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Pauline Gamerre, le foot au féminin

Pauline Gamerre est la seule femme directrice générale d’un club pro en France. Marseillaise d’origine, la trentenaire ne se voit pourtant pas ailleurs qu’au Red Star pour vivre sa passion du foot. Parce qu’à l’entendre, ce club, historique et populaire, ne ressemble à aucun autre...

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Vous êtes la seule femme directrice générale d’un club de foot pro en France. Le foot serait-il un brin macho ?
« Je préfère le prendre dans l’autre sens et y voir la preuve que le Red Star a la diversité ancrée dans son ADN. Depuis que je suis arrivée en 2009 dans ce club, je n’ai jamais rencontré la moindre remarque. Genre, religion, origines, au Red Star on ne met pas d’étiquettes aux gens. Je préfère me concentrer sur ce positif que sur le reste du foot français. »

Qu’est-ce qui vous a poussée vers le foot ? Vous y jouiez enfant ?
« C’est un peu le mystère de la famille. Parmi mes 4 sœurs, aucune n’est spécialement fan de foot. Moi, il y a déjà des photos de moi où à 2 ans, j’ai un ballon au pied. Mon père aussi aimait ça, mais c’est plutôt moi qui le traînais au Vélodrome que l’inverse. »

De Marseille, comment avez-vous atterri au Red Star ?
« Après avoir fait Sciences-Po à Aix, j’ai fini mes études à l’ESCP (une grande école de commerce parisienne). Je bossais chez Dailymotion quand j’ai croisé la route du Red Star qui sollicitait un partenariat. Je suis venue faire un atelier vidéo avec des jeunes du club, et ça a tout de suite accroché. Puis Patrice Haddad, le président du Red Star m’a fait entrer au club, d’abord comme directrice de la communication puis comme directrice générale en 2011. »

Qu’est-ce qui vous fait tant vibrer à propos de ce club ?
« C’est simple : c’est un club historique, populaire et familial. Ca peut paraître des étiquettes marketing, mais dans le cas du Red Star, c’est tout sauf ça. Au jour le jour, pour nous, c’est important de donner de la fierté à nos spectateurs, de donner entre autres structures une autre image de la Seine-Saint-Denis, de voir grandir nos jeunes. »

Votre meilleur souvenir de foot ?
« Hors Red Star, ou tout compris ? Bon, de toute façon je vais vous faire une réponse Red Star. C’est simple : c’est notre maintien en National lors de la dernière journée de la saison 2012/2013 contre Fréjus. On devait absolument gagner pour s’en sortir, Fréjus lui jouait la montée. Et on se prend un but de Fréjus à l’heure de jeu. Sachant qu’on n’avait jamais renversé un score de toute la saison… Et là, Jean-Jacques Mandrichi nous met un doublé de derrière les fagots, un petit miracle. C’a été un soulagement incroyable. »

Et le pire ?
« La défaite à Epinal cette même saison juste avant notre sauvetage. Je ne vous raconte pas l’ambiance dans le bus au retour. Les mines étaient sombres. »

Dans les couloirs du club, votre surnom affectueux est « Miss Thatcher ». Pourquoi ?
(rires) « Alors d’abord, je tiens à dire que ce n’est pas pour le côté politique. Etre au Red Star et se faire appeler Miss Thatcher, c’est un peu antinomique. Non, mais c’est vrai que quand il s’agit de gestion, je suis plutôt rigoureuse. Comme je dis souvent aux joueurs : « on ne vous paie pas avec des billets de Monopoly ». Dans le foot actuel, il y a de telles sommes en jeu que l’argent en est déréalisé. Moi, je suis là pour rappeler aux joueurs la vraie valeur de l’argent. Et je pense qu’ils comprennent ce discours. Un bon nombre d’entre eux viennent de clubs qui ont connu des dépôts de bilan ou des problèmes financiers. Au Red Star au moins, ils savent qu’on ne vit pas au-dessus de nos moyens... »

Le Red Star cela dit, ce n’est pas que du foot, ce sont aussi des ateliers éducatifs en direction de la jeunesse et une politique de féminisation du foot.
« Oui, et nous y tenons énormément. La féminisation de nos catégories fait partie de nos priorités. Pour l’instant, nous avons 85 licenciées sur les 650 que compte le club, réparties des toutes petites jusqu’aux moins de 16 ans. A terme, nous aimerions recréer une équipe femmes seniors. Et sur le volet éducatif, nous organisons effectivement depuis 2008 des ateliers pour faire découvrir à des jeunes du club des activités artistiques et culturelles. L’objectif, c’est que durant les vacances scolaires, ils fassent une production collective, souvent en compagnie d’un intervenant extérieur. Ça va de l’écriture à la vidéo, en passant par le graff. L’année dernière, on les a emmenés au théâtre de l’Odéon, cette année on les a faits travailler sur la peinture et une chanson. Non seulement c’est une de nos missions d’élargir leur horizon, mais on pense aussi que ça peut en faire de meilleurs footballeurs. Un jeune joueur qui connaît Picasso et Mozart, ça n’en fait pas forcément pas un artiste sur le terrain, mais ça ne peut pas faire de mal… »

Il n’est pas rare aujourd’hui que des joueurs de l’effectif pro viennent assurer l’entraînement des gamins. Est-ce qu’on verra encore ces scènes en cas d’une éventuelle montée en Ligue 1 ?
« C’est déjà une question qu’on me posait au moment de notre montée en Ligue 2, et regardez, ça n’a pas posé de problème. Je crois vraiment que c’est possible, même si effectivement, plus on monte dans les échelons, et moins les joueurs pros ont de temps. Mais je crois que c’est une activité qui peut plaire à certains joueurs de l’effectif. Regardez, cette saison, Vincent Planté (ancien capitaine du Red Star et désormais 2e gardien) vient trois fois par semaine entraîner les jeunes gardiens du club. »

Le président de la République s’est lui-même pris d’affection pour votre club. Il était présent en septembre dernier au Stade Bauer pour le lancement du « 11 tricolore » dans le cadre de l’Euro de foot. D’où lui vient son coup de cœur pour le Red Star ?
« Vous savez, je crois vraiment que son attachement pour notre club va bien au-delà d’un choix marketing ou de positionnement par rapport à d’autres présidents. J’ai cru comprendre que durant ses études à Sciences-Po Paris, il venait régulièrement voir des matches du Red Star à Bauer. Et il nous fait régulièrement parvenir des messages d’encouragement. On voit vraiment qu’il suit nos résultats. C’est évidemment très flatteur pour nous. »

Dans le dossier du stade Bauer, un soutien présidentiel, ça doit aider non ?(depuis le début de saison, l’équipe pro est obligée de jouer à Beauvais parce que le stade Bauer, propriété de la ville de Saint-Ouen, n’est pas aux normes de la L2)
« Evidemment, c’est appréciable, même si ce n’est pas à l’Elysée de dicter ses consignes à la ville de Saint-Ouen. Disons qu’ils ont un rôle fédérateur, en mettant tous les acteurs autour de la table, comme en novembre dernier au ministère des Sports. »

Justement, où en est le dossier Bauer ?
« Lors de la dernière réunion, nous nous sommes accordés sur une reprise de la saison 2017-2018 dans un stade Bauer rénové, dans le meilleur des cas. On nous a dit qu’avant, ce n’était pas envisageable. C’est évidemment très important pour nous d’avoir un ancrage en Seine-Saint-Denis parce que c’est notre histoire. Maintenant, nous, on a décidé de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Personne ne nous voyait à ce niveau cette année, avec nos difficultés. Le 93, c’est aussi ça : dans l’adversité on trouve des ressources insoupçonnées. »

Justement, vous réalisez une excellente saison. Songez-vous à la montée dès cette année ?
« Non non, on pense qu’au maintien. Après, si on dépasse la fameuse barre des 45 points, on pourra songer à un maintien très confortable (sourire en coin). »

Un gros enjeu d’avenir, c’est aussi le centre de formation...
« Effectivement, et notre stabilité sportive cette saison nous permet déjà d’y travailler. Jusqu’à présent, nous ne pouvions pas prétendre à un centre de formation parce que nous n’évoluions pas en L2. Ce qui fait que sur les trois dernières années, nous avons vu 50 jeunes partir en formation dans d’autres clubs, ce qui est une hémorragie colossale. Le projet du Red Star est d’avoir à terme son centre de formation aux côtés de son centre d’entraînement. Car il est important que les jeunes talents d’un club puissent croiser les pros. Une étude a d’ailleurs été lancée par le Département pour un futur centre de formation au parc des sports de Marville. Idéalement, nous nous sommes fixés l’horizon 2017-2018. »

Pour finir, un petit pronostic pour l’Euro ?
« Allez, France-Belgique, avec une victoire française évidemment. Mais attention aux Belges, ils ont une génération en or, avec une vraie ferveur populaire pour les soutenir. C’est peut-être d’ailleurs ce qui manque aux Bleus… »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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