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Signé Jaurès

Il y a 100 ans, Jean Jaurès était assassiné. Aujourd’hui, on ne compte plus les rues et les écoles portant son nom. Éclairage sur quelques lieux emblématiques du département.

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Le 23 décembre 1916, la guerre fait rage. Ce jour-là, à Bobigny, le Conseil municipal prend connaissance d’une communication du conseiller Vasseur. Celui-ci déclare que « nombre de citoyens balbyniens ont trouvé bizarre et regrettable que Bobigny fut peut-être une des rares communes républicaines de la Seine où le nom de Jaurès, le grand champion du droit et de la paix, ne soit pas honoré ». Il fait remarquer que « Paris qui, cependant, possède un Conseil où les éléments sont très mélangés, n’a pas manqué à son devoir envers la première victime de la guerre ». Après un échange de vues, la proposition est votée à la majorité. La rue de Romainville est débaptisée et devient l’avenue Jean-Jaurès.
Plus tard, en 1919, le conseiller municipal Mathé demande qu’un tableau soit apposé dans la salle des séances reproduisant la photographie de Jaurès, accompagné d’une inscription en hommage au grand homme.

À partir de 1914 et jusqu’après le Front populaire, de nombreuses communes rendent hommage à celui qui lutta jusqu’au bout pour imposer la paix. On ne compte plus les écoles qui prennent le nom de Jaurès. Dès 1914 , Pierrefitte donne à son école du centre le nom de groupe scolaire Jean-Jaurès. Dix ans après sa mort, en octobre 1924, le nouveau stade municipal aux Pavillons-sous-Bois prend le nom du grand tribun. En 1932, à Neuilly-sur-Marne, la seconde école de la ville est ouverte dans le quartier de l’Avenir : elle prend le nom de Jaurès. En 1934, le 1er octobre, c’est au tour du Pré Saint-Gervais de rendre hommage au lutteur en apposant son nom au fronton du groupe scolaire.
L’année suivante, c’est Le Blanc-Mesnil qui baptise son école de garçons. Quant à Villetaneuse, le nom de son école est, bien sûr, celui du défenseur du prolétariat qui lui est attribué.

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Le 25 mai 1913, au Pré Saint-Gervais, on manifeste, Jaurès en tête, contre la loi élargissant à trois ans le service militaire.

La République sociale

Le 25 mai 1913, au Pré-Saint-Gervais, sur la butte du Chapeau-Rouge, une manifestation est organisée pour protester contre la loi élargissant à trois ans le service militaire. Les organisateurs sont prévenus : pas de manifestation-cortège, uniquement une manifestation-meeting. La loi autorisait les réunions publiques, mais pas sur la voie publique… C’est donc sur un terrain privé que 150 000 personnes vont transformer le site en une vaste kermesse. Sur la butte, 14 tribunes ont été dressées et 5 orateurs vont se partager un temps de parole d’une heure.
Jean Jaurès arrive à 14h30, accompagné d’une foule évaluée à 4 000 personnes chantant l’Internationale et brandissant des drapeaux rouges. On crie « hou ! hou ! les 3 ans ! » Jean Jaurès prend place à la 10e tribune, il sera le 5e orateur. Au milieu des chapeaux ronds, des canotiers, des casquettes, il déclare : « Dans cet horizon bleu, nous voyons dans un même rang, le souvenir de ceux qui sont tombés pour la cause, et les travailleurs qui poursuivent la réalisation de cette cause, leur idéal : la République sociale. »
Madeleine Rebérioux, historienne spécialiste de Jaurès écrivait : « Ce genre de rassemblement en plein air convenait à Jaurès, à son coffre, à sa voix de bronze. Il en avait acquis l’habitude entre 1899 et 1901, lors de longues grèves du Creusot, de Montceau-les-Mines, de Saint-Étienne. »

En 1925, Paris annexe une partie de la zone située de chaque côté des fortifications et Le Pré Saint-Gervais perd la butte du Chapeau-Rouge, devenu un très beau parc, situé dans le XIXe arrondissement de Paris.

En 1937, Jacques Duclos, député du Front populaire à Montreuil et Daniel Renoult, premier adjoint au maire, créent l’Association du musée de l’Histoire vivante.
Deux ans plus tard, en 1939, dans le cadre de la commémoration du cent cinquantenaire de la Révolution française, le musée est inauguré et une salle, consacrée à Jaurès, présente de nombreux manuscrits ainsi qu’une partie de sa bibliothèque léguée au musée à la mort de Louise Jaurès. Une exposition sur « Jaurès historien » conçue lors du bicentenaire de la Révolution française coïncide avec la réouverture du musée, entièrement rénové en 1988. Daniel Renoult, maire de Montreuil de 1945 à 1958, fut l’un des témoins de l’assassinat de Jean Jaurès au café Le Croissant à Paris.

Une histoire bien vivante

Le musée de l’Histoire vivante possède un fonds considérable autour de Jaurès : 2500 ouvrages couvrant des thèmes aussi variés que la sociologie, la théologie, les sciences et techniques ou la botanique. Quelque 500 manuscrits : des lettres inédites de Jaurès, des brouillons d’articles déjà imprimés, des poèmes recopiés de sa main, tout son travail d’élaboration de son Histoire socialiste de la Révolution française, des notes de lecture en français, latin, grec, allemand, anglais, italien témoignent de sa culture encyclopédique. Le musée possède également un fonds iconographique composé de cartes postales, de portraits photos de Jean Jaurès, de caricatures, d’affiches, de brochures mais aussi d’objets lui ayant appartenu : son bureau, son fauteuil, des objets de son cabinet de travail ainsi que ses insignes de franc-maçon. Lors du tournage des Brigades du tigre (2006), André Marcon, après Bernard Fresson, Philippe Torreton et Bernard-Pierre Donnadieu, interprète le rôle de Jean-Jaurès. Dans une scène tournée dans l’ancien hôpital Ville Évrard à Neuilly-sur-Marne, on découvre Jaurès à son bureau. Il s’agit du véritable bureau du directeur de l’Humanité que le musée de Montreuil prêta pour les besoins du tournage.

On ne peut évoquer Jaurès dans le département sans penser à l’Humanité, dont le siège était installé 32 rue Jean-Jaurès à Saint-Denis. Dans le hall d’entrée, sous vitrine, étaient exposés les 23 feuillets manuscrits constituant l’éditorial du premier numéro du quotidien, le 18 avril 1904.

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Au gré de vos pérégrinations dans le département, vous ne manquerez sûrement pas de faire des découvertes comme cette improbable niche abritant un petit buste au numéro 153 de la rue Anatole-France, à Noisy-le-Sec ou, plus imposant, le buste grandeur nature, dévoilé en 1921, dans la salle du Conseil municipal d’Aubervilliers.

Aragon l’a évoqué dans Les Voyageurs de l’impériale : « Il avait eu beau y croire, il n’y croyait pas. Il se répétait que personne n’en voulait, que les moyens modernes rendaient la guerre impossible, qu’à la dernière minute tout s’arrangerait. Il a subi ces journées où les notes diplomatiques se succédaient dans la chaleur accablante comme les portes qui claquent l’une après l’autre, et on ne sait plus où on est, ni d’où souffle le vent. Après la mort de Jaurès, il a craint la guerre civile, et puis ça a été l’Union sacrée. »

Claude Bardavid

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