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Un laboratoire contre les violences envers les femmes

Mardi 17 novembre 2015, les 11èmes rencontres Femmes du monde en Seine-Saint-Denis se tenaient à la Bourse départementale du travail à Bobigny. Une journée de rencontre, de bilan, de partage d’expérience entre professionnels pour faire reculer les violences envers les femmes.

« Après les événements tragiques qui ont frappé Paris et la Seine-Saint-Denis, maintenir cette journée est essentiel. Car l’égalité entre hommes et femmes est précisément une de nos valeurs que les fanatiques cherchent à abattre » déclarait Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis en ouverture des débats.

« Nous voulons nous inspirer de ce qu’il y a de meilleur dans le monde et partager notre expérience pour faire respecter le droit des femmes à vivre en sécurité. » Ernestine Ronai, directrice de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes présentait ainsi la démarche de ces rencontres. Cette année, les récents attentats de Paris n’ont pas permis aux intervenants étrangers de répondre à l’invitation de l’Observatoire. Cependant un représentant de l’ambassade d’Argentine était tout de même présent lors de la projection d’un diaporama présentant la marche historique des femmes contre les féminicides. Plus de 150 000 personnes, hommes et femmes ont défilé dans les rues de Buenos Aires affichant le slogan Ni una menos, pas une de moins. Une indignation qui a gagné le Chili, l’Uruguay et Mexico. Le 7 novembre dernier, 200 000 personnes défilaient dans les rues de Madrid pour exiger que la lutte contre les violences envers les femmes devienne une « affaire d’Etat ».

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Au micro, Ernestine Ronai, la responsable de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes

Si la lutte contre les violences envers les femmes a connu autant de succès ces dernières années, c’est par la capacité de l’observatoire à fédérer les énergies de professionnels et d’associations de terrain motivés et efficaces, à inventer des solutions nées du partage de l’expérience, les examiner pour en améliorer encore l’efficacité.

Le téléphone portable d’alerte pour les femmes en très grand danger en est l’exemple le plus marquant. Créé il y a six ans en Seine-Saint-Denis et généralisé au reste de la France depuis 2014, ce système d’alerte en cas d’agression a déjà sauvé des vies. Au niveau départemental, 202 femmes en ont bénéficié. Aujourd’hui 33 femmes disposent d’un de ces téléphones et 16 ont un portable d’alerte réservé en prévision de la sortie de prison de leur agresseur. Ce dispositif est très performant : il a permis de rendre exceptionnels les contacts physiques entre la victime et son agresseur. Il procure à la victime un sentiment de sécurité. 153 femmes ont d’ores et déjà restitué leur portable d’alerte.

Isabelle Schmelck, première vice-présidente du tribunal de grande instance de Bobigny présentait les résultats de la mise en œuvre de l’ordonnance de protection pour les femmes victimes de violences. Ce dispositif existe depuis 2010 et depuis deux ans 300 demandes sont déposées chaque année. La quasi-totalité des ordonnances de protection font interdiction au conjoint violent d’entrer en contact avec la demanderesse. Malgré un manque de personnel au tribunal de Bobigny (neuf juges aux affaires familiales au lieu de treize), les réponses parviennent dans la semaine et de 24 à 48 heures maximum dans les cas d’urgence.

Une étude de 2009 a montré que la moitié des féminicides s’est déroulée lors de l’exercice du droit de visite du père. Le juge aux affaires familiales peut désormais exiger une mesure d’accompagnement protégé. Les visites se déroulent alors dans « un espace de rencontre qu’il désigne, ou avec l’assistance d’un tiers de confiance ou du représentant d’une personne morale qualifiée. » Depuis octobre 2012, 40 mesures d’accompagnement protégé ont été prononcées par les juges aux affaires familiales de Seine-Saint-Denis et il n’y a eu aucun passage à l’acte violent du père sur la mère.
Que deviennent les enfants lorsqu’un un des parents a tué l’autre ? La Seine-Saint-Denis innove encore avec un dispositif expérimental prenant en charge rapidement ces enfants. Professionnels de la santé, de l’éducation et magistrats mettent en place un suivi indispensable pour éviter le stress post-traumatique et réduire les risques qu’une fois adultes, les enfants ne reproduisent pas ce qu’ils ont subi.

A la veille d’un examen par une commission mixte paritaire du texte de loi sur la prostitution, la deuxième partie de la matinée était consacrée au thème « violences sexuelles et prostitution ».

L’association italienne Giraffa Onlus a témoigné de son action dans la région de Bari en faveur des femmes victimes de violence. Elle a également créé une maison refuge pour les femmes victimes de la traite à des fins sexuelles. Elle a mis en place un numéro d’écoute depuis appliqué sur l’ensemble du territoire italien, a incité une modification de la législation sur les violences envers les femmes.

« La prostituée n’est pas une femme libre. On est toujours victime. Soit de réseaux, soit de son passé », affirme à la tribune Rosen Hircher. Elle raconte ses premières passes dans un bar à hôtesses parisien, l’illusion d’y être allée d’elle-même et les vingt-deux ans de prostitution qui ont suivi. Elle témoigne de sa dissociation corps/tête, son long travail de prise de conscience sur ce qui l’a amenée à se vendre. Une enfance où son père la prive de sa mère, le viol par un oncle. Puis sa volonté de s’en sortir, de se reconstruire. Et sa longue marche de Saintes (Charente-Maritime) à Paris pour faire abolir la prostitution.

Sortir de la prostitution est un chemin long et difficile. Patricia Léger explique comment L’Amicale du Nid soutient les personnes tout au long de ce processus. Avec une écoute adaptée, en assurant leur sécurité, en les aidant à se réapproprier leur corps devenu étranger, leur procurant un logement, les guidant vers l’autonomie, en favorisant leur insertion sociale et professionnelle, en venant en aide à leur enfant et leur permettant de retrouver leur place de parent.

La suite de ces rencontres a été consacrée aux échanges d’expérience entre professionnels. Puis les auteures Sabine Panet et Pauline Penot ont lu un extrait de leur livre La tête ne sert pas qu’à retenir les cheveux, sur le thème de l’excision. Cette journée s’est conclue par la pièce La Sorcière de Jules Michelet, adaptée et interprétée par Julie Timmermann.

Georges Makowski

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