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Paroles de professionnelles : pour grandir sereinement

Découverte de pratiques et d’un univers jusque-là inconnus, épanouissement, confiance en soi, amélioration des capacités d’apprentissage. Pour les professionnels de l’enfance, ouvrir les enfants à la culture dès le plus jeune âge permet tout simplement de leur construire un plus bel avenir.

« C’est entre l’âge de 10 semaines et de trois ans qu’ils ont le plus de potentiel »

Audrey Battal, directrice de la crèche départementale Auguste Blanqui à Bondy, où se sont tenus les ateliers de confection de cœurs constitués de papiers collés.

« Les enfants devaient froisser des morceaux de papier et les coller au centre d’un cœur, créant ainsi une œuvre. Nous ne savions pas ce que ça allait donner, mais ils ont très bien accroché. La séance a duré de 10h à 11h30, ce qui nous a tous surpris ! Sensibiliser les enfants à la culture dès le plus jeune âge est important, dès la naissance je dirais même, car c’est entre l’âge de 10 semaines et de trois ans qu’ils ont le plus de potentiel pour s’ouvrir à des choses nouvelles. Nous le voyons avec le projet « livre » pour lequel une bibliothécaire vient une fois par mois. Les enfants appréhendent le livre différemment ensuite. Et c’est d’autant plus important que nous sommes dans un quartier où l’accès à la culture n’est pas forcément facile. Les enfants montrent les cœurs à leurs parents, qui trouvent extraordinaire que leurs enfants aient fait ça. Il y a une fierté et cela peut transformer le regard que les familles portent sur leurs enfants. Montrer que les petits ont des compétences est la plus belle preuve de l’importance du droit à la culture, pour leur permettre de grandir sereinement. »

« Pour beaucoup, la musique classique paraissait inaccessible »

Emmanuelle Favé, responsable du centre de loisirs Marcel Cachin à Bobigny et référente du Dispositif d’Éducation Musicale et Orchestrale à vocation Sociale

« Quinze enfants du centre de loisirs et du centre social découvrent depuis deux ans la musique classique et apprennent à jouer d’un instrument. Avant cela, 95 % d’entre eux n’avaient pas eu d’éducation musicale car, pour beaucoup de parents, la musique classique paraissait inaccessible, réservée à d’autres. C’est un investissement mais comme l’apprentissage est ludique et les professeurs sont à l’écoute, les enfants ne considèrent pas cela comme un effort. Ce projet leur apporte de la confiance en eux. Certains, très timides, amènent désormais leur instrument à l’école et jouent devant leur classe. Le concert annuel suscite aussi une grande fierté : jouer devant leurs parents, leurs professeurs et leurs animateurs, montrer ce qu’ils ont pu faire. Les familles sont également fières de voir que leurs enfants sont capables de cela. Elles sont émues, et les enfants sont émus de voir que leurs parents le sont. D’après leurs professeurs, il y a aussi pour certains des répercussions positives sur leur scolarité, leur capacité de concentration. »
Savoir plus : projetdemos.fr

« Cela peut impacter leur vie »

Dolorès Tejero, directrice de l’école Jean Mermoz au Bourget, a accueilli l’an dernier en résidence l’auteur-illustrateur Bruno Gibert.

« Quinze classes ont rencontré des auteurs et illustrateurs, et Bruno Gibert est intervenu pendant un semestre dans deux CE2 et un CM2. Avec les plus grands, nous avons créé et joué une pièce de théâtre. Culturellement, ça a été très riche et, aujourd’hui, les enfants peuvent citer différents auteurs. Ils ont aussi été très fiers d’écrire leur pièce. Nous avons dû chercher du vocabulaire, travailler les temps. C’était un jeu qui leur a aussi permis de comprendre que la grammaire ou l’orthographe ne sont pas enseignées pour les embêter mais sont des outils au service de l’écriture, et que l’écriture est la liberté. S’y confronter leur permet de rêver, de devenir des citoyens. Le livre est la porte d’accès à la culture. Cela peut impacter leur vie car, quand on embauche quelqu’un, on s’intéresse aussi à son épanouissement, ses connaissances culturelles, sa façon de parler. Ce type d’intervention doit pour cela s’inscrire dans le temps. Nous avons besoin de plus de livres dans les écoles, de résidences, de rencontres. »

Et aussi... des artistes au grand cœur

Ils sont plasticiens, écrivains, danseurs, musiciens... Durant quelques heures ou quelques mois, ils acceptent de donner de leur temps pour initier les enfants de Seine-saint-denis à leurs pratiques.

En 2013, Michel Séméniako a proposé à des jeunes placés par l’Aide sociale à l’enfance une initiation au « light painting ». Une démarche banale pour ce photographe plasticien qui, depuis plus de trente ans, associe à ses créations les plus vulnérables.

« La culture rend libre et aide à avancer ». Parce qu’il en est convaincu, Joachim Romain, adepte du recyclage et du détournement d’affiches publicitaires, initie à son art jusqu’aux plus jeunes enfants.

Le mouvement hip-hop, sa culture, son esprit, a donné au danseur, chorégraphe et auteur Mehdi Slimani « des repères » et « une envie », qu’il transmet à son tour aux collégiens de Seine-Saint-Denis. www.cienomad.com

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