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Red Star – Saint-Étienne, gueules de supporters

Red Star-Saint-Étienne, deux clubs historiques, deux clubs populaires, deux clubs de vrais supporters. Avec le 8e de finale de Coupe de France du 10 février, et l’espoir de montée en Ligue 2 cette saison, c’est l’occasion ou jamais de rendre hommage au public du club à l’étoile rouge, à travers 3 portraits.

Gilles Saillant

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C’est la mémoire vivante du Red Star. Avec son ami Pierre Laporte, avec qui il a écrit deux ouvrages sur le club, il est sans doute l’un des plus grands incollables sur l’histoire des Verts et Blancs. Il faut dire qu’entre le Red Star et cet érudit du ballon rond, l’histoire d’amour a commencé tôt. Né à Saint-Ouen, Gilles Saillant a grandi à 100 m du stade, qu’il « voyait depuis sa fenêtre », avant d’en franchir le seuil en 1967, à l’âge de 16 ans. « Un jour, un collègue d’usine de mon père qui vivait au-dessus de l’Olympic, le bar en face du stade, a récolté une invitation et me l’a passée. J’y suis allé et je n’ai plus jamais décroché », se souvient ce supporter passionné.

A l’époque, le club joue encore en première division de grands noms comme Pierre Bernard puis Nestor Combin foulent la pelouse de Bauer. Pour Gilles Saillant, c’est le coup de foudre, mais une passion livresque, comme on dit d’une romance qu’elle est épistolaire. « Je me suis mis à collectionner tous les articles de presse de l’époque et je n’ai pas arrêté jusqu’à aujourd’hui. C’est ce qui m’a permis de faire ensuite ce travail d’historien », explique celui qui a aujourd’hui 62 ans. « Et le plus drôle, c’est que je n’ai jamais joué au foot ! »

Parallèlement à son boulot au Paris Mutuel Urbain, Gilles Saillant prend alors sur son temps libre pour alimenter en chroniques et photos le « Réveil de Saint-Ouen », journal local, côtoyant ainsi au plus près joueurs et dirigeants. « Un des joueurs qui m’ont le plus marqué, c’est le gardien Christian Laudu, se remémore-t-il. Il était fantastique, il tirait même les penalties. Une fois, contre Sochaux, en 8e de finale de la Coupe de France 1973, on était allé aux tirs au but : il en avait arrêté un et marqué le sien, ce qui nous avait qualifiés pour le prochain tour ».

« Populaire, mythique, attachant » : c’est comme ça que le « professeur Saillant » définit son Red Star. « Pensez donc, c’est quand même un club qui a été fondé par Jules Rimet, le père de la Coupe du Monde ! Avec le Racing et le Stade Français, c’est le 3e club parisien qui possède une vraie histoire, longue de plus d’un siècle » Le PSG, au passage, peut aller se rhabiller...

Engagé depuis 46 ans dans toutes les aventures avec ses Verts et Blancs, ce vrai supporter sera évidemment mardi au stade Jean-Bouin, avec à ses côtés sa femme Roselyne, ancienne joueuse... du Red Star. Les yeux là encore rivés sur les enseignements de l’histoire. « En Coupe, les deux clubs ne se sont rencontrés qu’une seule fois : c’était en 2000, en 8e de finale de Coupe de la Ligue. Le Red Star était en National et Saint-Étienne en Ligue 1, comme maintenant. Et devinez quoi, le Red Star l’avait emporté 3-1, à l’extérieur ! » L’histoire est définitivement du côté du Red Star...

Benjamin Bonnefoy

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« Ce que je demande cette année, c’est notamment un beau parcours en Coupe, parce que la Coupe de France, c’est l’histoire du Red Star ». Benjamin Bonnefoy est motivé par la perspective du 8e de finale face au grand frère vert Saint-Étienne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce fan de foot tombé amoureux du Red Star en 2011, à l’époque de la remontée du club en National, connaît ses classiques. Le Red Star, c’est effectivement 5 titres de Coupe de France. Et même si le dernier remonte à 1942, on peut se prendre à rêver...

Sur la genèse du club aussi, ce Manceau d’origine, qui s’est établi à Saint-Denis en 2010, connaît ses classiques. « Beaucoup de gens croient que le nom « Red Star » est lié à la banlieue rouge, mais pas du tout... Quand Jules Rimet fonde le club en 1897, il le baptise du nom de Red Star parce que, quand il était jeune, sa gouvernante anglaise prenait la Red Star Line pour rentrer chez elle. C’est assez drôle que le club se soit effectivement établi plus tard dans une banlieue qui est devenue communiste. J’aime bien cette ironie de l’histoire... »

Benjamin Bonnefoy, 33 ans, parle comme un livre. Mais qu’est-ce qui attire donc un Manceau d’origine dans les filets du Red Star, et pas dans ceux, bien plus scintillants, du PSG ? « Ben le nom déjà, Red Star, ça détonne au milieu du classement de National. Et puis, le stade avec cet immeuble qui est collé à la pelouse, les chants des supporters, le côté populaire, tout ça fait qu’on s’attache immédiatement à ce club. C’est simple, le Red Star, on y vient une fois par curiosité, et bien souvent on n’en repart plus ».

Et effectivement, à la manière dont Benjamin raconte goulûment certains moments, comme le maintien acquis contre Fréjus lors du dernier match de la saison 2012-2013 - « grâce à un doublé de Mandrichi qui n’avait marqué qu’une seule fois en début de saison et qui n’avait ensuite plus rien fait pendant 6 mois » - on sent qu’il en a passé de belles à Bauer. « Un truc que j’adore aussi dans ce club, c’est son côté phénix. En 1978, puis en 2001, ils ont vécu deux rétrogradations en DH et pourtant, nous revoilà en National ! » Une résilience que les supporters célèbrent par un chant bien à eux, emprunté au groupe de ska 8.6 Crew : « On marche encore, nous sommes de plus en plus forts et nous remontons une à une toutes les divisions ». Un slogan qui vaut bien le « Qui c’est les plus forts ? » de Sainté...

Vincent Chutet-Mézence

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Il le dit d’emblée : il n’ira pas au stade Jean-Bouin pour le 8e de finale. Et pour cause : le Collectif Red Star Bauer, dont il est le président depuis 4 ans maintenant, a appelé au boycott du match contre Saint-Étienne. Ce groupe de supporters, fort de quelque 120 adhérents, dénonce la délocalisation de l’affiche au stade Jean-Bouin alors qu’eux auraient souhaité disputer la rencontre dans leur antre de Bauer. « Faire jouer le Red Star dans le 16e arrondissement, dans un stade de rugby, rien que l’énoncé, c’est une antithèse de ce que l’on est », lâche sans s’énerver ce supporter de 28 ans. Mais au-delà d’une vision un peu frondeuse qui renverrait dos à dos quartiers bourgeois et ancienne banlieue rouge, le président étaye la position de son collectif par d’autres arguments : « ce qui nous amène à tirer la sonnette d’alarme avec ce 8e, c’est que se joue déjà un avant-goût de la saison prochaine si le club monte en Ligue 2. Où jouera-t-on si la question des aménagements nécessaires à Bauer n’est pas réglée ? » Pour le moment, la question du financement de ces aménagements n’est en effet pas tranchée.

Le Red Star, c’est aussi ça : un public de passionnés, jusqu’au boutistes et fiers de l’être. Il faut dire que ce stade à l’anglaise si particulier qu’est Bauer est intimement lié à l’histoire du club. Et chez Vincent Chutet-Mézence, il en va de même : « je fais un parallèle entre l’histoire de ce stade et ma vie de supporter ». En 1994, quand son grand-père, ouvrier dans le bâtiment, l’emmène pour la première fois au stade, c’est évidemment déjà à Bauer. Le PSG peut bien gagner la Coupe des Coupes, aligner les Weah, Djorkaeff, Rai, Vincent Chutet-Mézence n’en a cure. « Bien sûr, c’était une belle équipe, mais moi j’habitais le 18e et l’équipe de mon lieu de vie, c’était le Red Star ».

En 1998 déjà, le projet initial d’un nouveau stade capote et le Red Star est condamné à « s’exiler » pendant 4 ans à Marville, à La Courneuve. Quatre ans pendant lesquels, déjà, Vincent Chutet-Mézence, ne mettra plus les pieds au stade. Le garçon, romantique en diable, a de la suite dans les idées. Arrive ensuite l’embellie des années 2004-2006, celles de la remontée fantastique de DH en CFA, ses « plus belles années de supporter ». « Il y avait une symbiose parfaite entre les joueurs et les supporters. Il nous arrivait même d’aller manger ensemble ».

Qu’on se rassure : même si rien ne le fera dévier de sa ligne – le Red Star, c’est Bauer – ce footballeur du dimanche, « latéral droit de préférence », reste supporter dans l’âme : mardi soir, lui et ses acolytes seront bien devant un écran de télévision, à supporter leur équipe de cœur.

Christophe Lehousse
Savoir plus sur les résultats et les prochains matchs du Red Star

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