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Services d’accueil de jour : souffler et se reconstruire en famille

En 2001, le Conseil général ouvrait le premier Service d’accueil du jour à Bondy. Dépendant de l’Aide sociale à l’enfance, ces structures ont pour vocation d’accompagner les parents d’enfants de 0 à 6 ans, confrontés à des difficultés. Chaque année, près de quatre-vingts familles du département bénéficient de ce dispositif.

Trois quarts d’heure… c’est le temps qu’il a fallu à Katia, son compagnon Raphaël et leurs deux petites filles pour se rendre, en transports en commun, au Service d’accueil de jour (SAJ) du Breuil, à Bondy. « Ces parents sont vaillants, il leur en faut du courage pour venir jusqu’ici et parler de leurs difficultés. C’est pour leurs enfants qu’ils font tout ça », insiste Georges Kritchmar, responsable de cette structure départementale. Giacomina Deledda-Lucchini, sa collègue du SAJ de La Courneuve acquiesce : « Les familles accueillies ici nous sont adressées par nos partenaires des services sociaux, CMP, PMI, écoles, maisons des parents, hôpitaux… -, mais c’est de leur plein gré qu’elles viennent et reviennent. Nous ne passons pas de contrat avec elles. Elles adhèrent ou pas. Et dans leur grande majorité, elles s’accrochent avec courage. »

Une bulle de sérénité

C’est le cas de Katia et Raphaël qui rencontrent, depuis plus d’un an, l’équipe pluridisciplinaire d’accueillants du SAJ du Breuil – éducateurs de jeunes enfants, éducateurs spécialisés, animateurs, assistante sociale, conseillère en économie sociale et familiale, psychologue, puéricultrice. « Quand je suis venue ici pour la première fois, au début de ma deuxième grossesse, j’étais au fond du trou, désespérée, épuisée, débordée », témoigne cette jeune maman. « Quand je repars, je me sens mieux, plus apaisée, tranquille. Ici je peux parler de mes soucis avec les autres et les professionnels sans me sentir jugée, on cherche et on essaie de trouver des solutions. Ca nous fait du bien et aux enfants aussi. C’est pour mes petites filles que je fais tout ça ; pour qu’elles soient bien. »

Les services d’accueil de jour de Seine-Saint-Denis répondent à l’esprit de la loi de 2007 qui avait réformé les dispositifs de l’Aide sociale à l’enfance. Cette loi place les parents au coeur de l’action de l’ASE et met l’accent sur la prévention autant que sur la protection, explique Giacomina Deledda-Lucchini. « Ici on agit sur le volet prévention. L’objectif est d’aider les parents à mieux assumer leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants, à contenir des situations qui pourraient conduire à des dérapages. Parfois, mais très rarement dans les faits, nous pouvons être amenés à signaler à nos collègues de l’ASE, des situations qui nous semblent particulièrement préoccupantes et qui nécessitent d’autres interventions que la nôtre. Notre rôle est avant tout de soutenir les parents, de les aider à maintenir, nourrir et enrichir le lien avec leurs enfants. Et ce, avec eux, jamais à leur place. »

Sortir de l’isolement

Les deux SAJ du département sont ouverts sur une large plage horaire - de 9 heures à 20 heures. Ils accueillent les familles sur une demi-journée, en général une fois par semaine, deux fois quand la situation le nécessite. « C’est le temps nécessaire pour créer une relation de confiance sans laquelle aucun travail n’est possible », insiste Georges Kritchmar. Ici tout se passe dans le cadre d’échanges et dans des occasions très diverses, entre parents, entre enfants, entre parents et professionnels. « Les familles qui viennent ici sont en général très seules, très isolées par toutes les difficultés qu’elles rencontrent. Notre objectif est de les aider à sortir de leur isolement, à s’ouvrir aux autres ; de les faire cheminer vers l’autonomie », ajoute-t-il. Groupes de parole, déjeuners autour d’une même table, ateliers de cuisine ou d’arts plastiques, sorties culturelles ou sportives ou même mini-séjours, tout est fait pour favoriser le partage et le dialogue. « J’aime dire qu’on aide ces familles à se remettre en lien », précise Giacomina Deledda-Lucchini.

Retrouver confiance en soi

Des liens avec l’extérieur, qu’Anne-Sophie, maman d’une petite Clara, avait du mal à recréer. « Ma fille avait été placée dans une famille d’accueil quand elle était bébé car j’étais en dépression. Elle est revenue chez moi et je l’élève seule. C’est quelquefois difficile. J’ai besoin de pouvoir me confier, de parler de mes soucis. Après une demi-journée ici, je me sens plus forte et reposée », dit-elle. C’est justement l’objectif des professionnels qui suivent ces parents. « On part de leurs points forts, de leurs compétences, de ce qu’ils savent bien faire, bien plus que de leurs faiblesses et leurs difficultés, même si bien entendu ils nous parlent aussi de leurs problèmes. Ici la parole est totalement libre », souligne le responsable du SAJ du Breuil. « C’est ce qui va les aider à se sentir plus en sécurité et à reprendre confiance en eux. »
Mois après mois, rencontre après rencontre, ces familles se reconstruisent ensemble, les parents s’ouvrent aux autres et retrouvent l’estime d’eux-mêmes, se sentent prêts à affronter les difficultés. « Et alors ils n’ont plus besoin de nous. », conclut Georges Kritchmar. Objectif atteint, pari gagné.

SAJ du Breuil 67 bis rue du Breuil à Bondy
SAJ la Courneuve 139-147 avenue Paul-Vaillant-Couturier à La Courneuve

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