Benjamin Dupays : L’entrepreneuriat, une philosophie de vie

Il a 24 ans et a créé en 2011 Centimeo, un distributeur qui accepte les pièces de un, deux ou cinq centimes d’euros. Une entreprise sociale et solidaire 100% made in Bobigny. Portrait.

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Il y en a qui se passionnent pour les timbres, d’autres pour les cartes postales anciennes ou encore les capsules. Lui c’est les pièces, toutes les pièces. Numismate depuis l’enfance, Benjamin Dupays, 24 ans, est aujourd’hui l’heureux patron de Centimeo, une SAS (société par actions simplifiée) solidaire qui propose des distributeurs permettant de remettre les centimes d’euros dans le circuit. L’idée de créer une entreprise lui vient très tôt, bac en poche. Dernier de sa promo, il décrochera malgré tout un bac S. « Mais je n’avais aucune connaissance de l’entrepreneuriat, ma famille n’évolue pas du tout dans cette branche : des grands-parents anciens ouvriers, une mère juriste, un père dans les assurances vie… » La maman trouve l’idée farfelue mais séduisante, le papa a un avis plus tranché : complètement débile, rien de tel que de solides études. Benjamin Dupays est admis à Sciences Po grâce à un 19 en philosophie, son autre passion avec les pièces.

Il s’imagine écrivain, ambassadeur, ou digne héritier d’ Arthur Schopenhauer. Mais comme l’académisme et lui font deux, pas question de suivre des études de philosophie. « Je voulais être indépendant, avec l’envie de me confronter aux réalités du monde afin de nourrir ma réflexion. La philosophie s’appuie toujours sur le réel. » Et de citer Jean-Baptiste André Godin, le champion des poêles en fonte du même nom, manager visionnaire. Cet ex-ouvrier avait bâti un modèle social, le Familistère, inspiré des idées de Charles Fourier, et a été le précurseur des coopératives de production. Dans la logique de Benjamin Dupays, être capable de développer une entreprise qui fonctionne devra représenter un gage de crédibilité dans les travaux de philosophie qu’il espère mener. Et il sait convaincre. Tant et si bien qu’il réussit, à 19 ans, à suivre les cours entrepreneuriat dispensés à Sciences Po. « C’est ma prof de philo qui m’a parlé de ces cours. Là, ils ont adoré mon idée de valoriser un moyen de paiement inutilisé. »

Hypermotivé, en 3e année, il veut profiter du stage à l’étranger pour faire fabriquer un prototype de distributeur automatique. Arrivé à Singapour, il frappe aux portes de tous les fabricants de distributeurs, mais les entreprises sont trop grosses. Alors aussitôt dit aussitôt fait, direction l’Inde. « Mes parents n’ont pas voulu financer ce voyage. J’ai dormi dans des bidonvilles, des hôtels de passe, je mangeais dans les cantines locales et tous les matins, j’allais au café internet pour mes recherches. » Un job de traducteur dans des sociétés de microfibres lui permettra de déjeuner dans de superbes palaces. Après deux mois, il rentre en France, son prototype dans les valises. Il a 20 ans. Sa toute première machine ? Un distributeur de chewing-gums. Il reçoit quelques retours positifs des écoles, d’Aéroports de Paris. Mais sa machine est moche, lui fait-on remarquer. Et les chewing-gums mauvais. « J’ai trouvé un autre fournisseur de machines, et un autre de chewing-gums. » Ce qui lui permettra d’embaucher ses deux premiers salariés, et d’obtenir des financements publics. En 2012, son chiffre d’affaires sera de… 66 euros ! Deux ans plus tard, il passe à 180 000 euros. Et en 2015, il table sur 800 000 euros. « J’espère atteindre 2 millions en 2016 et le grand décollage pour 2017. » En 2020, il espère 20 000 machines dans une trentaine de pays et entre 40 et 75 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Nadège Dubessay

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N°45 - Septembre-Octobre 2015

Tous motivés pour la rentrée.


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