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Table ronde entre le Président et un panel de parents d’élèves

L’intégralité des échanges.

Cartables de nos enfants, restauration scolaire, équipements numériques… Le 1er juillet dernier, des parents d’élèves ont échangé à bâtons rompus avec le président du Conseil départemental. Conclusion : c’est ensemble qu’on peut avancer !

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Stéphane GABALI
Le cartable des collégiens est très lourd et cela a des conséquences sur la santé des jeunes en pleine croissance. Envisagez-vous de mettre en place une version numérique de leurs livres ?

Stéphane TROUSSEL
Pour alléger le poids des cartables, nous essayons d’installer des casiers dans tous les collèges, avec des systèmes sécurisés, protégés, et en nombre suffisant. Cela dit, la question des livres, et donc des ouvrages numériques, est un domaine qui relève de l’Académie. Le Conseil départemental est responsable de tout ce qui relève de l’entretien, de la construction des collèges, de la restauration et de la sectorisation. Tout ce qui concerne les enseignements pédagogiques est de la responsabilité de l’Education nationale. Mais nous avons choisi de travailler plus étroitement ensemble, afin de renforcer de manière très importante cette question du numérique et de l’équipement informatique dans tous les collèges. Ce projet d’ampleur départemental doit nous permettre en quelques années de rattraper le retard pris dans ce domaine.

Stéphane GABALI
Sera-t-il possible de contrôler l’accès à certains sites internet sur les Smartphones des collégiens ?

Stéphane TROUSSEL
Nous sommes très vigilants. De manière systématique, il n’y a pas d’accessibilité au Wi-Fi de l’établissement avec le Smartphone. Les accès aux réseaux sont sécurisés, avec impossibilité d’aller se connecter sur un site inapproprié. Nous avons aussi eu quelques débats, sur le fonctionnement des ports de Wi-Fi.

Hélène BERGOUNHON
Vous pensez aux ondes ?

Stéphane TROUSSEL
Tout à fait. Nous avons pris en compte ces préoccupations. Des instructions sont données, pour que l’usage du Wi-Fi ne soit pas utilisé systématiquement dans toutes les classes et à tout moment.

Serge COHEN
Vous avez la volonté de mettre un ordinateur pour quatre collégiens, ce qui constitue un grand pas. Mais est-ce qu’il ne faudrait pas permettre à chaque collégien d’avoir son propre matériel informatique ?

Stéphane TROUSSEL
Je pense que nous avons eu raison de faire ce choix-là, même s’il a été un peu controversé. Certes, il y a une dizaine d’années, le Conseil départemental avait mis en place une aide à l’achat d’un ordinateur pour tous les élèves de Sixième. A cette époque, l’enjeu était de faire entrer les ordinateurs à la maison. Aujourd’hui, la réalité est autre : le coût d’une tablette est relativement faible, et de plus, 80 à 90 % des familles en sont équipées. On est donc progressivement passés d’une aide individuelle des élèves, à un système où il s’agit d’équiper massivement les salles de classe et les centres de documentation des collèges. De ce fait, l’enjeu est désormais de maitriser l’outil informatique, y compris parce que – il faut être clair – il existe de vrais risques à l’utilisation de ces technologies chez les enfants.

Serge COHEN
Mais les professeurs sont-ils suffisamment formés dans ce domaine ?

Stéphane TROUSSEL
En tout cas, je ne veux pas que ce soit un obstacle ou une excuse pour que le Conseil départemental, lui, ne fasse pas le pari du numérique. A l’Éducation nationale nous avons dit : « bon, nous on met le paquet, à vous de jouer ». A vous de jouer pour former les enseignants, à vous de jouer sur les contenus, les logiciels, à vous de jouer pour que, dans les établissements, il y ait du personnel en plus pour faire la maintenance, pour former les collègues. Et donc oui, ça a été un enjeu quand on a ouvert nos douze nouveaux collèges à la rentrée 2014, qui sont tous « full info », avec un nombre de matériels d’une grande modernité. Il fallait que les responsables de l’Education nationale se mobilisent pour qu’il y ait des enseignants spécialisés, des référents nouvelles technologies dans chaque établissement, et ils ont joué le jeu !

Serge COHEN
Le Département a décidé d’avancer. Mais j’insiste : cette mécanique, il faut savoir la faire marcher…

Stéphane TROUSSEL
Vous savez, lors de mes visites sur le terrain, j’ai vraiment eu le sentiment que certaines équipes pédagogiques parfois peu réceptives, parfois revendicatives sur un certain nombre de questions, se rendaient très vite compte des opportunités extraordinaires du numérique pour faire travailler leurs élèves et pour transformer le cours des choses. Mais c’est peut être mon optimisme qui me fait dire ça…

Rémi BENAYOUN
Pas toujours facile de trouver un stage d’orientation en fin de Troisième correspondant aux vraies attentes de nos enfants…

Stéphane TROUSSEL
Je partage pleinement votre constat. On entend parfois des parents, des enseignants nous dire « en Seine-Saint-Denis, c’est plus difficile qu’ailleurs ». Plus difficile parce que quand nos élèves affichent leur adresse, les préjugés sont là ; plus difficile parce qu’il y a des gamins qui n’ont pas forcément des parents qui travaillent dans un domaine qui les passionne. Dans ma permanence à La Courneuve, des parents viennent me voir à la dernière minute : « Monsieur Troussel, pourriez-vous nous aider, il n’a rien trouvé, ou alors, il va aller à l’épicerie du coin, ou il va aller dans l’école maternelle où dix ans plus tôt il était lui-même allé ». Face à cette problématique, on essaie d’agir. Nous avons mis en place monstagedetroisième.fr, une plate-forme numérique accessible aux élèves de troisième.

Custodia DA SILVA
Apparemment, les gens ne sont pas au courant…

Stéphane TROUSSEL
Donc, on relancera l’information en direction des équipes pédagogiques ! L’idée, c’est de solliciter toutes les entreprises du territoire et de mettre en regard leurs offres de stages avec les besoins des collégiens. Un véritable coup de pouce pour les jeunes. Et il y a des entreprises qui ont vraiment joué le jeu, comme Orange, SFR, la RATP, ou certaines PME de Seine-Saint-Denis. Je pense aussi à la SNCF qui a bâti une vraie proposition de découverte professionnelle. Les idées et les initiatives ne manquent pas, et nous voulons aider le jeune, la famille, le prof qui hésite ou ne sait pas comment trouver la bonne information, au bon moment et au bon endroit.

Hélène BERGOUNHON
Comment améliorer la qualité de la nourriture dans les cantines des collèges ?

Stéphane TROUSSEL
La restauration scolaire est aussi l’une de nos priorités, car pour un certain nombre de gamins, c’est souvent le seul repas équilibré de la journée. Il faut savoir que dès que vous êtes dans la restauration collective, vous avez des contraintes supplémentaires en matière de normes d’hygiène. Pour respecter ces règles, nous avons déjà construit six cuisines centrales, qui desservent 46 collèges. Ça fait à peu près une zone de sept-huit établissements pour chacune d’entre elles. D’ailleurs, il serait intéressant que vous, parents d’élèves, puissiez les visiter…

Serge COHEN
Les enfants disent qu’ils n’ont plus de choix en deuxième service…

Stéphane TROUSSEL
A moi de vous poser une question : combien d’entre vous siègent dans les Conseils d’administration des collèges ? Les élections des parents d’élèves et la participation à la vie des collèges, c’est important. A quelle heure la fabrication des repas commence, comment les emplois du temps sont-ils gérés, comment organiser le deuxième service ? La question que vous me posez doit être traitée dans les commissions permanentes, dans les Conseils d’administration, là où les parents ont leur mot à dire.

Stéphane GABALI
Dans les cantines, avez vous fait venir de grands Chefs comme on voit à la télé ?

Stéphane TROUSSEL
Alors, je ne saurais pas dire si on l’a fait récemment, mais on participe chaque année à la Semaine du goût, que ce soit dans nos crèches ou dans nos collèges, pour inciter les professionnel des cuisines à aller plus loin dans l’innovation.

Mohammed EL ALAOUI
Le Conseil départemental va-t-il encore construire de nouveaux collèges ?

Stéphane TROUSSEL
Douze nouveaux collèges ont été ouverts en 2014, et on va continuer… Dès septembre prochain, avec le nouveau collège du Bourget, et avec celui de Saint-Ouen qui va être rénové. Et ce n’est pas fini, car on a besoin de nouveaux établissements, pour accueillir de nouveaux élèves. La Seine-Saint-Denis est un département dont la population continue d’augmenter, compte tenu des projets de développement de territoire. Qui dit nouveaux quartiers, dit nouveaux habitants, et besoin de nouveaux collèges. Le Conseil départemental vient d’ailleurs de voter son plan Ambition collèges 2020, avec la livraison de plusieurs établissements supplémentaires neufs (Livry-Gargan, Montreuil, Aulnay, Drancy-La Courneuve-Le Bourget, Saint-Denis-Aubervilliers, Gagny-Le Raincy-Villemomble, Noisy-le-Sec), mais aussi un plan massif d’intervention sur 80 établissements existants qui ont besoin d’une remise à niveau, de travaux de sécurité ou d’une extension.

Sabrina DOMINGOS
Dans le collège de mon fils, la climatisation marche mal. Comment contrôlez-vous les dépenses énergétiques ?

Stéphane TROUSSEL
Les questions énergétiques sont au cœur de nos préoccupations. Il y a des collèges qui ont été construits il y a très longtemps, et qui sont devenus des passoires énergétiques. Ils dépensent des sommes folles en chauffage et en fluides, et donc cette question a été ciblée comme un axe prioritaire dans tous les travaux que nous engageons aujourd’hui. Mais ce que vous me décrivez là, est un dysfonctionnement que les équipes de terrain et celles du Conseil départemental doivent régler sans tarder.

Stéphane GABALI
Avez-vous prévu de revoir la gestion de la sécurité dans les collèges ?

Stéphane TROUSSEL
Il est impossible que nos gamins aillent à l’école, la peur au ventre. Pour ce qui est de notre responsabilité sur le bâti, je n’ai pas de tabou. Même s’il faut installer des barrières, des grilles, voire des caméras… Cette question est d’ailleurs inscrite au cœur du programme type de nos nouveaux établissements. Nous avons aussi une équipe départementale qui travaille avec les services de la Police nationale, avec l’Education nationale, avec la police municipale, avec les équipes de médiateurs et les entreprises de transports. Un vrai travail partenarial. Sans vouloir polémiquer, 80 000 postes d’enseignants et d’assistants d’éducation ont été supprimés ces dernières années dans l’Education nationale, et cela a eu des conséquences en Seine-Saint-Denis. La ministre de l’Education s’est engagée à rétablir un certain nombre de postes et nous aurons des affectations supplémentaires. Mais il faut encore remonter la pente, surtout dans ce territoire où il y a encore plus de besoins qu’ailleurs.

Custadia DA SILVA
Lorsque je suis allée inscrire ma fille en sixième, on m’a dit que je bénéficierais d’un chèque rentrée de 200 euros. Mais que je ne le percevrais pas avant 2 ou 3 mois…

Stéphane TROUSSEL
Oui nous sommes dans la première année de mise en place de cette nouvelle mesure qui concerne tous les élèves qui entrent en sixième dans nos 125 collèges publics, pour aider leurs parents à acheter des fournitures scolaires, des livres ou du matériel numérique. C’était un des engagements de campagne des candidats de la majorité départementale, et j’ai à cœur de m’y tenir. J’ai voulu que cette mesure soit réservée aux élèves de sixième, parce que c’est une période compliquée de la scolarité des enfants. On passe d’une classe de primaire où l’enfant est entouré par un seul maître, à un univers où il y a des bien plus grands que lui, où il a quinze enseignants, et où il change de salle de classe toutes les heures… Sans perdre de temps, nous avons lancé la procédure… Mais dans une collectivité, il y a des règles : il faut lancer des appels d’offre, prendre une délibération. Tout ça est un peu long et il faudra accepter un peu de souplesse sur cette première rentrée.

Custadia DA SILVA
C’est appréciable, parce qu’enfin, on a quelque chose pour nos enfants…

Stéphane TROUSSEL
Malheureusement, je suis obligé de vous informer que cette mesure vient d’être mise en cause par les élus de l’opposition. Suite à un référé qu’ils ont déposé devant le tribunal administratif, la mise en place du chèque-réussite est suspendue jusqu’à nouvel ordre. Je suis scandalisé par l’attitude de ces élus qui privent ainsi 18 000 familles d’une aide financière conséquente. Ils auraient pu mener un combat politique contre moi afin d’obtenir un élargissement de la mesure aux élèves du secteur privé, mais ils n’avaient pas le droit de s’en prendre ainsi aux élèves et aux familles bénéficiaires de cette aide. Nous allons tout faire devant les tribunaux, pour défendre une mesure très attendue par vous les parents, en espérant qu’elle puisse être mise en application le plus rapidement possible.

Rémi BENAYOUN
Y a t-il des échanges avec les écoles privées ?

Stéphane TROUSSEL
Nous avons forcément des relations et des discussions, parce que l’enseignement privé sous contrat, confessionnel ou pas, fait l’objet d’une convention avec le Conseil départemental. Nous leur versons une dotation de fonctionnement, et puis nos élus départementaux sont invités à participer aux Conseils d’administration. Mais, comme le secteur privé n’a pas les mêmes obligations de scolarisation des élèves, soit en fonction de leur quartier, soit en fonction de leurs projets, nous n’entretenons pas des relations aussi poussées qu’on peut avoir avec les collèges publics, dont nous avons la responsabilité.

Sabrina DOMINGOS
Est-il exact que dans les nouveaux collèges, il y a des équipements ouverts aux parents et aux habitants du quartier…

Stéphane TROUSSEL
Tout à fait. Nous avons voulu que nos établissements soient à la fois modernes, sécurisés, bien équipés, mais qu’ils offrent aussi des lieux ouverts pour faciliter la participation des parents à la vie des collèges. De même nous avons souhaité que les équipements sportifs des collèges puissent être utilisés en-dehors du temps scolaire, le soir, le week-end ou pendant les grandes vacances. Une utilisation en commun qui exige un minimum de responsabilité. Les Villes étaient très contentes qu’on construise de nouveaux collèges. Elles étaient très contentes qu’on réalise des équipements sportifs supplémentaires gratuits. Elles étaient très contentes que je leur dise qu’en dehors du temps scolaire, elles allaient pouvoir les utiliser comme elles le veulent. Mais au final, certaines voudraient ne rien partager. Et ça, ce n’est pas possible.

Hélène BOURGOUNHON
Comment le Conseil départemental peut-il résoudre les problèmes de sureffectif, pour aider les collégiens à mieux travailler ?

Stéphane TROUSSEL
80 000 postes de fonctionnaires de l’Education nationale ont été supprimés ces dernières années. Le nouveau gouvernement a décidé de faire de l’éducation une priorité. Elle est réelle, car depuis deux ans, nous bénéficions chaque année de créations de postes. Mais le retard est tellement grand maintenant, que cela ne suffit pas. Certaines situations sont inacceptables. Grâce à l’ouverture d’un nouveau concours pour le recrutement des enseignants, le département va accueillir 500 enseignants supplémentaires dès cette rentrée de septembre. Dans un territoire comme le nôtre, où la démographie scolaire continue d’augmenter, il est indispensable de maintenir cet effort. Je ne vous dis pas que ça tout va s’améliorer instantanément, mais j’espère en tout cas, que nous sommes tous ensemble sur le bon chemin…

Propos recueillis par Sabine Cassou

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