Casting : Les conseils d’Elsa Pharaon

Elsa Pharaon est directrice de casting dans le cinéma. Elle a travaillé pour les plus grands. Elle s’intéresse aux beautés « atypiques » qu’elle trouve parfois au coin
de sa rue. Et nous raconte sa façon de travailler. Rencontre.

Les conseils d’Elsa Pharaon pour un casting

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Quels sont vos conseils pour passer un casting ? Prendre des cours de théâtre ?
Non, je ne conseillerais pas forcément à un jeune qui démarre de prendre des cours de théâtre mais plutôt de faire du sport, de la musique, de la danse, pour avoir confiance en son corps et développer son sens artistique.

A quoi reconnaissez-vous un bon acteur ?

C’est l’habitude, je peux reconnaître un bon acteur avec juste une phrase. Avec juste un « hum, hum ».

Vous arrive-t-il de rappeler pour un film un enfant que vous aviez trouvé sur un casting précédent ?
J’aurais aimé être photographe et je profite des castings pour faire des photos. Tous les gens que je photographie, je m’en souviens. J’ai une bonne mémoire. Notamment de la peau, de la lumière sur la peau. L’autre jour, je me souvenais d’une jeune fille. Et elle pas. Je lui ai ressorti la photo que j’avais faite d’elle quelques années plus tôt. C’est tout à fait normal. Souvent lors du premier casting, on est tellement ébloui émotionnellement qu’on ne s’en souvient pas.

Pourquoi telle personne plutôt qu’une autre ?
La question est : est-ce que j’ai envie de photographier cette personne ? Si j’en ai envie, c’est qu’elle est potentiellement photogénique, ou ciné-génique. Mes castings sont très égoïstes.

Vous vous occupez de casting enfant. Comment savez-vous qu’ils vont faire carrière dans le cinéma ?
Il faut faire attention à qui on amène dans la lumière. On a quand même une responsabilité. Quand je trouve un enfant, je me refuse à l’envisager dans une carrière. Ce sont des enfants assez intelligents, assez responsables, et le tournage doit être quelque chose de bon et de positif.

C’est vous qui avez découvert Adèle Exarchopoulos ?

Ce n’est pas moi qui l’ai découverte car elle avait déjà tourné avant. Mais le jour où je l’ai vue à la sortie du lycée Racine, elle avait 15 ans. J’ai cru tout d’abord que c’était un garçon. Cheveux très courts, Church, chemise. Elle était incroyable. On ne voyait qu’elle à la sortie du lycée. Elle était assise par terre. Elle avait déjà une énergie incroyable.

Concrètement comment procédez-vous pour un casting ?

Comme mon travail est assez aléatoire, j’essaie d’être le plus organisé possible. Je lis le scénario. Par rapport à tel profil, je vais dans tel ou tel quartier. Si on cherche une jeune fille qui fait du violon je vais faire tous les conservatoires de musique. J’appelle, j’essaie d’avoir des rendez-vous. J’ai les yeux ouverts pour toutes les jeunes filles de 16 ans qui font du violon. Et du coup dans la ville je ne fais plus que ça.
Je fréquente les parcs, je vais sur les marchés. Je pars de mon quartier en voiture, à pied et dès que quelqu’un m’accroche l’œil, je lui donne ma carte de visite. Quand je croise un visage qui m’intéresse, j’ai envie de le voir au cinéma.

Etes-vous passée déjà devant la caméra ?
Cela m’est arrivé. J’aime bien être du côté des comédiens. Cela me permet de mieux les comprendre, de mieux comprendre leur difficulté de jouer. Cela me permet d’être plus à l’écoute avec eux, d’être moins dure en fait.

Vous avez faits les Beaux-Arts. Est-ce une bonne formation pour le casting ?
Le fait d’avoir étudié la peinture et le cinéma m’apporte beaucoup dans ce métier. Aux Beaux-Arts on faisait beaucoup de modèles vivants. Plus que des cours de dessin, ce sont des cours d’observation, de regard. D’ailleurs, parfois je croise des visages qui vont me faire penser à un tableau de Renoir...

Vous dévisagez tout le monde tout le temps…

Quand j’arrive à saturation je ne regarde pas de films français ; je ne prends plus le métro ; je ne sors pas dans la rue. Pour me calmer là, je repeins la façade de ma maison. Parce que quand je prends le métro je regarde trop les gens. Je ne peux pas m’en empêcher. Ça part d’une obsession des visages. C’est sans fin… parce que la grâce est partout en fait.

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