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Vous avez dit écoquartier ?

Saint-Ouen, l’Ile-Saint-Denis : De Visu prévoit également un passage par certains éco-quartiers en cours de construction en Seine-Saint-Denis. Mais au fait, qu’est-ce qu’un écoquartier ? Illustration à partir de la zone qui s’apprête à sortir de terre sur l’Ile-Saint-Denis.

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© Philippon - Kalt, architectes - urbanistes

La zone a quelque chose de lunaire, de désertique. En plein cœur de l’Ile-Saint-Denis, une grande trouée blanche s’ouvre le long du quai du Châtelier, grande de 22 hectares. Ce sont les anciens emplacements des entrepôts du Printemps et des Galeries Lafayette, démolis il y a peu. La fermeture de ces grandes enseignes en 1991 pour le premier, en 2007 pour le second, avait été un choc pour la commune et toute la Seine Saint-Denis, laissant derrière elles un paysage de friches.

Aujourd’hui, la communauté d’agglomération Plaine Commune et la ville de l’Ile-Saint-Denis ont transformé ce traumatisme en opportunité, en faisant de ces terrains l’emplacement du futur éco-quartier dont les premiers bâtiments devraient sortir de terre en 2016.

Mais au fait, qu’est-ce qu’un écoquartier ? Pour l’urbaniste Brigitte Philippon, chargée au sein du cabinet Philippon-Kalt de dessiner le projet de l’éco-quartier fluvial de l’Ile-Saint-Denis, c’est avant tout « un lieu de vie pour tous, dont le programme et les aménagements favorisent les liens sociaux, incitent au partage et à l’économie des ressources ».

Plus précisément, dans le cas de l’éco-quartier fluvial de l’Ile-Saint-Denis, l’enjeu consiste surtout à refaire la jonction entre le sud de la ville, séparé pendant de longues années du reste de la commune par les friches, et le centre-ville.
« Il y a bien sûr des aspects purement écologiques comme le recours à des panneaux solaires, mais nous nous sommes attachés à prendre l’écologie au sens large, dans son acception la plus humaniste », insiste le maire de l’Ile-Saint-Denis Michel Bourgain. Et de détailler l’ambition « 1000 logements, 1000 emplois » qui a présidé à la création de cette nouvelle zone.

Lancé en 2006 par l’Ile-Saint-Denis et la communauté d’agglomération Plaine Commune via une ZAC (Zone d’aménagement concertée), le projet d’éco-quartier fluvial englobe à la fois un espace d’habitations – 1000 logements, dont 30% de logements sociaux – et un secteur devant attirer commerces et entreprises.
Dans quelques années, une passerelle-bus devrait ainsi faire le lien avec la Cité du Cinéma de Saint-Denis, située juste en face, ce qui laisse entrevoir de possibles débouchés dans le secteur de l’industrie de l’image. Par ailleurs, le caractère insulaire de la zone devrait aussi attirer des activités touristiques, avec la volonté de développer le petit bras de Seine en parc de loisirs nautiques.

La grande marque de fabrique du projet étant sa dimension sans voitures : « Les gens pourront naturellement circuler en voiture sur le quai, mais l’intérieur du quartier se parcourra à pied ou à vélo. La jonction entre les deux se fera grâce à des parkings mutualisés où les gens pourront laisser leur véhicule et passer à des moyens de transport plus doux », détaille Brigitte Philippon.

Autre originalité selon la dessinatrice des lieux : « sa mise en scène de l’eau, élément identitaire du quartier, avec des bassins qui récupéreront les eaux de pluie et l’ouverture du quartier sur le fleuve ». La promenade historique du petit bras de Seine, tombée dans l’oubli depuis que les entrepôts du Printemps en obstruaient le passage, renaîtra ainsi à la vie.

Mélange d’exigence sociale et de laboratoire d’idées, le projet a aussi inspiré l’association Bellastock. Partant de la charte écologique signée par les différents intervenants qui préconisaient une réutilisation de certains matériaux issus de la démolition des anciens entrepôts, Bellastock a surfé sur l’idée et élaboré des prototypes de mobilier urbain, de poteaux de soutènement, de murs en pierre sèche pour faire office de séparation entre jardins partagés. Le but : réaliser des économies d’énergie puisque un remploi ne nécessite pas la production de nouveaux matériaux, et conserver quelque part la mémoire des lieux.

« Nous avons créé une zone, Actlab, au cœur du chantier pour ouvrir celui-ci aux visiteurs. L’idée est de montrer la ville en train de se faire et aussi de donner à voir notre travail car le laboratoire lui-même est construit avec des matériaux récupérés », explique ainsi Grégoire Saurel, membre de Bellastock.

D’ici deux ans, ce projet de rénovation urbaine devrait donc commencer à porter ses fruits et à retisser lentement mais sûrement des passerelles entre nord et sud de la commune.

Christophe Lehousse

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© Philippon - Kalt, architectes - urbanistes

L’éco-quartier fluvial en chiffres :

22 hectares, soit 22 % du territoire de l’Ile Saint Denis

1000 logements (30 % de logements sociaux, 70 % en accession à la propriété, dont une partie en accession sociale)

un secteur économique estimé à environ 1000 emplois

90 000 m2 de logements

55 400 m2 d’activité économique (bureaux, entreprises, commerces)

3700 euros : prix moyen du m2 dans les logements en accessions à la propriété (3200 euros en Seine-Saint-Denis)

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© Philippon - Kalt, architectes - urbanistes

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