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« Pas de fatalité » au forum économique des quartiers populaires, à Pantin

Lundi 23 novembre, « Osons la banlieue », un forum économique des quartiers populaires s’est tenu au Centre national de la danse de Pantin. L’idée : casser les stéréotypes et mettre en avant des exemples de réussite économique en banlieue.

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Surjit Singh raconte son parcours de manière simple et décontractée. On sent que le jeune homme de 27 ans, arrivé à l’âge de 16 ans à Drancy, est heureux de s’adresser à des jeunes gens parmi lesquels il aurait pu se trouver il y a quelques années. « Je suis originaire d’Inde. En arrivant ici, je ne parlais pas un mot de français, mais j’avais lu que l’élite française se constituait en classe prépa. Du coup, au moment de mon orientation, j’ai insisté pour partir en école de commerce alors qu’on voulait m’orienter vers un CAP vente. Aujourd’hui, ça va plutôt bien pour moi : j’ai créé 3 boîtes et je suis en train de lever des fonds pour un 4e projet, une application qui inciterait les jeunes à s’impliquer davantage dans la vie politique locale. »

Face à Surjit, l’assistance, composée majoritairement de jeunes hommes et femmes en plein cursus universitaire, ouvre de grands yeux. « C’est bien de voir des exemples de réussite comme ça, ça nous motive », témoigne par exemple Abdallah, 20 ans, en licence 3 d’éco-gestion à Paris 8-Saint Denis. « Parfois, on peut devenir un peu pessimiste en se disant qu’on ne part pas à égalité avec d’autres. Et puis quand on voit ces exemples-là, on se dit que nous aussi on a nos chances, qu’il y a pas de fatalité », affirme ce jeune habitant de Gennevilliers qui se verrait bien fonder sa propre boîte dans le marketing ou le management.

Donner des exemples de réussite provenant de la banlieue et dissiper toute image misérabiliste, c’était l’un des objectifs d’ « Osons la banlieue », premier forum économique des quartiers populaires organisé à l’initiative des entrepreneurs Aude de Thuin, Saïd Hammouche et Daniel Hierso. « En organisant ce forum, le but était double, explique Saïd Hammouche, fondateur en 2007 de Mozaïk RH, un cabinet de recrutement spécialisé dans la promotion de la diversité. D’une part, donner des exemples inspirants à d’autres jeunes pour booster leur projet professionnel et d’autre part, mettre en connection de jeunes entrepreneurs de Seine-Saint-Denis avec des investisseurs prêts à s’engager dans leur projet. »
Daniel Hierso, entrepreneur ayant grandi à Nanterre dans le quartier de Colombes, et désormais domicilié à Noisy-le-Grand, complète : « Les principaux freins dans les quartiers, ils sont connus : il y a beaucoup d’autocensure et aussi un manque de culture entrepreneuriale. Nous, en montant un tel événement, on veut justement dissiper cette impression que la réussite ou les bonnes idées, c’est forcément pour les autres. »

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Toute la journée, de nombreux lycéens ou étudiants venus de Seine-Saint-Denis ou d’ailleurs ont donc pu rencontrer et poser leurs questions à des entrepreneurs issus comme eux des quartiers populaires. Hadj Khelil, fondateur notamment de Big Mama, boîte spécialisée dans le big data, a par exemple insisté sur « l’envie d’apprendre et d’entreprendre », élément plus déterminant selon lui qu’un CV. Nadia Hathroubi-Safsaf, rédactrice en chef du Courrier de l’Atlas, a de son côté rappelé que certains freins pouvaient exister dans une carrière, qu’ils s’appellent « racisme, sexisme ou problèmes financiers » et que les dénoncer ne revenait pas à tomber dans la victimisation.

Enfin, Julien, ancien lycéen d’Aubervilliers, leur a conseillé d’être ouverts à leur entourage et à ses recommandations, comme lui lorsque ses professeurs l’ont poussé à faire une classe prépa à Noisy-le-Sec alors que ses amis lui disaient pourtant que ce n’était pas pour lui. Le jeune homme, qui possède désormais sa propre entreprise de réparation de matériel électronique, s’emploie désormais à sortir de l’autocensure d’autres jeunes via « Passeport Avenir », une association qui vise à diversifier le leadership économique français.

Surtout, certains jeunes entrepreneurs ont aussi pu présenter leurs projets à des investisseurs, dans le cadre de séances de pitch. « Si on peut servir à mettre en relation des gens qui sinon ne se seraient pas croisés parce qu’ils n’ont pas les mêmes réseaux, c’est déjà ça de gagné », expliquaient Aude Thuin, Saïd Hammouche et Daniel Hierso, qui ont déjà prévu de remettre le couvert le 7 avril 2016, pour un nouveau forum de ce type, à Aulnay-sous-Bois.

Christophe Lehousse

Ils se destinent tous à une carrière dans le monde de l’entreprise, comme salariés ou chefs d’entreprise. Réactions de jeunes auditeurs à cette journée.

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Kalinca, 22 ans, habitante de Sartrouville, en licence éco-gestion à Saint-Denis

« A partir des interventions que j’ai entendues aujourd’hui, j’ai compris que la vie professionnelle est compliquée, parsemée de beaucoup d’embûches, qu’elles soient sociales, économiques ou intellectuelles, mais qu’on doit surpasser tout cela. Il faut se laisser guider par nos rêves et notre projet professionnel. Là, je me consacre pleinement à mes études, mais j’ai dans un coin de ma tête le projet de fonder une entreprise de transports en Côte d’Ivoire, d’où je suis originaire. C’est une idée que j’ai eue en voyant un documentaire qui montrait comment des denrées alimentaires produites par certains villages pourrissaient sur place du fait de l’absence d’un bon système de transport. L’idée serait aussi d’aider ces villages à se développer, donc aussi d’avoir un vrai impact social. »

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Manal Azhar, 21 ans, habitante de Choisy le Roi en licence éco-gestion à Saint-Denis

« Ce qu’il faut retenir, c’est à mon avis qu’il n’y a pas de barrières à la réussite. Peu importe son milieu social et sa ville natale, on peut réussir si on s’en donne les moyens intellectuels. Et puis, il n’y a pas qu’une seule manière d’être inventif. La preuve, c’est que des intervenants d’aujourd’hui n’ont pas un parcours académique très impressionnant et s’en sont tout de même très bien sortis. Moi au départ, je me souviens que quand j’ai eu mon DUT, j’ai eu du mal à trouver une université qui m’accueille en licence 3. J’avoue que Paris 8-Saint Denis n’était pas mon premier choix, ça m’a un peu démotivée au début, mais maintenant, j’ai compris que ce ne sera pas un frein dans mon parcours. »

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