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Valérie Fratellini : le cirque en héritage

Depuis le milieu du XIXe siècle, les Fratellini ont toujours brillé sur les pistes du monde entier. Valérie a elle aussi le virus et après avoir joué aux côtés de sa mère Annie, elle poursuit son œuvre à Saint-Denis en formant au sein de l’Académie Fratellini les apprentis artistes qui perpétueront la lignée.

L’histoire de Valérie Fratellini est intimement liée à celle de l’académie. A douze ans, après avoir accompagné sa mère Annie Fratellini et Pierre Etaix lors d’une tournée Pinder, Valérie décide de se lancer sur la piste. « Mais à l’époque, il n’existait aucune école de cirque, se souvient-elle. Pierre Etaix dit alors à Annie : « Un art sans école meurt. Toi, Annie Fratellini, avec ton nom, tu te dois de faire une école du cirque. » En attendant la création de cette école, la jeune Valérie faisait ses classes. « J’ai commencé le trapèze avec ma meilleure amie de l’école, Charlotte. On était ensemble depuis la primaire, on était copines… On allait dans le studio de Madame Billot, cité du Midi à Pigalle et dans un gymnase avec un professeur de trapèze, d’acrobatie et la professeure de souplesse, Madame Andrée Jean, tous les mercredis et tous les samedis. »

Pendant ce temps, l’idée de Pierre Etaix faisait son chemin et en 1974, à quatorze ans et demi, Valérie rejoint la toute nouvelle école de cirque Fratellini, avenue Marc Sangnier à Paris. « L’école se tenait au théâtre Quatorze où il y avait aussi des cours de judo. C’était tout en marbre, il y avait beaucoup de poussière blanche et on se salissait beaucoup. Nous avions une professeure de danse classique, Nelly. Monsieur Nowak donnait les cours de mime. Je prenais des cours de trapèze avec Madame Andrée Jean, nous avions un professeur d’acrobatie… Nous étions beaucoup de jeunes, beaucoup d’enfants. Annie avait un tout petit bureau, avec une jeune fille qui l’aidait pour l’administratif. »

Premier spectacle à quinze ans

Dans les familles de cirque, on travaille tôt et Valérie n’échappe pas à la règle. « J’ai fait mon premier spectacle à quinze ans, à Villeneuve-lès-Avignon. Il y avait je crois cette année-là le Cirque imaginaire de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierree. » Valérie se souvient de son premier numéro en public comme si c’était hier. « La veille j’avais pris un coup de soleil ! J’adore le soleil ! Sans écouter les avertissements, comme de juste à quinze ans, j’ai fait la crêpe et le lendemain j’avais un mal de chien ! Mais j’ai dû travailler. »

Pour ses débuts, la jeune trapéziste est gâtée. « Je n’étais jamais montée aussi haut au trapèze, jamais ! J’avais toujours répété à un mètre cinquante. Ma prof m’a dit, typique de la pédagogie de l’époque : « C’est simple Valérie, tu montes l’échelle et tu ne regardes jamais en bas. Pendant tout le numéro tu regardes en face. » J’ai écouté ma prof et ça a été. »

Ensuite l’école de cirque déménage à Alésia. « Nous y avons installé le chapiteau qu’Annie avait acheté. Mais il a fallu l’installer, couper, souder… Moi je tronçonnais les barres de gradin. Ensuite il a fallu peindre… Et nous avons construit un chapiteau neuf. Les deux mâts avaient été offerts par Jean Richard, un des membres d’honneur de l’association de l’école du cirque. Et nous avons commencé à travailler, et puis ç’a été la première tournée. Nous dormions dans les camions ou bien dans des hôtels de passe, c’était le moins cher… »

Nouveau déménagement, l’école Fratellini s’installe rue de la Clôture, elle se rapproche de Saint-Denis… « Sous le périphérique ! Moi je n’ai pas connu ça parce que j’étais à l’hôpital. J’étais tombée du trapèze à la dernière tournée, à Nantua, le dernier jour, le dernier spectacle… J’étais donc à l’hôpital Ambroise-Paré, je venais de me faire opérer. Je suis restée deux mois en chaise roulante. Ils m’ont raconté qu’ils ont dû enlever plein de pavés et faire la chasse aux rats. »

Fratellini, clowns mère et fille

Cette chute est un tournant dans la carrière de Valérie Fratellini. « Après ma chute ma mère m’a dit « Qu’est-ce que tu vas faire ? Tu as arrêté tes études, tu n’as pas le choix : il faut que tu continues. » C’est certainement pour cette raison qu’une fois en charge de la pédagogie des apprentis, elle insiste tellement pour qu’ils aient un diplôme. « Ainsi, même après un accident, ils pourront travailler, enseigner et ne pas quitter le milieu qu’ils aiment. »

En attendant, la jeune Valérie doit se reconvertir. « Un ami de famille, Albert Carré, était dresseur et il m’a mis sur un cheval. Et voilà ! » C’est à ce moment aussi qu’elle est devenue clown. Annie Fratellini et Pierre Etaix avaient formé un duo de clown célèbre et novateur. Annie était la première femme à porter le nez rouge. Mais le couple Annie-Pierre se sépare et l’auguste se retrouve sans clown blanc… « Annie cherchait un autre partenaire. Elle en a essayé trois. Un jour à Bolène, des Américains sont venus faire un reportage sur cette femme clown. Ils ont demandé à Annie pourquoi elle ne choisissait pas sa fille. Elle a d’abord répondu que deux femmes ce n’était pas possible, ça ne s’est jamais vu, ça ne se fait pas… et ils ont répondu « Why not ? ». Et le lendemain, allez hop ! Valérie en clown blanc. »

Une corde de plus à l’arc de Valérie : « J’ai commencé le clown blanc, je faisais encore du trapèze et je commençais le cheval, ça faisait pas mal de boulot… Je suis passée par la magie aussi ! J’étais la partenaire du magicien. J’ai tout de suite fait le charivari (ndlr : sarabande rapide de clowns ponctuée d’acrobaties), je l’ai fait pendant vingt ans le charivari, alors… J’ai fait tout ça, plus les montages du chapiteau, démontage, conduire les camions, m’occuper des chevaux, nettoyer l’écurie, les répétitions, plus les repas à préparer… Ça occupe ! »

L’école devient école nationale et permet à des jeunes dont la famille ne vient pas du cirque de travailler sous le chapiteau. Ainsi, de nombreux grands noms du cirque d’aujourd’hui comme Jérôme Thomas, Pierre Meunier, Agathe Olivier ou encore Camille et Raphaëlle Boitel, y ont été formés. Le décès d’Annie Fratellini en 1997 aurait pu sonner le glas de l’aventure, mais son frère Paul reprend le flambeau et crée à Saint-Denis l’Académie Fratellini en 2003. Désormais centre de formation supérieure aux arts du cirque (CFA), l’Académie Fratellini délivre le Diplôme national supérieur professionnel d’artiste de cirque (niveau licence) après trois années de formation. Les apprentis y viennent du monde entier suivre la pédagogie dirigée désormais par Valérie, directrice adjointe. « C’est pour moi un honneur de travailler ici, de diriger la pédagogie. Je le fais avec les valeurs que mes parents m’ont transmises : honnêteté, intégrité, courage et humilité. » Des valeurs qu’elle transmet à son tour à ceux qu’elle considère comme les futurs Fratellini, les apprentis.

Georges Makowski

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