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Rencontre avec Sofi Jeannin

Sofi Jeannin est la directrice musicale de la Maîtrise de Radio France installée à Bondy. Le 3 juin en ouverture du Festival, Sofi Jeannin a dirigé ce chœur d’enfants lors d’un concert consacré à Hildegard von Bingen, abbesse rhénane du XIIe siècle : Cantiques, puis une création originale d’Ibrahim Maalouf, inspirée par von Bingen.

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Comment qualifieriez-vous la musique d’Hildegard von Bingen ?
« C’est une musique à la fois virtuose et spirituelle, qui va de l’extase à la joie, jusqu’à la souffrance. Elle est assez exceptionnelle, elle contient une forme d’effervescence, une sensation d’extase surprenante. Von Bingen a mis sa musique au service de sa spiritualité. »

Jouer en 2014 la musique d’Hildegard von Bingen, est-ce seulement un intérêt patrimonial ou bien cette musique du Moyen Âge a-t-elle encore une actualité ?
« Elle est actuelle, comme toute bonne musique. Elle propose un langage différent et très intéressant. Hildegard von Bingen est toujours pertinente car c’était quelqu’un de très moderne à son époque, voire extravagante. Elle connaissait parfaitement les règles, les codes de création de son temps, mais elle a su pousser ces cadres pour inventer quelque chose de nouveau. Cette démarche de création la rend toujours moderne. »

Avez-vous dû adapter sa musique pour qu’elle puisse être chantée par les enfants de la Maîtrise de Radio France ?
« Il y a eu beaucoup de travail préparatoire pour pouvoir faire chanter les enfants. La musique de von Bingen est très éloignée de Brahms ou bien des compositeurs contemporains qu’ils ont l’habitude de chanter. J’ai dû transcrire la notation médiévale en notation carrée. Les maîtrisiens ne connaissaient pas cette notation sur quatre lignes. Il leur a fallu apprendre, ce qui leur a demandé un travail certain. Je dois également leur en faire la démonstration en chantant moi-même. Mais ils imaginent à leur tour les ornements.
Les jeunes se sont également intéressés au parcours de cette femme si particulière : à la fois abbesse, compositrice, auteure, mais aussi médecin et précurseur dans la phytothérapie. »

Est-ce qu’ils l’apprécient, ou bien sont-ils rebutés par la difficulté de saisir tous les tenants de cette œuvre ?
« Ils m’ont dit être sensibles au caractère joyeux et vivant de cette musique, et je crois qu’ils ont compris l’essence de la spiritualité et de la musique d’Hildegard von Bingen. »

Y a-t-il une dimension particulière à jouer une musique du XIIe siècle dans une basilique qui est pour l’essentiel contemporaine de cette musique ?
« Oui ! L’acoustique va changer la donne. Nous devrons jouer avec, ce qui entrainera certainement des modifications au niveau des tempi, des nuances… Il va falloir remplir cette basilique, un défi pour de jeunes voix. Mais on ne peut que se sentir porté par le lien qui relie cette œuvre musicale à cette œuvre architecturale. »

L’an dernier, dans cette même basilique vous avez dirigé l’Orchestre philharmonique et la Maîtrise de Radio France dans le Requiem de Fauré. Quel souvenir en gardez-vous ?
« C’était un moment inoubliable ! J’ai ressenti une forte émotion à diriger cette œuvre que j’adore, dans ce cadre exceptionnel. Et durant le concert j’ai clairement ressenti que l’orchestre, la maîtrise, le public et moi-même étions sur la même longueur d’onde. Le lieu nous a énormément portés, c’était magique ! »

Ce sera votre deuxième collaboration avec Ibrahim Maalouf, que pouvez-vous nous en dire ?
« Effectivement ce sera notre deuxième concert, mais nous avons d’autres projets à long terme. J’aime beaucoup travailler avec Ibrahim, il est talentueux et est très spontané. Il a toutes les qualités d’un parcours solide et très construit (ndlr : formation classique prestigieuse avec plusieurs prix de concours internationaux, diplômé du Conservatoire national supérieur de musique de Paris…) et sait également être très libre dans ses choix et expressions musicales. D’un point de vue pédagogique, il est très important pour nos élèves de rencontrer et de travailler avec quelqu’un qui y est parvenu, car c’est justement ce que nous tentons de leur enseigner : se construire pour être libre.
Ibrahim Maalouf a un véritable amour pour les voix d’enfants. Il leur porte beaucoup d’attention et de respect. Et son écriture sur les textes d’Hildegard von Bingen met en valeur la lisibilité de son texte, ses expressions latines. Il souligne la technicité de cette musique par une demande de virtuosité de la part des cuivres. Et sa trompette si particulière parvient à en donner toute la dimension spirituelle. »

Vous dirigez la Maîtrise de Radio France, quel est l’apport du deuxième site de la Maîtrise installé à Bondy depuis 2007 ?
« Tout d’abord, ce deuxième site nous a permis d’augmenter le nombre d’élèves accueillis. Les effectifs de la Maîtrise sont passés de 80 à 180 élèves, nous pouvons ainsi travailler plus d’œuvres différentes. D’autre part, nous accueillons à Bondy des élèves depuis le CE1, sans base musicale. Pédagogiquement, il est très intéressant de commencer avec des élèves de niveau débutant et de les amener vers l’excellence. Enfin, la rencontre entre les enfants de banlieue et ceux de Paris est intéressante. Si les enfants se reconnaissent entre eux, ils ne vivent pas les mêmes choses, leur environnement diffère. Nous nous en félicitons, car toute rencontre est enrichissante. »
Propos recueillis par Georges Makowski

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