmener à l’aéroport. C’est devenu mon taxi de référence. Entre nous, ça a tout de suite accroché. On a discuté, sympathisé et on été amenés à se voir de plus en plus. C’est quelqu’un de très drôle, attachant et intéressant sur plein de sujets. C’est une bonne claque à toutes les idées reçues qu’on peut avoir sur les taxis, selon lesquels un chauffeur de taxi n’est bon qu’à se plaindre et à écouter RMC. Tout ça m’a donné envie de lui écrire une chanson. »

Vous continuez d’allier concerts dans le cadre de votre carrière et ateliers dans les écoles ou les prisons. Vous avez besoin de ce va-et-vient pour être au contact de la société, pour en parler avec justesse ?

« Tout d’abord, je fais ça parce que j’aime bien le faire. Et je considère aussi que ça reste lié à mon métier. Le slam, c’est aussi faire écrire les gens, leur donner envie de s’exprimer à leur tour. Mais c’est vrai que c’est à l’opposé des strass et des paillettes, des plateaux de télé, du showbiz. Là, on est dans la vraie vie, donc bien sûr que ça me permet aussi de rester en lien avec pas mal de réalités. »

Après les attentats de janvier à Charlie Hebdo et contre l’Hyper Casher, vous aviez écrit un slam pour rendre hommage aux victimes. Vous vous sentiez alors le devoir de défendre la liberté d’expression ?

« Le devoir, non, c’est beaucoup dire. Le lendemain des attentats, j’ai posté un texte sur internet. Ca correspondait à mon émotion du moment, c’était un appel à tous pour défendre la liberté d’expression, que ce soit à travers le stylo ou d’autres modes de création. Ensuite, il y a eu cette soirée d’hommage sur France 2 où il m’ont appelé pour que j’interprète ce texte. Mais plus qu’un devoir, c’était un besoin du moment. »

Plus réjouissant, dans certains textes, vous parlez aussi de la créativité des banlieues en matière de langue. Est-ce qu’encore aujourd’hui, vous lui empruntez de nouveaux mots, de nouvelles expressions ?

« J’essaye. C’est vrai que ça me tient à coeur d’utiliser dans mes textes ce langage-là. Je n’hésite pas à mettre du verlan, de l’argot, des mots d’origine diverse, qui proviennent de la langue arabe ou d’Afrique noire. C’est étonnant de voir à quel point la banlieue est inventive en matière de créations langagières, c’est un vrai laboratoire de langue. J’en parle d’ailleurs dans un de mes textes où je dis : « Chez nous, les chercheurs, les linguistes viennent prendre des rendez-vous. On n’a pas tout le temps le même dictionnaire mais on a plus de mots que vous ». Aujourd’hui j’ai 38 ans, et je suis sûr que je suis déjà complètement dépassé par rapport aux nouvelles trouvailles. Ca va à une vitesse dont on n’a pas idée. »

Enfin, on a pu lire ici ou là que vous aviez redonné envie à Renaud d’écrire. J’imagine que c’est un grand honneur, pour un amoureux des mots comme vous...

« Oui, c’est vrai. Renaud, c’est un peu mon modèle absolu. Je l’écoute depuis que j’ai 10 ans, j’ai dû aller le voir en concert une vingtaine de fois. On parlait justement de l’art de dire des choses fortes avec un langage familier, eh bien à ma connaissance, il a été un des premiers à écrire de beaux textes d’amour, par exemple, avec des mots d’argot. Comment ai-je redonné à Renaud l’envie de réécrire ? Il se trouve que je sors un nouvel album en octobre 2015, intitulé « Poésies », où j’invite aussi plusieurs chanteurs à slamer. J’avais proposé à Renaud d’écrire un de ces textes. On a commencé à s’y mettre ensemble, lui me dictant, moi écrivant, et ça a donné un texte du nom « Ta batterie ». Après cette chanson, Renaud m’a dit : « C’est moins dur de reprendre que je ne le pensais » et il s’est remis dare-dare à créer. Si j’ai donc pu contribuer au retour de Renaud, c’est un immense honneur. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

à lire aussi

Table ronde entre le Président et un panel de parents d’élèves

Cartables de nos enfants, restauration scolaire, équipements numériques… Le 1er juillet dernier, des parents d’élèves ont échangé avec le président du Conseil départemental. Conclusion : c’est ensemble qu’on peut avancer !


N°45 - Septembre-Octobre 2015

Tous motivés pour la rentrée.


Benjamin Dupays : L’entrepreneuriat, une philosophie de vie

Il a 24 ans et a créé en 2011 Centimeo, un distributeur qui accepte les pièces de un, deux ou cinq centimes d’euros. Une entreprise sociale et solidaire 100% made in Bobigny. Portrait.


« Le Nouveau Méliès, un outil de cinéma et un vrai lieu de vie »

Le 19 septembre, Stéphane Goudet, le directeur artistique du cinéma municipal de Montreuil et son équipe vont inaugurer le Nouveau Méliès, situé à deux pas de la mairie. A quelques encablures de l’emplacement qui vit naître en 1897 les premiers studios du monde, ceux de Georges Méliès.