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Ô sublime déchet, ô beau projet

Une quarantaine d’habitants de Clichy-sous-Bois et de ses environs exposent jusqu’au 9 mai leurs œuvres d’art, conçues à partir de déchets, à l’Espace 93 de Clichy. Un projet lancé par l’association clichoise 360°Sud et soutenu par le Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

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De loin, la robe paraît scintillante, taillée dans un tissu futuriste à la Jean-Paul Gaultier. Une belle ceinture rose enserre élégamment ses hanches. On s’approche : ce qu’on croyait être de l’étoffe ne sont en réalité que plaquettes de médicaments usagés, collées sur un mannequin. Nora Elbachir est l’auteur de « Princesse des malades et des fous », comme elle a baptisé son œuvre. Cette habitante de Montfermeil est fière de sa production et du cheminement qu’il lui a fallu pour l’engendrer. « Ca s’est fait petit à petit. Ca m’a pris un an pour la concevoir. Je voulais parler de notre vie stressante et de la trop grande quantité de médicaments que l’on consomme », commente la jeune femme.

Comme Nora, ils sont environ une quarantaine d’autres artistes à s’être lancés dans « Ô Sublime déchet », le projet de l’association clichoise 360°Sud : créer des oeuvres d’art à partir de déchets et de matériaux récupérés. Leurs productions, colorées, chaleureuses et pour beaucoup d’entre elles engagées, sont exposées jusqu’au 9 mai à l’Espace 93 de Clichy.

Mais avant cela, il a fallu réfléchir, rassembler du matériau, trouver l’inspiration aussi. Depuis juin 2013, 360°Sud, en collaboration avec l’Association de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés (ASTI), a proposé aux habitants qui le désiraient d’aller visiter les grands musées d’art contemporain. « Chaque année, nous cherchons un prétexte pour rassembler autour d’une création collective. Là, nous avons souhaité réconcilier certains habitants avec l’art contemporain, et les faire passer ensuite à l’étape de la création », explique Lisa Valverde, fondatrice de l’association en 2005.

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Le pari est plus que réussi. Dans l’appartement atelier de l’allée Maurice-Audin, à Clichy, où ils se retrouvaient pour créer, chaque habitant a laissé libre cours à son imagination. Kadijata Diallo a ainsi collé des images de vieux magazines sur une tôle ondulée, Bambi Sacko a représenté le « toit du monde » ne tenant plus qu’à un fil. Et Mohamed Chabani a signé « Ne jette pas ! », des ampoules vissées sur des boîtes de bobines de film. « Il ne faut jamais jeter les ampoules, même quand elles sont cassées. Aux Comores, là d’où je viens, elles coûtaient cher. Tout d’un coup, une idée te vient et l’ampoule reprend de la valeur », insiste-t-il.

Les œuvres du collectif « Ô Sublime déchet » parlent de la nécessité de préserver l’environnement, de parcours de vie pas toujours faciles, de la condition féminine. Gaëtan Bros, historien de l’art qui a accompagné les habitants dans ce projet et les a familiarisés avec l’art contemporain au moyen de conférences, se dit admiratif. « Au départ, on s’était proposé d’ouvrir le champ de l’art contemporain aux habitants. Mais très vite, on s’est aperçus que l’imaginaire est complexe naturellement. Pas besoin d’être versé en histoire de l’art et bardé de références pour créer du vrai et du beau », affirme-t-il.

Un autre bienfait de ce projet a aussi été de stimuler l’usage du français des participants, dont la majorité prend des cours de langue via l’ASTI. « Ce qui était magique, c’est qu’ils parlaient tout en créant, ce qui donnait une approche très naturelle du français », se souvient Monique Legrand, directrice de l’organisme qui espère bien voir ce projet continuer à vivre d’une manière ou d’une autre. L’essentiel en tout cas est déjà acquis : à partir de matériaux tout simples, ces artistes en herbe ont fait surgir du sens, de l’intime. Et tout en développant leurs capacités en français, ils ont montré qu’ils possédaient une autre langue : celle, universelle, de l’imagination.

- Quand : Jusqu’au 9 mai
-  : Espace 93 - Clichy-sous-Bois
- www.clichy-sous-bois.fr
Prix libre

Christophe Lehousse

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