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On s’était dit rendez-vous dans 9 ans

Ils sont lanceurs, lutteurs ou gymnastes dans des clubs de Seine-Saint-Denis. Ils font peut-être partie de cette "génération 2024" qui aura la chance d’entrer dans le stade de France au cœur de la délégation française, si Paris obtient les Jeux. Après les judokates, les gymnastes, l’athlète handisport Trésor Makunda, les lutteurs, les Ciofani père et filles sont à l’honneur cette semaine. (5/5)

ATHLETISME

Tel père, telle fille... A 19 ans, Audrey Ciofani marche dans les pas de son champion de père. Entraînée par son paternel Walter, qui participa lui-même aux JO de Los Angeles, la lanceuse de marteau du CA Montreuil s’est classée 4e des derniers championnats du Monde juniors, à Eugene (Etats-Unis). Et compte bien se catapulter prochainement dans une délégation pour les Jeux, qu’ils soient à Rio, Tokyo... ou encore mieux : en Seine-Saint-Denis !

- Audrey Ciofani, 19 ans, lanceuse de marteau au CA Montreuil

« Bien sûr que des Jeux en Seine-Saint-Denis me rempliraient d’enthousiasme. Les Jeux de toute façon, c’est l’objectif absolu de tout sportif. Et alors à Paris, ce serait le top ! Et à 28 ans pour moi, ce serait l’âge parfait... Bon, c’est assez loin encore. Je pense qu’avec un « oui » définitif du CIO, ça deviendrait un peu plus présent dans mon esprit. Cette année, mon objectif est clair : tenter de remporter les championnats d’Europe juniors en Suède. Car ma 4e place lors des championnats du monde en 2014 me reste un peu en travers de la gorge. Ma saison est bien lancée : j’ai battu deux fois mon record personnel cette année, et avec 69m25 (au premier tour des interclubs à Gagny, le 10 mai), je ne suis plus qu’à un mètre et des poussières du record de France juniors. C’est à ma portée. Pourquoi j’ai choisi le marteau ? D’abord parce que je baigne dedans depuis toute petite, avec un père quintuple champion de France de marteau et qui, d’ailleurs, a toujours été mon entraîneur. Mais aussi parce que ça me plaisait et que dès le départ j’ai toujours trouvé ce mouvement très naturel. J’aime la sensation d’aller vite et loin. Dommage seulement que notre discipline soit aussi peu médiatisée. »

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- Walter Ciofani, ancien international français et entraîneur au pôle lancers de Bobigny

« Les Jeux, c’est le summum de la carrière de tout sportif. J’ai eu la chance de pouvoir en disputer une édition, en 1984, à Los Angeles. Au niveau performance, c’était moins ça puisque je termine 8e, mais ça reste une expérience magnifique. Des Jeux à Paris et en Seine-Saint-Denis, ce serait le rêve ! Et le 93 y serait bien représenté puisqu’avec Namakoro Niaré, j’ai créé en 2008 un pôle de lancers au stade de la Motte à Bobigny qui marche bien et qui reçoit d’ailleurs le soutien du Conseil départemental. Nous entraînons une trentaine de lanceurs. Si c’est dur de coacher sa propre fille ? Oui, plutôt, je ne vais pas mentir. On a parfois tendance à être trop exigeant. Mais quand j’ai ma casquette d’entraîneur, je m’efforce de ne pas faire de différences. Bien sûr que j’adorerais voir ma fille aux Jeux mais il ne faut pas brûler les étapes. J’ai vu moi-même à quel point on pouvait être ennuyé dans sa carrière par des blessures (il a notamment dû renoncer aux Jeux de Séoul 88 pour un problème au dos), donc n’allons pas trop vite. »


LUTTE

C’est une année chargée pour Youssoup Deliev : ce jeune lutteur du Bagnolet Lutte 93 ne perd pas de vue les jeux de Rio et passe en même temps son bac S. Triple champion de France juniors, il vient de passer senior, chez les 57 kg. Même s’ils ne luttent pas dans la même catégorie, Youssoup se dit fier d’être le coéquipier chez les Diables rouges de Mélonin Noumonvi, sacré champion du monde en 2014 en gréco-romaine.

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- Youssoup Deliev, 20 ans, lutteur au club de Bagnolet
« En 2024, j’aurai 29 ans. Donc c’est tout à fait jouable pour moi. Franchement, ce serait super d’avoir les Jeux à domicile. Cela signifierait beaucoup d’encouragements pour moi, je serais porté durant mes combats. Mais il faudrait déjà que je connaisse une expérience olympique avant. 2016, j’espère pouvoir y aller, même si j’ai un sérieux client en la personne de Zouheir El Oarraqe (Lyon Saint-Priest), médaillé aux derniers championnats d’Europe et champion de France en titre. La lutte, c’est un sport magnifique. J’ai commencé à 13 ans, à Aulnat (Puy-de-Dôme), un petit club mais qui compte de grands entraîneurs. Par l’intermédiaire de la famille Chirain (dont le fils aîné est également lutteur à Bagnolet), je me suis retrouvé chez les Diables rouges, où je me trouve bien. J’ai notamment la chance d’y côtoyer Mélonin Noumonvi, un champion du monde. Lutter ensemble dans la même équipe est un honneur. Je suis toujours à l’écoute du moindre de ses conseils. J’alterne entre des entraînements à Bagnolet et au pôle France de Ceyrat, dont je fais partie. »

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- Mélonin Noumonvi, lutteur à Bagnolet, champion du monde 2014 en moins de 85 kg, qui compte trois participations aux Jeux

« Ces Jeux à la maison, ce serait quelque chose de formidable. Evidemment, moi en 2024, je ne serai plus athlète, mais peut-être entraîneur qui sait, donc ce serait super ! Je commence en effet déjà à passer mon DS d’entraîneur, en parallèle de ma carrière. Et j’espère bien être au bord des tapis dans neuf ans ! Après, je pense évidemment aussi au présent immédiat : les Jeux, j’ai eu la chance d’y participer déjà trois fois (16e aux Jeux d’Athènes, deux fois 5e à Pékin et Londres) et en 2016 je n’aurai qu’un objectif en tête : la médaille. C’est la seule qui manque encore à mon palmarès. Mais bon, encore faut-il se qualifier, ce qui n’est jamais simple. Comment je suis venu à la lutte ? C’est très simple : j’ai goûté à ce sport à 8 ans via mes frères qui m’ont initié et je ne l’ai plus jamais lâché. C’est un sport de combat que j’ai trouvé tellement naturel, et où on ne se fait pas mal ! Et puis, quand vous arrivez dans un club comme Bagnolet, avec un encadrement aussi performant et sympathique à la fois, vous ne pouvez qu’aimer ! Youssoup Deliev aussi est à Bagnolet : c’est un élément très prometteur. Il vient de prendre la 3e place des championnats de France, pour sa première année chez les seniors. C’est un garçon qui a beaucoup de souplesse et de calme dans sa lutte. Il ne s’énerve pas, il va chercher point par point, il a déjà un niveau international à son âge. S’il continue à travailler comme ça, je suis assez confiant pour lui. »


ATHLETISME HANDISPORT

Trésor Makunda, quadruple médaillé olympique sur 100, 400 m et relais, athlète du CA Montreuil

A 31 ans, Trésor Makunda s’apprête à vivre son dernier défi de sportif : remporter enfin l’or tant désiré aux Jeux paralympiques de Rio. S’il estime que le combat pour l’accès du sport à tous ne s’arrête jamais, l’athlète déficient visuel note les progrès par rapport à l’époque de ses débuts. Et croit à la vertu de l’exemple pour faire avancer les gens.

« En tant que Français et sportif de haut niveau, je soutiens évidemment des Jeux à Paris et en Seine-Saint-Denis. Ce serait magique à plus d’un titre. Ce serait aussi valorisant pour la Seine-Saint-Denis qui souffre souvent d’une mauvaise image et ce serait enfin l’occasion de montrer tout le potentiel sportif, et pas que sportif d’ailleurs, de notre département.
Moi, des Jeux, j’en ai vécu trois, et je les ai tous vécus sur un rythme et un mode différents. A Athènes, j’étais très jeune, j’ai vécu ça comme un enfant qui découvre quelque chose, pas vraiment comme un sportif, même si j’ai quand même remporté l’argent. A Pékin, j’étais au sommet de ma forme, mais j’étais passé à côté de l’or. Et à Londres, c’était sans doute la plus belle expérience : je sortais d’une année de galère et de blessures, j’étais monté sur 400 m et j’ai quand même remporté le bronze, devant ma famille qui était venue m’encourager. Maintenant, je me prépare pour le dernier grand défi de ma carrière, Rio 2016, où je veux absolument décrocher l’or avec mon guide Gautier Simounet, sur 200 et 400 m. Pour ce qui est du soutien apporté par mon club et des instances au handisport, je ne peux pas me plaindre. Il est vrai que le combat n’est jamais fini, qu’il y a encore des aménagements à faire en terme d’accessibilité, mais la situation est tellement différente par rapport à mes débuts. Vous savez, à 14 ans, quand vos copains vont faire du sport et qu’à vous on vous dit : « non, désolé, ce n’est pas possible, nous n’avons pas les structures », c’est douloureux. Or c’était comme ça quand j’ai commencé. Aujourd’hui, la chance qu’on a, c’est qu’il y a une vraie volonté des clubs et des instances politiques d’effacer tout ça. Et la Seine-Saint Denis n’est pas la dernière à s’investir. Au CA Montreuil, il existe depuis 2013 une structure handisport qui est performante. Et depuis quelques années, des courses handisport sont intégrées au programme du meeting d’athlétisme de Montreuil. Il faut juste encore plus développer tout ça »


GYMNASTIQUE

Paul Degouy est une des grandes promesses de la gymnastique tricolore. Entre un entraînement et ses révisions – il passe le bac S cette année – ce Noiséen rêve d’une participation aux Jeux. Sacré champion de France juniors en mars, il a comme grand modèle Benoît Caranobe, ancien du club, qui a décroché le bronze au concours général individuel des Jeux de Pékin 2008.

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- Paul Degouy, 18 ans, gymnaste au club de Noisy-le-Grand

« J’aimerais tant que ces Jeux se déroulent à Paris et en Seine-Saint-Denis. Déjà s’ils se déroulent en France, ce serait exceptionnel. Mais là, sur mon département, devant mes proches, ce serait encore plus grandiose. Les Jeux, surtout pour des disciplines non professionnelles comme la gymnastique, c’est la consécration pour un athlète.

C’est pour cela qu’on travaille tous les jours. Ma progression normale voudrait justement que je sois au top en 2020 ou 2024. Mais je ne m’interdis rien avant. Ma devise : rien n’est impossible. Noisy-le-Grand, c’est un club où je m’entraîne depuis l’âge de 12 ans. J’y suis arrivé via mon tout premier entraîneur, Gilles Loiselet, qui m’a mis en contact avec mon entraîneur actuel, Frédéric Jay. C’est aussi à Noisy-le-Grand que j’ai fait la connaissance de Benoît Caranobe.

C’est mon grand modèle. Ce qu’il a fait aux Jeux de Pékin, dans une discipline aussi dure que le concours général (les 6 agrès), est exceptionnel. En plus, sa médaille ne l’a pas changé. C’est quelqu’un de très généreux, qui m’a beaucoup apporté, par son expérience et son regard sur les Jeux. Et même si je le vois moins depuis que je m’entraîne à l’INSEP (depuis 2012), il m’a beaucoup marqué. »

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- Benoît Caranobe, ancien de Noisy-le-Grand gymnastique, médaille de bronze à Pékin au concours général individuel

« Des Jeux en Seine-Saint-Denis ? Comment ne pas les soutenir quand on est ancien sportif de haut niveau ? J’espère de tout cœur que ça pourra se faire. Et j’aurais tellement aimé les vivre en tant qu’athlète, même si les voyages lointains pour certains Jeux ont aussi leur côté attrayant. Il n’y a pas de grand mystère : les Jeux pour un gymnaste, c’est le Graal. Pensez donc, c’est un des plus anciens sports olympiques (de l’ère moderne) ! Et sur ces Jeux, c’est vrai que j’espère bien voir Paul Degouy.

Comme on est du même club, je me tiens régulièrement informé de ses performances. Il a tout pour réussir : des qualités athlétiques indéniables mais surtout, un mental d’acier que d’autres jeunes n’ont peut-être pas. Avec ça, il a une maturité incroyable. Si je devais lui trouver un seul défaut, je dirais qu’il est surmotivé, ce qui peut aussi parfois jouer des tours. Après, il faut s’inscrire dans la durée. Ce n’est pas parce qu’on est le meilleur à son âge qu’on y arrive à coup sûr. Là, il vient tout juste de passer de juniors à seniors. C’est une année un peu bâtarde, d’adaptation. Ce n’est pas forcément l’année où on fait le plus de résultats, même si, on ne sait jamais... Car il faut digérer les nouveaux éléments qu’on vient d’intégrer à son programme, prendre un peu de plus de risques. Mais je ne m’en fais pour Paul, il est fort partout. »


JUDO

Marine Erb grimpe les échelons vite et bien. En 2014, elle est devenue vice-championne de France seniors et a décroché le bronze aux championnats du monde juniors (chez les plus de 78 kilos). Pour la qualification aux jeux de Rio, la jeune femme de 20 ans n’a pas dit son dernier mot, mais se projette aussi plus loin. Et est toujours à l’affût d’un conseil d’Audrey Tcheuméo qu’elle a rejointe à Villemomble.

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- Marine Erb, 20 ans, judokate au club de Villemomble
« Des Jeux en Seine-Saint-Denis ? Ce serait incroyable. Déjà en France, ce serait top, mais là en plus dans mon département, où je vais habiter prochainement et où je m’entraîne, ce serait extraordinaire ! Je suis originaire de Combourg, en Bretagne, mais entre temps je me considère aussi comme Séquano-dionysienne... Les Jeux, bien sûr que tout athlète y pense. Moi, me qualifier pour ceux de 2016, ce n’est pas insurmontable en soi, mais les places sont chères : il n’y a qu’un billet par catégorie. Pour progresser, j’essaie de tirer parti du moindre détail, et aussi de l’expérience d’Audrey Tcheuméo. Avant, c’était ma concurrente parce qu’on était dans la même catégorie. Depuis que je suis à Villemomble, j’ai appris à la connaître et à l’apprécier. C’est devenu quelqu’un d’important pour moi, elle me donne des conseils. Elle peut m’apporter beaucoup, d’autant plus que comme moi, elle a commencé le judo sur le tard (pour Marine Erb, à 12 ans). »

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- Audrey Tcheuméo, judokate au club de Villemomble, championne du monde 2011 et médaille de bronze à Londres 2012
« Avoir les Jeux en France et en Seine-Saint-Denis, ce serait juste extraordinaire. C’est pourquoi je soutiens à fond la candidature. Bon, pour moi, 2024, c’est un peu loin. J’aurai 34 ans, je ne pense pas aller jusque là, même si on ne sait jamais ce que la vie vous réserve. Si mon corps dit oui, pourquoi pas... Mais de toute manière, pour tous les athlètes, ce serait un moment incroyable. Les Jeux, c’est l’aboutissement pour tout sportif. Moi, depuis que j’ai 6 ans, je ne rêve que de ça, et ma médaille de bronze à Londres, je veux la revivre, en mieux si possible. Là, je m’entraîne à fond pour tout dégommer. J’ai eu un début de saison mitigé, marqué par les blessures, mais rattrapé par de bonnes perfs en Grand Chelem. Maintenant j’enchaîne les Jeux européens à Bakou (juin) puis les Mondiaux au Kazakhstan (août), le programme va être dense. Marine Erb ? Je la connais bien puisqu’on a le même entraîneur, Omar Gherram. Elle est dans une belle progression. Les Jeux 2024, c’est carrément pour elle, elle aura l’âge qu’il faut, surtout que les catégories lourdes peuvent durer un peu plus longtemps que les légères. Mais j’espère qu’elle connaîtra des Jeux avant. Là, elle est dans une belle bataille avec Emilie Andéol pour la qualification aux Jeux de Rio. Elle peut encore passer devant, elle est douée, mais elle doit travailler à fond. Elle sait ce qui lui reste à faire. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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