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« Sauver la planète, c’est pas facile... »

Vendredi 15 avril, une classe de 4e du collège Cesaria-Evora de Montreuil a participé à un grand jeu de rôle sur les négociations climatiques, quatre mois après l’accord international obtenu lors de la COP 21 au Bourget, en Seine-Saint-Denis. Une simulation fidèle à la réalité, avec son lot de blocages et de succès.

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Simulation de négociation internationale

Ce vendredi matin, Emmanuelle, Abdou et Inès ont les yeux qui brillent. Les voilà avec leur classe de 4e à l’Hôtel du département de Bobigny, pour le volet final d’un parcours pédagogique assez innovant : une simulation de négociation internationale. Autrement dit : dans le sillage de la COP 21 qui s’est achevée il y a tout juste 4 mois au Bourget, les 24 élèves de Montreuil doivent à leur tour négocier un accord de réduction des gaz à effet de serre, qui limite la hausse de la température terrestre à 2°C. Petit problème : le temps presse, car nous ne sommes plus en 2016, mais en 2050, et ce qui va se jouer sous leurs yeux est une COP 46 de la dernière chance. Conçu par trois associations extrêmement impliquées – Eloquentia, Les Petits Débrouillards et Starting-Block – à la demande du Département de la Seine-Saint-Denis (en partenariat avec l’Unesco et l’Education Nationale), ce jeu de rôle inédit en France vise à sensibiliser les élèves de manière ludique aux enjeux d’une négociation climatique. Le temps de se voir attribuer les pays qu’ils représenteront pour cette journée – Corée du Sud pour Emmanuelle, Etats-Unis pour Abdou et France pour Inès – et d’être accueillis par Belaïde Bedreddine, qui a exceptionnellement troqué son poste de vice-président à l’Ecologie au Conseil départemental pour celui de secrétaire général de cette COP, et c’est parti : bienvenue en 2050 à la COP 46.

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9h30

Dans la Salle des séances de l’Hôtel du département, l’heure est grave. Les 24 délégués internationaux se sont vus planter le décor par un Belaïde Bedreddine alarmiste mais faisant confiance à la jeune génération. En 2050, rien ne va plus : l’Afrique compte près de 200 millions de réfugiés climatiques, à Pékin, les masques à gaz sont en accès libre pour se protéger de la pollution et les Pays-Bas sont sous les eaux depuis belle lurette… D’un geste théâtral, Jean-François Richard, membre d’Eloquentia, une association qui a travaillé avec ces élèves l’aisance à l’oral, leur désigne une jauge centrale. « Cette vasque évaluera votre réussite ou votre échec en fin de journée : vos engagements à réduire vos gaz à effet de serre y seront versés, sous forme de billes de couleur. Vos engagements minimaux s’élèvent à 1300 tonnes de CO2 par mois. Votre objectif final est de 3800. Bonne chance à tous. Pensez à vous, mais surtout pensez à la planète ». Enzo, représentant de l’Inde, ferme les yeux : « Ouah, ça va être chaud », murmure-t-il...

10h15

Pendant ces 45 minutes, chacun a eu le temps de découvrir les forces et faiblesses de son pays, indiquées sur une fiche pratique. A titre d’exemple, en 2050, la France s’est convertie en un mastodonte de l’industrie pharmaceutique, mais elle souffre des rejets causés par son agriculture intensive. Placée au sein du groupe Agriculture qui comprend aussi l’Argentine et le Soudan réunifié, elle va pouvoir tenter de guérir de ces maux en échangeant des engagements de réduction contre des compétences étrangères. Plongée dans sa fiche pays, Inès (France) a d’abord comme ses camarades du mal à comprendre l’enjeu des tractations. « Il faut que vous arriviez à forcer les autres groupes à réduire leurs gaz à effet de serre. D’abord en les culpabilisant et ensuite en leur proposant différentes technologies », conseille Melvil, des Petits Débrouillards.

10h30

Dans la plénière générale, chaque participant énonce, la mine grave, la position du groupe qu’il représente. En tant que délégué des Etats-Unis, Abdou, lui, fait partie du groupe des géants. Avec le représentant indien et chinois, ils ont établi une stratégie globale. Leurs fiches indiquent qu’à eux trois, leurs capacités minimales de réduction des gaz à effet de serre se situent à 175 tonnes de CO2. D’un commun accord, ils ont choisi de ne pas révéler leurs capacités maximales, qui se montent à 1800 tonnes. « C’est vrai que ce sont des négociations : si les autres groupes savent que vous pouvez réduire jusqu’à 1800, ils vont immédiatement vous attaquer et il ne vous restera plus rien pour régler vos faiblesses. Il y a donc un équilibre à trouver », leur a indiqué juste avant en aparté Ariane, de l’association Starting-Block, qui travaille notamment sur la solidarité internationale.

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11h

L’heure des premiers caucus. « Monsieur, c’est quoi un caucus ? », demande Enzo, interloqué. « C’est une réunion entre groupes où se font concrètement les négociations », lui répond Jean-François Richard. Enzo ne va pas tarder à comprendre. Son pays, l’Inde, subit les retombées néfastes de sa politique d’agriculture intensive. Or le Soudan peut lui proposer son savoir-faire en matière d’agriculture et d’élevage raisonnés. Le pays africain demande bien peu en échange : que l’Inde s’engage à diminuer de 40 tonnes ses émissions de CO2. « Vas-y, le Soudan cherche à t’embrouiller. N’accepte pas, rappelle-toi que t’es l’Inde, la 3e puissance mondiale », lui souffle Abdou, chef des Etats-Unis. Au final, l’Inde acceptera, peut-être avec le sentiment de s’être fait avoir.

14h

Après une pause bien méritée, les caucus ont repris. Engagés en pleine tractation, les groupes pétrole et énergies renouvelables reçoivent la visite d’un ambassadeur éclairé. Stéphane Troussel, président du Conseil départemental, vient assister aux débats durant une dizaine de minutes. « Même après la COP 21, nous avons souhaité que cette action pédagogique se poursuive. On sait très bien que l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique sont des sujets de fond, dont nous devrons nous préoccuper très longtemps et ce type de parcours pédagogique est une manière de prolonger la réflexion », explique Stéphane Troussel qui pense également relancer un appel à projets autour des thématiques de l’agriculture urbaine et de l’économie sociale et solidaire dans le département.

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16h

C’est le moment de vérité. En cette plénière de clôture, les représentants des différents groupes montent tour à tour sur l’estrade pour déverser dans la vasque l’équivalent des différents engagements d’émissions de CO2 qu’ils ont concédés. Le moment est digne de Fort Boyard. Tout à coup, la voix de l’encadrante d’Eloquentia, présidente de séance pour l’occasion, est sans appel : « Avec 3712 tonnes, vous n’avez pas atteint l’objectif. Cette conférence est donc un échec. Espérons que nous saurons nous montrer plus solidaires lors de la COP47 ». Bien qu’il s’agisse d’un jeu, le ciel semble être tombé sur la tête de certains élèves. « Peut-on savoir quels pays ne sont pas allés jusqu’à leur maximum de CO2 ? », demande le Japon, outré. Pour ne pas trop faire durer la déception, Jean-François Richard demande aux élèves de retirer leur badge, signal de retour à la vie réelle.
Par demi-groupes, les trois associations invitent les élèves à debriefer la journée et à faire part de toutes leurs remarques. « J’ai vraiment aimé ce projet, mais sauver la planète, c’est pas facile… Je n’ai pas aimé l’attitude de certains qui étaient trop durs en négociations. Ils gardaient leur stock de CO2 comme si ça avait été de l’argent », se plaint Brahim. Emmanuelle, qui souhaite devenir journaliste spécialisée dans l’environnement, croit savoir pourquoi certains des pays impliqués ont adopté ces positions : « ils n’ont pas fait d’efforts parce qu’ils voulaient garder leur confort, ne pas changer de mode de vie ».
Interrogée sur sa propre disponibilité à changer elle-même de mode de vie, à son échelle, la jeune fille répond par l’affirmative. « Dans notre collège, on a mis en place pas mal de règles environnementales : nos brouillons partent dans une poubelle spécial recyclage, il y a le tri des déchets à la cantine et on a même une toiture végétalisée pour consommer moins d’énergie », souligne-t-elle.
Côté formateurs comme côté profs, on se disait très satisfait de l’apport de cette journée. « Qu’ils ne soient pas parvenus à un accord dans le jeu est presque mieux pédagogiquement parlant. Le debrief en a été beaucoup plus riche, parce que les élèves se sont interrogés sur ce qui n’avait pas fonctionné. Et ils ont pu constater que quand on est dans une situation de force, de puissance, on n’a pas envie d’en descendre », conclut Jean-François Richard, concepteur initial d’un outil qui aura aussi été utilisé cette année par le collège Pierre-Brossolette de Bondy et le collège Henri-Barbusse de Saint-Denis.
Mais les élèves, eux, s’étaient visiblement déjà remis de leur déconvenue. Car quand l’encadrant réclamait à la cantonnade des volontaires pour intervenir sur le thème du réchauffement climatique devant d’autres classes à travers un petit exposé, plusieurs doigts se levaient. Objectif sensibilisation atteint.

Christophe Lehousse

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