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Saïd Hammouche

Fondateur et directeur général de Mozaik RH, une association qui a développé des méthodes innovantes et des actions de terrain permettant l’accès à l’emploi des jeunes diplômés issus de la diversité et des quartiers populaires.

« Nous avons permis à 2 500 jeunes de signer un contrat de travail »

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Pourquoi avoir créé l’association ? Quel était le constat de départ ?
J’ai grandi à Bondy. Très tôt, je me suis dit qu’en Seine-Saint-Denis, il existait une jeunesse forte avec une dynamique incroyable. Parallèlement, la banlieue est toujours évoquée en termes négatifs, alors qu’il existe ici une population qui souhaite s’en sortir, réussir. Et puis en France, nous possédons beaucoup d’entreprises capables de recruter, même en période de crise, mais elles ont peut-être du mal à identifier les jeunes. Voilà, il fallait faire quelque chose. C’est ainsi qu’est née l’association Mozaïk RH, il y a six ans.

Votre association a donc pour but de favoriser les ponts entre jeunes diplômés et entreprises ?
Oui. Il y a un vrai problème aujourd’hui avec les jeunes diplômés qui se retrouvent sans service public dédié, sans outil au sein des missions locales puisqu’elles sont plutôt orientées vers ce qu’on appelle les publics de bas niveau de qualification. Je trouve stupide d’accompagner autant de jeunes dans le monde de l’éducation supérieure sans leur permettre ensuite d’aboutir, de transformer le pari de la formation en celui de l’insertion.

Mozaïk Rh rayonne désormais au niveau régional…
Oui. Les premières réunions ont eu lieu dans mon appartement, à Bondy. Mais nous ne voulions pas focaliser uniquement sur la Seine-Saint-Denis. Nous avons très vite créé un site internet qui a représenté l’outil de base de notre communication. Nous avons aujourd’hui un siège parisien, avec des offres diffusées sur toute l’Ile-de-France.

Au bout de six ans, quel est votre bilan ?
Nous avons généré 10 000 entretiens de recrutement. Surtout, nous avons permis à 2 500 jeunes de signer un contrat de travail.

Comment travaillez-vous ?
Nous avons une équipe dédiée à prospecter les entreprises, à les sensibiliser sur la discrimination, sur les enjeux de la diversité. On repart avec des profils de poste, des missions qui nous sont confiées. Progressivement, nous diffusons ces opportunités vers les quartiers en s’appuyant sur les réseaux d’acteurs : associations de quartier, clubs sportifs, relais via le bouche-à-oreille… Nous utilisons parfois les missions locales lorsque nous avons des opportunités sur des contrats en alternance de niveau V, lorsque nos clients recherchent des techniciens.

Vous avez signé une convention avec le Conseil général, que vous apporte ce partenariat ?
Il nous apporte une légitimité et une considération. Cela nous permet également d’avoir une écoute plus qu’attentive de la part du premier ambassadeur de la Seine-Saint-Denis qu’est le président du Conseil général. Lorsqu’il est face à des interlocuteurs économiques, il peut nous solliciter et nous, nous pouvons par la suite entrer en contact avec ces entreprises et monter des opérations de recrutement.

Il est toujours aussi difficile de trouver un emploi lorsque l’on est jeune diplômé habitant la Seine-Saint-Denis ?
Oui. C’est d’ailleurs le sujet de mon livre « Chronique de la discrimination ordinaire » (Éditions Gallimard). J’explique comment des résidents de la Seine-Saint-Denis, de cultures et d’origines sociales différentes, subissent le fait discriminatoire. Ce ne sont plus uniquement les acteurs de terrain qui font ce constat aujourd’hui. Il existe des analyses poussées de chercheurs au Bureau international du travail. On nous a souvent expliqué que nous avions tous les mêmes chances. Or, dans le domaine de l’insertion professionnelle, nous ne sommes pas tous égaux face au processus de recrutement. Il ne faut pas être dans le déni. Nous devons trouver des solutions qui permettent d’avancer.

Quels sont les projets de l’association ?
Nous avons aujourd’hui deux antennes en Ile-de-France. Nous voulons en ouvrir huit supplémentaires. Et pourquoi pas créer un réseau national interne ces deux prochaines années. Nous sommes une équipe de 20 collaborateurs. Si nous obtenons les soutiens nécessaires, nous pouvons imaginer aller toujours plus loin.

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