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Thomas Cailley, un Montreuillois de combat

Si son premier long-métrage prend pour décor les Landes, le jeune réalisateur Thomas Cailley a élu domicile à Montreuil. Où il était justement mercredi 27 août pour présenter « Les Combattants », une histoire hilarante d’amour et de survie.

Il aime les horizons des Landes, les animaux comme ressort narratif et s’enfermer à double tour pour écrire ses scénarios. Il n’aime pas les histoires trop psychologisantes, les castings traditionnels, les personnages trop lisses. Thomas Cailley était mercredi soir au cinéma Le Méliès de Montreuil pour y présenter « Les Combattants », une comédie poétique qui raconte la tentative d’apprivoisement de deux jeunes gens, Arnaud, menuisier au grand cœur et Madeleine, obsédée par la fin du monde.
Le jeune réalisateur, 34 ans, qui habite justement Montreuil et avait déjà bénéficié d’une aide du Conseil général pour son court-métrage « Paris Shanghai » (2011), est sur un petit nuage depuis le succès – mérité – de ses « Combattants », repéré à l’occasion de la Quinzaine des réalisateurs du dernier festival de Cannes. Interview.

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Quel a été le point de départ dans l’écriture de votre film : une rencontre improbable entre deux personnages, l’idée de survie ?

« Pour moi, mon film pourrait se résumer ainsi : c’est l’histoire d’une fille qui attend la fin du monde et celle d’un garçon qui va lui apporter cette fin du monde sur un plateau. On part de quelque chose qui pourrait ressembler à une chronique adolescente, quelque chose d’assez réel. Et puis, la fiction arrive par le biais de cette fille très particulière. Dans la deuxième partie du film, on est dans son monde à elle et dans celui de l’armée avec ses codes. Mais comme tous les deux constatent qu’ils n’apprennent rien de ce monde parce qu’il ne leur correspond pas, on passe dans un troisième univers qui est le leur. Elle attendait la fin du monde, il lui propose le début d’un nouveau. »

Votre film est porté par deux personnages très différents. L’idée, c’était de faire se rencontrer deux personnages qu’a priori tout oppose ?

« Ils sont effectivement très différents, mais ils ont aussi des points communs. Notamment le fait qu’ils aient tous les deux développé un instinct de survie. Arnaud (joué par Kévin Azaïs, ndlr) vit dans un univers sans horizon, il est prisonnier de son cocon familial, donc il possède un fort instinct de conservation. Et Madeleine (interprétée par Adèle Haenel) attend un combat qui ne vient pas, elle pense que la survie est supérieure à la vie. Donc même s’ils sont très différents, ces deux-là partagent quelque chose. »

La survie, c’est en général tragique, dramatique. Vous, vous traitez ce sujet sur le mode comique. Pourquoi ce contrepied ?

« La comédie permet de déplacer le débat. Si j’avais choisi l’aspect dramatique de la survie, le film se serait réduit à peau de chagrin. On aurait eu des personnages qui se demandent vaguement ce qu’ils sont prêts à faire pour survivre, et voilà. Là, le fait que le trivial côtoie l’abstrait, non seulement ça fait rire, mais ça ouvre sur de vraies questions. Et puis je voulais à tout prix éviter l’introspection : ne pas tomber dans une histoire de deux personnages malades, conscients de leur maladie, et qui se retrouvent à prendre des médicaments pour aller mieux. Le fait d’avoir des personnages bruts, qui sont dans l’action, permet d’avoir plus de liberté. »

Le passage sur l’armée et son stage commando, comment cela vous est-il venu ?

« Le fait que le film tourne autour de l’idée de survie m’a orienté assez logiquement vers l’armée, qui professe qu’une bonne école de vie est justement la survie. Et puis, il y avait ce bus qui faisait le tour des plages l’été dont j’avais été témoin et qui m’a toujours étonné. L’armée déploie tout un arsenal de recrutement, une stratégie marketing que je trouve passionnante. Je trouve ses slogans très drôles : « Devenez vous-même », « S’engager. Pour soi, pour les autres ». C’est assez curieux qu’un corps qui est censé assurer la sécurité des autres et défendre les valeurs de la République mette en avant l’épanouissement personnel. Si ça, ça fonctionne – et ça fonctionne – on est en plein dans une crise de sens. »

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Pourquoi avez-vous choisi les Landes comme décor de votre film ?

« D’abord, c’est un lieu que je connais bien : là je vis à Montreuil, mais j’ai grandi en Aquitaine. Les Landes, c’est un paysage qui vous empêche de vous projeter vers la ligne d’horizon parce qu’il y a toujours quelque chose - des pins, des maisons - qui vient couper cet horizon. Narrativement c’était intéressant parce que mes personnages eux mêmes n’ont pas de visibilité et sont désorientés. »

Comment avez-vous choisi vos acteurs ? Vous connaissiez déjà Adèle Haenel, qui a elle aussi grandi à Montreuil ?

« Non, on ne s’était jamais vus avant. C’est simple : pour notre casting, on s’est dit qu’on voulait d’abord chercher des personnes avant de chercher des personnages. Donc aux acteurs qui se sont présentés pour le rôle de Madeleine, nous n’avons pas dit : « joue Madeleine ». On a au contraire essayé de mieux faire leur connaissance en leur posant des questions qui avaient évidemment un rapport avec le caractère extrêmement décidé de Madeleine. Du coup, à Adèle, on lui a demandé de raconter une situation gênante qui lui avait donné envie de partir immédiatement. Et elle nous a répondu : « les mecs, je trouve votre question complètement con. Moi quand j’aime pas une situation, je me barre direct. Donc j’en ai aucun souvenir ». Et là, je me suis dit qu’on tenait peut-être un truc. Après, on a surtout pas fait de répétitions : il fallait que les choses gardent leur fraîcheur. On les a juste fait se battre une fois. Et quand Adèle a mis KO Kévin qui semblait quand même content, je me suis dit que c’était bon. »

Il y a aussi un gros travail sur la photographie dans votre film, avec des ambiances de couleur différentes...

« Oui, David, mon frère, dont c’était le premier film en tant que chef opérateur, a réalisé un gros boulot. Durant l’écriture du film, on avait un tableau en liège où on punaisait un peu tout ce qui nous tenait à cœur : des coupures de journaux, des tableaux, des images, un peu tout ce qu’on voulait mettre dans ce film. Ça nous a aussi aidés pour le profil colorimétrique du film. Au début, on est dans des tons bleus assez froids qui miment la situation gelée entre les personnages. Ensuite, on passe au vert de l’armée. Puis le jaune prend vraiment le pouvoir avec cette rivière magnifique des Landes sur laquelle on a tourné. On a ainsi un voyage du froid au chaud qui correspond aux trajectoires des personnages. »

Enfin, il y a pas mal d’animaux dans votre film : un chien, des poissons, un renard et même un furet. Pourquoi ?

« J’aime bien mettre des animaux dans mes films parce qu’on ne peut rien fabriquer dans le jeu avec eux. Du coup, ça crée de la spontanéité et ça permet d’accélérer la narration. Par exemple, pour le furet, c’est le premier élément qui rapproche vraiment mes deux personnages alors que leur différence ne leur permettrait a priori pas de se rencontrer. En fait, c’est une sorte de furet ex-machina, un coup de pouce narratif quoi. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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