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Une histoire en musiques

Du rap, du rock, de l’électro, des musiques du monde, du classique… Il y a tout ce que vous voulez en Seine-Saint-Denis. Une richesse culturelle qui trouve ses racines avec la naissance du département.

Une histoire en musiques

La musique en Seine-Saint-Denis ? Vaste sujet. Bien sûr, il y a ce lieu commun, ce raccourci facile qui ferait du territoire un recueil de rythmes hip hop. Après tout, NTM n’est-il pas né à Saint-Denis ? Le groupe n’a-t-il pas marqué les débuts du rap en France, dans les années 90 ? Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit vite que l’affaire n’est pas si simple, loin s’en faut. Qu’il existe ici autant de sonorités que d’histoires.

Une histoire politique, d’abord. Née de la volonté de femmes et d’hommes qui ont forgé ce département. Pour les enfants, ils voulaient offrir le meilleur et montrer qu’il n’est pas réservé à une élite. Ainsi sont nés des conservatoires de haute qualité, avec des enseignements et des artistes exigeants. Des années d’action militante et l’instauration de quotients familiaux brisent les frontières sociales. Et aujourd’hui, avec 42 établissements, on comptabilise davantage d’écoles que de villes qui composent le département. Les conservatoires affichent complets.

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Sofi Jeannin est la directrice musicale de la Maîtrise de Radio France installée à Bondy. Le 3 juin en ouverture du prestigieux Festival de Saint-Denis, Sofi Jeannin a dirigé ce chœur d’enfants lors d’un concert consacré à Hildegard von Bingen, abbesse rhénane du XIIe siècle : Cantiques, puis une création originale d’Ibrahim Maalouf, inspirée par von Bingen.

Une histoire de flux migratoires, aussi. Dans cette banlieue ouvrière, aux portes de Paris, Portugais et Espagnols contribueront à la construction du périphérique. Ils s’installeront ici. Le monde de la biffe des Puces de Saint-Ouen retiendra les manouches. Django Reinhardt, né dans une famille tzigane, arrivera ainsi à Saint-Ouen alors qu’il était enfant. Il apprend la guitare en observant les musiciens de passage au campement. La suite, tout le monde la connaît : il deviendra l’un des plus grands guitaristes. Le jazz manouche est né des doigts du géni. Aujourd’hui, rue des Rosiers, la Chope des Puces accueille l’espace Django Reinhardt avec restaurant, école de musique jazz manouche, studio d’enregistrement, salle de concert… Autre lieu, autre exemple. C’est à Montreuil, que se posera le griot Salif Keita. C’est ici aussi que s’installeront les Toure Kunda. Le groupe sénégalais représentera la première formation africaine à s’imposer dans toute la France. Dans les années 60, naissent de grands ensembles qui abriteront notamment les familles immigrées. Tous arrivent avec leurs cultures, leurs musiques.

Une histoire des classes populaires, enfin. Fin des années 80. Le rap frappe aux portes de La Courneuve, Saint-Denis et Aubervilliers. Là, tout près, se tourne « Hip Hop », l’émission télé de Sidney, pionnier du rap en France. La sauce prend vite, dans ce territoire jeune, rebelle. Les rappeurs crachent leur haine de l’injustice sociale, du racisme, tout comme les rockeurs l’ont fait avant eux. Et s’il paraît que le Slam est né à Chicago, en France, c’est à Saint-Denis qu’il prend racine. Au Café culturel, une bande de jeunes se tâtent à ces joutes verbales. Tout le monde connaît aujourd’hui Grand Corps Malade.

La Seine-Saint-Denis, c’est aussi une affaire de lieux. Dans les années 70, à l’Ile des Vannes de L’Ile-Saint-Denis, ça cogne dur. Des matchs de boxe mémorables s’y jouent à guichets fermés. Là aussi, des meetings politiques enflamment les foules. Et certains se souviennent de concerts historiques : Led Zeppelin, Deep Purple sont passés par là. Chaque mois de septembre, le Parc de La Courneuve devient l’une des plus grandes scènes musicales, en y accueillant la Fête de l’Humanité. Et la Basilique de Saint-Denis réveille ses rois tous les étés avec les concerts du Festival. Très vite, fleurissent ici et là de nouveaux lieux distillant des musiques d’ici et d’ailleurs. Canal 93 à Bobigny, l’OMJA et l’Embarcadère d’Aubervilliers, le Deux pièces cuisine du Blanc-Mesnil, le Cap d’Aulnay-sous-Bois, le Pôle musical d’Orgemont d’Epinay-sur-Seine, Mains d’œuvre à Saint-Ouen, la Menuiserie et la Dynamo de Pantin, le Triton des Lilas, la scène Jean-Roger Caussimon de Tremblay-en-France… L’inventaire est incomplet car trop long.

Forcément, les festivals ne pouvaient que faire écho à ce bouillonnement créatif, cette diversité musicale. Celui de Saint-Denis met en scène un répertoire classique et lyrique orchestré par les plus grands chefs. Barbara Hendricks y est venue tant de fois. Elle, comme d’autres cantatrices, n’ont pas hésité à rencontrer les scolaires dans leurs établissements. Idem pour le festival de jazz Banlieues Bleues où les actions musicales font se croiser un public et des artistes invités autour d’un projet. Les mélopées africaines d’Africolor traversent les territoires pour se mêler à tous les publics autour d’actions culturelles. Toutes ces projets développés à partir des festivals sont soutenus par le Conseil général.

La partition musicale de cette terre de création qu’est la Seine-Saint-Denis ne cesse de se réinventer. Ainsi, aujourd’hui, musiques actuelles et savantes fusionnent ensemble. Dans les conservatoires, on innove, le répertoire se fait davantage collectif. Les rappeurs ont mûri et se plaisent à nourrir leur intensité rythmique de mélodies, classiques parfois. Le mélange en Seine-Saint-Denis ? Après tout, quoi de plus normal.

Dossier réalisé par Nadège Dubessay.

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Où jouer en Seine-Saint-Denis ?

Les studios de répétition et d’enregistrement – publics ou privés - sont légion. Dans le début des années 80, Montreuil se peuple de petits studios, répondant à la demande d’artistes installés nombreux ici.


Fête de la musique 2014

Le 21 juin, c’est la fête de la musique dans tout le département ! Lien utile pour chercher votre programme ville par ville… Bonne fête !