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Sarah Ourahmoune, qualifiée pour les Jeux de Rio !

La boxeuse du Boxing Beats Aubervilliers a décroché mardi 24 mai son ticket pour les Jeux de Rio, réalisant ainsi le grand rêve de sa carrière. A 34 ans, la multiple championne de France entre même dans l’histoire en devenant la première boxeuse tricolore à se qualifier pour des Jeux olympiques. Nous l’avions rencontrée en février, avant son grand défi.

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Elle avait 15 ans quand elle a poussé pour la première fois la porte du Boxing Beats d’Aubervilliers. Depuis, elle a tout gagné, ou presque : des titres de championne de France à la pelle et même une ceinture de championne du monde (2008). Mais à 34 ans, Sarah Ourahmoune s’était lancé un dernier défi : connaître au moins une fois la magie des Jeux. Elle avait pour cela trouvé un second appui à Aulnay-sous-Bois, en la personne de l’entraîneur Marcel Denis. Mission finalement accomplie ce mardi 24 mai, où la Française s’est qualifiée sur tapis vert pour Rio, après le forfait médical de son adversaire, la Chinoise Cancan Ren, en quarts de finale des Championnats du monde au Kazakhstan.
Nous l’avions rencontrée en février, juste avant qu’elle ne se lance dans sa longue campagne de qualification pour le Brésil, qui a finalement porté ses fruits.

La qualification pour Rio est le dernier grand objectif de votre carrière. A combien évaluez-vous vos chances d’aller aux Jeux ?

« C’est dur de donner une estimation. Ca dépend de plein de choses que je ne maîtrise pas : du tirage lors des tournois qualificatifs, de la chance... Mais je me sens vraiment bien, j’y crois. Après, cela ne sera pas évident. Se qualifier est plus dur qu’obtenir une médaille aux Jeux… Pour vous donner une idée : dans ma catégorie, les -51 kg, on a douze places qualificatives au total, pour le monde entier. Et deux gros tournois pour se qualifier : un tournoi en Turquie en avril où il faut arriver en finale pour valider son billet, puis les Mondiaux en mai à Astana où là il faut monter sur le podium. Donc le tirage fera aussi beaucoup… »

A quoi ressemble une de vos journées-types quand vous n’êtes pas en stage à l’étranger ?

« C’est assez sportif. Je me lève, j’emmène ma fille à la crèche, puis je fais une première séance de muscu ou de footing. Après, je vais à la salle à Aulnay où il y a un plateau de muscu. Puis je viens ici au Boxing Beats, je bosse sur les dossiers du club, puis je vais chercher ma fille à 16h30 à la crèche. Ensuite, je refile à la salle pour ma séance de boxe qui dure en général deux à trois heures et enfin, c’est le temps de la famille. Les mercredi et samedi en revanche, je m’entraîne à l’INSEP avec Delphine Mancini (-54 kg) qui est une très bonne partenaire d’entraînement. On s’entraide beaucoup. »

Pourquoi avoir choisi de vous entraîner désormais à Aulnay plutôt qu’au Boxing Beats ?

« Je reste licenciée du Boxing Beats et Saïd fait toujours partie de ma préparation. Mais en 2012, après mon retour de grossesse, j’avais besoin de changer de cadre, d’un regard neuf, de nouvelles méthodes d’entraînement aussi. Donc c’est désormais Marcel Denis, mon beau-père qui m’entraîne. Le renouveau m’a fait du bien, même si ça a été difficile au début de trouver mes marques. »

Comment s’appellent vos adversaires principales ?

« A mon avis, il y en a une qui est au-dessus du lot : l’Anglaise Nicola Adams, championne olympique en titre. Ensuite, on se vaut à peu près toutes. D’ailleurs les combats se jouent souvent sur un détail. Après, il faut aussi faire attention à la génération montante des Chinoises et des Indiennes qui mettent le paquet sur ce genre de sport. »

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Rembobinons un peu le film. Quand vous poussez pour la première fois la salle du Boxing Beats, vous avez 15 ans…

« Oui, je m’en souviens comme si c’était hier. Nous venions de déménager des Hauts-de-Seine à Aubervilliers et je cherchais un moyen de continuer le taekwondo que je pratiquais déjà. Quand j’ai vu Saïd Bennajem (entraîneur du Boxing Beats qui a lui-même participé aux Jeux de Barcelone 92) pour la première fois, il m’a dit qu’ici ils ne pratiquaient que la boxe anglaise. J’avoue qu’au départ, je n’étais pas forcément convaincue parce que je voulais aussi utiliser mes pieds. Mais j’ai vite vu qu’en boxe anglaise aussi, on se servait de tout le corps. Et les exercices ludiques de Saïd, de la boxe éducative, donc à la touche, m’ont fait rester… »

Il ne devait pas y avoir beaucoup de filles à l’époque…

« Non, j’étais même la seule ! A cette époque, la boxe féminine n’était pas encore autorisée en compétition. Cela n’a été le cas qu’en 1999. Je me souviens qu’au tout début, certains me regardaient un peu de haut ou de travers. J’ai souvent entendu autour de moi que la boxe, ce n’était pas pour les filles. Même ma mère est venue plusieurs fois voir Saïd pour lui dire de me convaincre d’arrêter. Elle avait peur pour moi, pour ma santé. Mais je me suis accrochée et quand je me suis inscrite à mes premiers combats, ça m’a valu le respect de pas mal de monde. »

C’est là que vous avez pris conscience que vous pouviez faire carrière dans la boxe ?

« Non, pas tout de suite. Je n’ai pris conscience que je pouvais être une sportive qu’assez tard. Au début, mes premiers combats m’ont juste donné confiance parce qu’à l’époque, je doutais beaucoup, j’étais assez réservée. Ce n’est qu’après, les titres s’enchaînant, que je me suis dit que j’allais en faire mon activité principale. »

Aujourd’hui, le Boxing Beats a une grosse section féminine. J’imagine que c’est aussi dû à vous, que ça vous tient à coeur.

« Oui, mais c’est surtout Saïd qui a la fibre boxe féminine. C’est vrai que ça fait partie de l’ADN du club et ça me rend fière. Maily Nicar, Juliette De Swarte, Stelly Fergé, on a tellement de bonnes boxeuses ici. Parfois, on s’entraîne ensemble. Je me retrouve en elles et pour moi aussi, ça m’aide à renouer avec la hargne des débuts. »

La mixité, c’est une des valeurs que défend le Boxing Beats. Mais il se sert aussi de la boxe pour faire découvrir d’autres champs à ses adhérents : atelier d’aide au devoir, découverte des médias… La boxe, c’est une bonne porte d’entrée pour initier à d’autres choses ?

« Oui, ça l’est. En général, quand les jeunes arrivent, on leur propose d’intégrer les différents groupes d’activité qui existent au club. Mais ils ne sont pas toujours intéressés. On apprend à les connaître d’abord sur le ring et à l’entraînement. Ensuite, quand la boxe a fait tomber la glace, ça devient plus facile et on arrive à piquer leur curiosité sur d’autres choses. »

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Vivre de la boxe, c’est facile ?

« Non, pas vraiment. La boxe féminine souffre d’un manque de médiatisation. Même mon titre de championne du monde en 2008 n’a pas changé beaucoup de choses de ce point de vue. Du coup, je gagne ma vie en étant salariée du Boxing Beats et à côté de ça, avec mon mari Franck Denis, on a monté notre propre boîte de coaching en entreprise, « Boxer Inside ». Cela consiste à donner des cours de boxe en entreprise ou à intervenir lors de séminaires. Ce qu’il y a d’intéressant avec la boxe, c’est que, peut-être plus encore que d’autres sports, elle vous aide à vous connaître. Sur le ring, on ne peut pas se cacher : quand on a tendance à être nerveux ou en colère, cela ressort. Il y a donc un parallèle à faire entre travail quotidien et boxe. Celle-ci peut être bénéfique pour apprendre à gérer ses émotions ou à l’inverse pouvoir lire les émotions de l’autre. »

Après votre défi olympique, vous raccrocherez les gants. Mais resterez-vous dans la boxe ?

« Oui, j’aime trop ça pour m’en éloigner. Je réfléchis à passer le professorat de sport pour pouvoir m’investir éventuellement dans la fédération. Je pourrais aussi m’appuyer sur mes diplômes de marketing et de communication (elle est titulaire d’un Master de communication à Sciences Po) pour apporter quelque chose à la fédération. Mais j’aimerais surtout rester dans le droit fil de ce que je fais ici au Boxing Beats : un travail éducatif et social. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

N.B : découvrez dans notre numéro papier du mois de mars les lieux préférés de Sarah Ourahmoune.

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