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"Nous trois ou rien" fait se lever Stains

Vendredi 23 octobre, Kheiron est venu présenter en avant-première son premier long-métrage à Stains. « Nous trois ou rien » raconte le parcours de ses parents, réfugiés politiques ayant fui le régime des ayatollahs en Iran et arrivés en 1984 à Stains. Ambiance garantie.

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« Une claque », « un pur moment de bonheur », « un film extrêmement juste ». Les habitants de Stains ne sont pas près d’oublier l’avant-première de « Nous trois ou rien », le premier long-métrage de Kheiron, l’enfant de la ville. L’humoriste, qui a grandi à Stains puis à Pierrefitte, s’était déjà fait un nom avec la série à succès « Bref » diffusée sur Canal. Avec « Nous trois ou rien », il vient de s’ouvrir une carrière de réalisateur qui commence sous les meilleurs auspices.

La matière de son film ? Elle était là, sous ses yeux. « J’ai voulu avant tout réaliser un film-hommage à mes parents, à leur histoire, à ce qu’ils ont construit », a expliqué Kheiron devant une salle tellement enthousiaste qu’elle avait réservé une standing ovation à l’acteur-réalisateur et à Leïla Bekhti, également à l’affiche du film.

Soit l’histoire d’Hibat- incarné par son propre fils - et Fereshteh Tabib – jouée donc par Leïla Bekhti - deux jeunes Iraniens, militants pour la démocratie, déjà actifs sous le régime du Shah et obligés de fuir leur pays à l’avènement de l’ayatollah Khomeini. Un couple qui, le 14 septembre 1984, débarque ensuite… à Stains pour y poser ses valises et travailler sans relâche dans la médiation sociale. Un récit de vie fascinant, fait de souffrance - Hibat a notamment passé 7 ans et demi dans les geôles du Shah pour activisme politique - mais aussi d’une immense dose d’énergie positive.

Au moment où les lumières se rallumaient, il y avait donc beaucoup de visages souriants et quelques yeux brillants. Car Kheiron - ou plutôt Manouchehr, son vrai prénom, largement utilisé par les habitants de Stains - a beau venir de la scène comique et du Jamel Comedy Club, il sait aussi faire sobre quand il le faut. « J’ai choisi l’humour parce qu’il permet de parler à plus de gens. Cela n’aurait pas été un hommage de faire un film pesant et « relou ». Mais évidemment que pour certains scènes, il fallait aussi faire place à l’émotion », argumentait après coup le réalisateur.

L’émotion, elle était aussi au rendez-vous après la projection lorsque le comédien a invité à monter sur scène ses deux héros de parents. Sur cette question du bon dosage entre humour et drame, Fereshteh se montrait d’ailleurs la digne mère de son fils : « Il a été assez fidèle à notre vie, oui. Bien sûr, les moments durs ont existé, parfois même les tragédies. Mais nous n’avons jamais perdu l’espoir, et le rire a aussi été un remède pour surmonter les moments douloureux. »

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Après la séance, l’échange avec la salle était d’ailleurs à l’image du film : vivant et spontané. « Le regard que vous portez sur la banlieue est bienveillant, il ne donne pas dans les clichés habituels, jugeait une spectatrice. Est-ce que dès le départ, vous avez veillé à ne pas tomber dans la caricature ? » Réponse de Kheiron, arrivé à l’âge de 2 ans à Stains dans les bagages de ses parents : « Je n’ai pas voulu éluder les problèmes qui existent, mais je n’ai pas non plus voulu m’y attarder. Je voulais surtout filmer la banlieue à travers les yeux de deux personnes arrivant d’Iran, ce qui fait tout de même relativiser les choses. »

De fait, la banlieue des années 80, sous la caméra de Kheiron, est montrée sous un jour positif, avec son lot d’inégalités sociales certes, mais toujours avec une touche d’espoir. Et avec une forte insistance sur les valeurs du vivre-ensemble et du dialogue entre les cultures, qui lui ont justement été transmises par ses parents. « On retrouve bien Stains dans le film, surtout le Stains des années 86-87, se réjouissait Sakina, infirmière et habitante de Stains. Ma mère faisait partie de "Femmes dans la cité", l’association animée entre autres par la mère de Kheiron et le film rend bien compte de toute l’énergie qu’elles mettaient pour faire avancer la cause des femmes »

Line, la cinquantaine, retenait elle surtout le message délivré par le film. « Pour moi, c’est un plaidoyer pour le vivre-ensemble, mais surtout pour de profondes convictions démocratiques. Comment des gens se battent pour défendre la liberté d’expression. Et le deuxième combat, c’est effectivement créer des liens et du vivre-ensemble, chose qu’ont su si bien faire les parents de Kheiron. »

Christophe Lehousse

A lire également : Nous avions rencontré Kheiron pour notre magazine de juillet-août 2015. Retrouvez l’interview ici.

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Interview d’Hibat Tabib, père de Kheiron et l’un des personnages protagonistes de « Nous trois ou rien »

Ancien activiste politique contre la dictature du Shah d’Iran puis le régime des ayatollahs en Iran, Hibat Tabib n’a pas abandonné son engagement politique et social en France. A son arrivée, il a fondé plusieurs associations, dont l’AFPAD à Pierrefitte, spécialisée dans la médiation sociale.

J’imagine que ce film représente pour vous beaucoup d’émotion, qui plus est à Stains, l’endroit où vous êtes arrivé d’Iran avec votre famille…

« Oui, c’est vrai, ça fait doublement sens. Il y a la portée du film, qui est un exemple parmi tant d’autres de l’immigration. Et puis, il y a le fait que cette projection ait eu lieu à Stains ou à Pierrefitte dans quelques jours, qui sont pour moi des endroits particuliers… »

Raconter votre histoire sur le mode de l’humour, c’était osé de la part de votre fils. Trouvez-vous le pari réussi ?

« C’est à mon avis un des points forts du film. Evidemment, à certains moments, le film montre une souffrance. Quand on est en prison, en plus sous une dictature, on ne rit pas. Mais on n’a jamais dramatisé ce vécu non plus. C’était important que l’humour ne rende pas léger tous ces événements qu’on a vécus et dont certains sont tragiques. Mais il ne fallait pas non plus assommer les gens avec du drame. Je ne savais pas si Kheiron allait réussir à garder cet équilibre et il y parvient magnifiquement bien. »

Quand vous arrivez en France en septembre 1984, quelle est l’image que vous en avez et ce que vous avez trouvé était-il conforme à cette représentation ?

« Pas entièrement, non. On est arrivés avec la représentation d’une France pays des droits de l’homme et ça c’était vrai, du moins comparé à l’Iran ! En revanche, on ne soupçonnait absolument pas qu’il pouvait y avoir en France une pauvreté tellement profonde. Et puis, j’étais aussi étonné de l’acceptation, de la normalisation d’une forme de violence gratuite. Quelques voyous faisaient la loi en cassant du matériel et on ne leur disait rien. C’est là que j’ai compris l’importance d’instaurer un plus grand dialogue, une plus grande médiation pour aider à chasser les a priori et créer plus de lien entre les habitants »

Dans le film, il y a notamment une scène où jeunes des cités et policiers se rencontrent en se disant en face leurs quatre vérités. Un des personnages de l’AFPAD, l’association que vous avez fondée, constate : « ils se détestent ». Mais vous lui répondez : « Oui, mais ils se parlent ». Cette scène résume en quelques mots la philosophie de l’AFPAD ?

« Oui, c’est tout à fait ça. Il n’y a pas de vivre-ensemble possible sans dialogue. Dès le départ, moi et les autres membres de l’association avons été dans une posture de médiation. Médiation entre habitants pour différents problèmes, mais aussi médiation entre locataires et bailleurs sociaux et avec les institutions de la République. C’est ainsi qu’à l’AFPAD nous faisons venir des policiers, des avocats et des procureurs pour que les jeunes aient une meilleure connaissance des institutions et qu’à l’inverse, ces représentants comprennent les problèmes de ces jeunes. D’ailleurs, le film de Kheiron pourrait lui aussi être un outil pédagogique pour solliciter des discussions et des réactions dans les collèges de Seine-Saint-Denis. »

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En l’espace de 30 ans, la banlieue a-t-elle selon vous changé ?

« Oui, certaines choses ont changé. Pour certaines en bien comme le développement d’un gros tissu associatif et des efforts en matière de rénovation urbaine. Mais c’est vrai qu’une nouvelle fois, la banlieue subit la crise économique. Et comme elle est vulnérable, elle la subit plus qu’ailleurs. Le chômage, la crise du logement, l’échec scolaire, tout ça sont des indicateurs qui sont actuellement au rouge. Voilà pourquoi il est important de continuer à faire un travail politique. Il faut constamment renforcer les politiques locales, tout en faisant face à des difficultés qui relèvent aussi d’une situation nationale, voire européenne. »

Est-ce que vous envisagez de retourner un jour en Iran ?

« Je pense que du point de vue de la sécurité, je pourrais le faire. Aujourd’hui, je ne suis plus en danger là-bas. Il y a quelques années, sous le gouvernement Rafsandjani, on m’avait d’ailleurs proposé de venir. Mais je n’ai pas accepté parce que j’aimerais retourner dans un Iran qui a retrouvé sa liberté de parole. Et ça, ce n’est pas le cas actuellement. On est même loin du compte. Tellement de gens vont en prison pour des propos qu’ils ont tenus. Donc non, pour l’instant, je ne suis pas prêt à y retourner. Après, avec les moyens de communication d’aujourd’hui, on est en relation avec des tas de gens là-bas. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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