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Femmes du monde en Seine-Saint-Denis : 10 ans déjà

Il y a dix ans naissaient en Seine-Saint-Denis les Rencontres femmes du monde, organisées par l’Observatoire des violences envers les femmes. Créé par le Conseil général, il a inspiré l’Observatoire national et même fait des petits : dans les Pyrénées orientales, sur l’île de la Réunion, dans l’Allier et dans cinq jours à Paris. Ce 18 novembre, il faisait le point sur la situation toujours préoccupante des violences faites aux femmes.

La Bourse départementale du travail à Bobigny est pleine ce mardi 18 novembre 2014. L’Observatoire des violences envers les femmes a réuni tous ses partenaires et ils ou plutôt elles sont venues en renfort. Professionnels de santé, représentants d’associations, victimes, préfet, procureure et président du Tribunal de Grande Instance de Bobigny, présidente de l’université Paris 8, commandante de police.

Certains viennent de loin - comme ce policier arrivé de Stockholm (voir encadré) ou cette comédienne venue de la Réunion - pour faire le point sur la situation toujours préoccupante des violences faites aux femmes. Pourtant les choses avancent, certains chiffres baissent, et surtout les mentalités, heureusement, évoluent.

Pour Stéphane Troussel, Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis : « Dire non aux violences faites envers les femmes est le premier pas indispensable vers la liberté. Mieux protéger est possible. »

Un court-métrage sur le téléphone grand danger
Lors de cette journée professionnelle était présenté en avant-première un court-métrage intitulé Ligne de protection. Réalisé par Virginie Khan, il a été très applaudi lors de sa projection. La réalisatrice a tenu à remercier toute son équipe, acteurs et producteurs présents aussi ce jour-là, « qui ont été très impliqués et investis dans ce projet. »

Ce court-métrage met en scène le dispositif du téléphone grand danger (TGD) qui nous vient d’Espagne et est utilisé en Seine-Saint-Denis depuis cinq années. « Ce téléphone est plus qu’une expérience puisqu’il est devenu une loi (ndr la loi du 4 août 2014). Il a permis de sauver des vies et de sanctionner des auteurs » a rappelé Fabienne Klein-Donati, procureure au Tribunal de grande instance de Bobigny.

Très performant, il a notamment permis de rendre exceptionnels les contacts physiques entre la femme victime et son agresseur. « Cette année, pour la première fois aucune bénéficiaire n’a été victime d’une agression physique. » Un dispositif qui place le Parquet et la Police au cœur de la prévention et permet à l’ensemble des partenaires de marquer une plus grande attention aux femmes en très grand danger.

Comment protéger les enfants ?
La psychologue Karen Sadlier, spécialisée dans les enfants victimes et co-victimes, a justement pris appui sur le court-métrage de Virgine Kahn pour faire sa démonstration : « dans le film, le monsieur vient voir son ex-femme en lui disant : « je veux voir le petit, je veux voir l’enfant » et c’est là qu’il commence à l’agresser. » Dans la vie c’est pareil, on observe la plus grande dangerosité d’un nouveau passage à l’acte au moment de la passation de l’enfant lors du droit de visite.

La présence des enfants n’est pas une barrière pour l’agresseur d’où la nécessité d’un espace protégé. La MAP (mesure d’accompagnement protégé) permet de renforcer les dispositifs de protection de la mère tout en offrant un cadre protecteur autour de l’enfant. » Une quarantaine d’enfants âgés de 2 à 16 ans bénéficient de la MAP actuellement en Seine-Saint-Denis. Un dispositif innovant qui consiste à faire accompagner les enfants par un tiers bienveillant, du domicile de leur mère à un espace protégé où le père pourra exercer son droit de visite. La MAP est mis en place seulement si la mère en fait la demande.

Après un viol, une agression sexuelle
Lors d’un groupe de travail sur les femmes victimes de violences sexuelles, Anne Martinais, qui travaille à l’Observatoire des violences envers les femmes du Conseil général de la Seine-Saint-Denis a récolté de nombreuses données chiffrées sur la question des violences sexuelles. Parmi ces chiffres, retenons notamment que huit victimes sur dix connaissent leur agresseur et qu’une victime sur dix porte plainte. Tout aussi inquiétant : une femme sur dix a été victime de violences sexuelles au cours de la vie, notamment pendant son enfance ou son adolescence.

Pour la docteure Emmanuelle Piet, présidente du CFVC (collectif féministe contre le viol) et responsable de la planification au Conseil général de la Seine-Saint-Denis, il suffirait aux professionnels de santé de poser la question à leurs patientes pour permettre aux femmes d’en parler. Lors des écoutes téléphoniques, cette gynécologue constate combien il est important de remettre le récit à l’endroit pour les déculpabiliser : « on dit que les femmes exagèrent, mais non, elles minimisent le viol. Elles me posent souvent cette question : « Vous allez me dire si ce que j’ai vécu est un viol. » Elles protègent aussi celui qui écoute de peur que ça nous fasse froid dans le dos ».

Une consultation spécialisée à l’hôpital de Bondy
Ces femmes, savent-elles d’ailleurs qu’elles peuvent être reçues à l’hôpital Jean-Verdier de Bondy, même sans avoir déposé plainte. Une consultation spécialisée en médecine légale existe pour les personnes victimes de violences conjugales ou sexuelles. Recherche d’ADN, conservation des preuves, pilule du lendemain et trithérapie. A ce jour, 611 victimes de violences sexuelles et 1500 victimes de violences conjugales y ont été reçues.

Le premier diplôme d’université contre les violences faites aux femmes
L’observatoire des violences envers les femmes a accompli beaucoup de travail en dix ans. Il est même à l’initiative d’un diplôme universitaire unique en son genre. Il s’agit de former tous les intervenants participant à la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes. Les cours commencent en mars à Paris 8. Et c’est la présidente de l’université en personne, Danièle Tartakowski qui est venue l’annoncer : « je me félicite de cette co-construction avec le Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Ce travail est le moyen d’avoir une efficacité sociale immédiate ».

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Points de vue

« La vérité, c’est qu’on n’a pas fini d’améliorer les dispositifs. On est loin du pays des bisounours »
Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes

« Désormais des psychologues, des assistants sociaux, des associations partenaires sont présents dans les commissariats et gendarmeries. Nous avons aussi étudié 200 procès-verbaux anonymisés pour permettre de trouver les bonnes formulations qui ne heurteront pas les victimes. D’ailleurs, désormais, un avocat peut accompagner la victime pendant la confrontation avec l’agresseur, cela permet une sécurité psychologique. »
Annie Garcia, Commandante de Police, à la MIPROF (mission interministérielle pour la protection des femmes

« Pour la première fois au printemps 2014, une ordonnance de protection a été rendue pour une suspicion de mariage forcé »
Rémy Heitz, président du Tribunal de grande instance

Liens utiles
Tout savoir sur L’Observatoire des violences envers les femmes
Jusqu’au 5 décembre, les Rencontres Femmes du monde en Seine-Saint-Denis dans 26 villes du département.

Comment faire évoluer les mentalités ?
L’exemple de la Suède en matière de lutte contre la prostitution

Du côté de la Suède, la loi de 1999 qui pénalise le client d’actes sexuels a fait changer les mentalités des plus jeunes. « 80% des jeunes pensent que cette législation est bonne désormais, ceux qui restent contre, ce sont les vieux » explique Lise Tamm, procureure générale au Parquet international de Stockholm présente à cette journée.
Elle ajoute : « Avant 1999, 70 % de la population était contre cette loi. Nous avions peur que la prostitution devienne clandestine, qu’elle crée une misère sexuelle et comme c’était le plus vieux métier du monde... Moi-même, j’ai été obligée de changer d’avis ». Elle ajoute : « vous avez dans votre pays réussi à abolir la peine de mort, à interdire l’alcool au volant et la cigarette au restaurant. Il y a trente ans on n’aurait jamais pensé que tout cela serait possible ! »

En 2009, à Stockholm, une brigade de police spéciale est créée : six policiers y travaillent. Simon Haggström, inspecteur de police : « les clients de prostituées présentent différents profils. Depuis 2009, nous avons arrêté des prêtres, des médecins, des procureurs, des sans domicile fixe, des drogués. N’importe quel type d’homme, mais tous les hommes ne peuvent pas être des acheteurs potentiels de sexe. » L’université de Gothenburg a retenu trois profils : ceux qui ont une addiction pathologique au sexe, ceux qui ont une estime d’eux-mêmes très basse et pensent qu’ils ne peuvent avoir une relation normale et les hommes mariés qui veulent assouvir des fantasmes ou avoir de nouvelles partenaires. Ils représentent 70% des clients de prostituées. Simon Haggström rappelle que ces hommes « ont tous en commun lorsqu’ils sont en train d’acheter un acte sexuel, de rendre la femme objet. Ils dégradent l’image de la femme. »

La loi de 1999 a permis de rendre la vie plus difficile aux proxénètes, 95% des prostituées appartenant à un réseau de criminalité organisé. Ils doivent louer des appartements, payer des hôtels. Ce qui est très cher. Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes intervient : « vous faites baisser le taux de profit des proxénètes en pénalisant le client. En arrêtant le client c’est l’occasion de faire de la prévention. De rappeler qu’acheter du sexe est interdit » La prostitution de rue a presque disparu. Les clients d’actes sexuels trouvent désormais les prostituées via des sites internet d’Escort. Elles se sentent plus en sécurité en Suède qu’en Hollande ou en Allemagne où la prostitution est légale. Avec cette loi, la violence a baissé, le nombre de mineures prostituées aussi.
En France, la pénalisation du client avait été adoptée par l’Assemblée nationale en décembre 2013 mais n’a pas été inscrite à l’ordre du jour du Sénat car la commission spéciale a voté contre.

Isabelle Lopez

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