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Zéro faute à La Courneuve

Samedi 20 septembre, la Dictée des cités a réuni 360 participants aux 4000 de La Courneuve. Une grande fête entre générations pour peaufiner l’orthographe et transmettre le goût des mots. Reportage.

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« Sau-gre-nu ». Juché sur une estrade au coeur de la Cité des 4000 de La Courneuve, l’écrivain Rachid Santaki détache soigneusement les syllabes. Dans l’assistance face à lui, certains se poussent du coude, d’autres attendent déjà avec impatience l’entame de la prochaine phrase. Juste devant le centre culturel Jean-Houdremont, 363 têtes sont penchées avec application au-dessus de leur feuille. Après un an d’existence, la Dictée des cités, initiative montée par Force des Mixités, une association d’Argenteuil et l’écrivain de polars Rachid Santaki, originaire de Saint-Ouen, a toujours autant de succès.

Le but de cette gigantesque « fête aux fautes » en plein air déjà passée par Bruxelles ou Marseille : donner à tous, grands comme petits, le goût des mots et de la langue française, sans peur de la sanction, pour le simple plaisir de savoir ou d’apprendre.

Dans le public, venu en nombre, Toumany, Moussa et Abdoukarim, respectivement élèves de CM1, CM2 et 6e dans des établissements de La Courneuve visent le zéro faute pour repartir avec un ballon de foot, l’un des lots proposés. La dictée, oui ça va, ils ne détestent pas, mais c’est vrai qu’aujourd’hui, « il n’y a absolument aucune pression ».

Un peu plus loin, Marie et Lordanshe, toutes les deux en terminale ES au lycée Jacques-Brel, sont venues en voisines pour tirer leur épingle du jeu. « C’est la première fois qu’on participe à cette dictée des cités. C’est une super idée de s’amuser tout en progressant en orthographe », juge Marie. Lordanshe complète : « L’orthographe, c’est important. Parce que ça sert aussi à trier les candidatures. On peut avoir beaucoup de potentiel mais être éliminé pour une mauvaise orthographe, et ça, c’est dommage ».

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Mais en ce samedi ensoleillé, l’aspect zéro faute est finalement secondaire par rapport à l’envie d’apprendre, d’échanger autour d’un texte et de se rassembler entre générations. Zaïa Badna, ancienne habitante des lieux désormais installée dans un autre quartier, est tout sourire : « Ce genre d’initiatives m’enchante. Ca m’a permis de revoir des connaissances. Et puis, pour certains jeunes, ça ne peut leur faire que du bien, les réconcilier avec l’orthographe qu’ils ont tendance à négliger », témoigne cette ancienne habitante de la barre Balzac, démolie en 2011.
C’est justement Balzac qui a les honneurs de la dictée du jour. Durant une demi-heure, nos limiers de la faute auront ainsi planché sur un extrait d’Eugénie Grandet, choisi par Nasreddinne Yahia, enseignant à l’école primaire Joséphine Baker de La Courneuve et par ailleurs membre de l’association AR Jeux qui s’occupe de soutien scolaire.

Point final. Une fois posés les stylos, commence l’attente des résultats. Michael et son pote Zakaria sont en plein débrief. « Ca allait. Mais y avait deux-trois mots assez chauds quand même, « impunément », « saugrenu ». On verra bien », estime Michael, qui souhaite devenir infirmier. Beya Zerguine, elle, ne se lasse pas de certaines scènes entrevues lors de la dictée : « C’était vraiment bien. A côté de moi, les enfants réfléchissaient ensemble et ça, c’est sympa, on voit qu’il y a de l’entraide », constate cette fondatrice à La Courneuve d’un cabinet de conseil spécialisé en accompagnement de projet professionnel.

Abdellah Boudour, président de l’association Force des Mixités, à l’origine de la première dictée des cités en août 2013 organisée sur la dalle d’Argenteuil, récapitule une fois de plus le message du jour : « se remettre en question, apprendre de ses erreurs, dans une dictée comme dans la vie ».

Au final, de nombreux lots seront répartis, trois pour chaque podium des 5 catégories identifiées. Dans la catégorie adultes, Asma Ben Abbes, 23 ans, diplômée en langues étrangères appliquées à Paris VII et souhaitant se former au métier de secrétaire de rédaction dans la presse, s’en sort avec une copie parfaite. Montrant avec fierté les livres, la BD, le flacon de parfum … et aussi le Bescherelle qu’elle a reçus en cadeau, elle conclut : « La dictée, j’aimais déjà bien ça à l’école primaire. C’est sympa de se retrouver comme ça tous autour d’un texte. On s’amuse, tout en se perfectionnant ». Euh, perfectionnant, un n ou deux déjà ?

Christophe Lehousse

A noter que la prochaine Dictée des cités aura lieu en novembre à Saint-Denis.

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