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Nous sommes la République

Parce que les attentats et prises d’otages des 7, 8 et 9 janvier 2015 ont montré à quel point les valeurs de la République étaient un acquis fragile, le Département de la Seine-Saint-Denis a organisé le 11 février 2015 une journée où collégiens et grands témoins ont dialogué autour de ces valeurs.

Après des ateliers préparatoires le matin, la plénière du Conseil général des collégiens intitulée Nous sommes la République a eu lieu mercredi 11 février après-midi en salle des séances de l’Hôtel du Département à Bobigny.

Les attentats perpétrés les 7, 8 et 9 janvier dernier ont profondément marqué les esprits et résonnent encore, et pour longtemps, dans la mémoire collective. Face à de tels actes, le Département souhaite, plus que jamais, réaffirmer et renforcer les valeurs qui nous rassemblent : Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité.

Parallèlement aux mesures en matière d’éducation annoncées récemment par le gouvernement, le Département de la Seine-Saint-Denis a lui aussi choisi de réagir pour soutenir les établissements du territoire dans leur tâche pour rappeler et faire vivre les valeurs républicaines. Qu’est-ce que la laïcité ? Où commence et où s’arrête la liberté d’expression ? Comment trouver la bonne information sur internet ? sont des questions qui ont été fréquemment posées, et à juste titre, lors d’échanges avec les enseignants dans les établissements.

En s’appuyant sur l’instance du Conseil général des Collégiens, le Département a donc choisi d’organiser une journée de réflexion autour des valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, et de Citoyenneté, qui a constitué un temps fort d’un travail mené depuis plusieurs années en faveur du vivre-ensemble dans les collèges de la Seine-Saint-Denis.

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Le mercredi 11 février, un mois après la grande marche républicaine qui avait réuni 4 millions de personnes, les élus collégiens se sont réunis donc en salle des séances du Conseil général. En commissions le matin, ils ont tâché de définir avec leurs mots à eux et accompagnés par des animateurs d’association d’éducation populaire, des notions fondamentales telles que la liberté ou la citoyenneté. Dans la foulée, ils ont rencontré un certain nombre de grands témoins, intellectuels, dessinateurs, artistes, documentaristes avec lesquels ils ont approfondi leur réflexion.

Parmi les personnalités invitées, figuraient notamment le journaliste de France Inter Thomas Legrand, le graffeur et dessinateur Berthet One ou les écrivains Marie Desplechin et Rachid Santaki. A charge pour les élèves présents ce mercredi de partager ensuite, dans leurs différents établissements, leur expérience et réflexion avec leurs camarades.

Parallèlement, le Conseil général renforce son appel à projets citoyens, doté d’un budget de 250 000 euros, qui permettront de soutenir des actions concrètes dans les 125 établissements du Département. De nombreux projets axés autour de l’éducation aux médias, du vivre-ensemble ou de la lutte contre le racisme pourront ainsi être épaulés. Les collèges porteurs d’un projet pourront aussi s’appuyer sur un certain nombre d’associations (Cartooning for Peace, Médiacteurs, l’APCIS, l’AFPAD, le CLEMI, l’APCEJ…), pour apporter leur savoir-faire et leur expérience dans ces domaines.

Autant d’initiatives qui dissiperont peut-être préjugés et incompréhensions et recimenteront le projet de notre société...


« Discriland », pour dire non à la discrimination

Lors de la dernière séance du Conseil général des Collégiens un atelier « Egalité » a été organisé pour les élèves. A cette occasion, un jeu de rôles les a emmenés à « Discriland » le pays des discriminations. Une animation proposée par la Ligue de l’enseignement.

« On va aller dans mon pays « Discriland », on va aller voir un concert, manger au restaurant, et pour ne pas se fatiguer, on va y aller en bus. « Les pieds orange » allez au fond du bus. Les autres, faites attention à ce qu’ils ne viennent pas devant ».
Les enfants à qui l’animatrice vient de distribuer un morceau de papier avec écrit dessus « pieds orange » s’exécutent. Tout le monde fait partie d’un jeu de rôle avec pour thème central : l’égalité. Certains sont rejetés, mis de côté, sans préavis. Les autres sont traités comme des princes, en carré VIP. La visite de Discriland est terrible, notamment pour le groupe appelé « les becs », à qui on refuse l’accès d’un concert de rap : « Les becs, non. A chaque fois ça finit mal, vous faites n’importe quoi. « Les cheveux bleus », venez mes petits chouchous, accès VIP, on va rencontrer les artistes, vous êtes trop stylés, et c’est vous les meilleurs danseurs. « Les becs » n’insistez pas. » Les chapeaux pointus ont aussi tiré le bon numéro, accueillis dans un restaurant par le chef en personne, pour goûter des mets d’exception, des menus de dégustation. La visite se poursuit pour certains par un match de foot en loge présidentielle, une école grand luxe avec tablettes numériques et profs particuliers. Et pour clore le jeu de rôle, une rencontre avec la maire de Discriland qui a un poste d’élu à pourvoir. Une façon d’aborder les discriminations de façon physique, d’expérimenter l’apartheid, le délit au faciès, les avantages de la célébrité, la vie d’héritier…

L’animatrice lance ensuite le débat. Les commentaires fusent. « C’est un beau pays, c’est sympa », et d’autres leur répondent : « trop de discrimination dans ce monde ». Les enfants ont fait le plein d’émotion. Le sentiment d’injustice apparaît. Certains parlent même de honte, ils se sont sentis coupables d’être exclus : « On se sent mis à l’écart. Enfermés dans des rôles » disent les « becs ». Le groupe des privilégiés a lui aussi senti qu’il avait été « mis dans une case » mais il se sentait important, supérieur. Ils commençaient néanmoins à avoir « peur des représailles, de se faire casser la figure ». Et ceux qui ont changé de caste pendant le jeu ont pris ces « nouveaux privilèges comme une vengeance, une revanche ». Claire, l’animatrice de la Ligue de l’enseignement rassure les enfants touchés mais ravis : « dans la vie on voit aussi des stéréotypes. Mais c’est une expérience très dure que d’être exclu à ce point-là. »

Isabelle Lopez


Berthet One, Camille Besse, Dessinez, c’est gagné

Qu’est-ce qu’une caricature ? Peut-on tout dessiner ? Quoi de mieux qu’un dessinateur pour répondre à ces questions. Berthet One et Camille Besse, tous deux adeptes du crayon, font partie des parrains de l’initiative « Nous sommes la République », lancée par le Conseil général le 11 février dernier.

« Je suis ici parce que je pense que plus on ira vers les jeunes et mieux on les comprendra » Camille Besse, dessinatrice entre autres pour le journal « Causette » et qui travaille ponctuellement pour « Cartooning for Peace », n’a pas hésité au moment de répondre à l’appel du Conseil général pour devenir l’une des marraines de l’initiative « Nous sommes la République ».

Faire œuvre de pédagogie, revenir sur les notions de liberté d’expression, de laïcité sont des actions auxquelles elle était déjà habituée, et plus que jamais après les attentats à Charlie Hebdo.

« Souvent, la première question, c’est : « pourquoi vous dessinez le Prophète ? » », témoigne cette jeune dessinatrice de 32 ans. « J’interviens parce que le plus important, c’est de ne pas rompre le dialogue, d’échanger, de mieux se connaître. J’essaie toujours de leur faire comprendre que quand on se moque de la religion, on ne se moque pas des gens qui croient en Dieu. A l’issue de la discussion, il subsiste parfois des points de frottement, mais en tout cas, on arrive à mettre le doigt sur nos désaccords et à pouvoir en parler. »

Si Camille Besse passe dans un premier temps surtout par la parole, Berthet One fait lui en général immédiatement appel à la créativité de son jeune public. « Ce que je propose souvent, c’est qu’ils s’inspirent de leur propre vie, tout simplement. S’appuyer sur les moments difficiles qu’ils ont vécu est souvent porteur, parce que je les pousse à le retravailler pour qu’au final, ça fasse rire, ou au moins sourire », explique ce dessinateur de BD, originaire de la Cité des 4000 de La Courneuve.

A 38 ans, Berthet One n’a rien oublié de ses propres débuts dans le dessin. « J’ai choisi le dessin parce que je suis un flemmard, mais un flemmard avec plein d’idées dans la tête. Et derrière chaque dessin, il y a une réflexion souvent assez poussée », poursuit cet amoureux des bulles qui se rend régulièrement dans les collèges ou en milieu carcéral pour amener les gens à laisser libre cours à leur inspiration via le dessin.

Et l’auteur de « L’Evasion » sait pertinemment que les jeunes auxquels il s’adresse sont demandeurs et enthousiastes. « Généralement, ils ne s’interdisent rien. Au contraire, parfois c’est à moi de les recadrer. Ils ont tellement de choses à dire, et tellement de bonnes idées que bien souvent, on termine les projets par des petites expos »

Au passage, et l’air de rien, les deux dessinateurs se livrent aussi à un travail d’éducation à l’image. « Il faut parfois laisser la parole de côté, et leur apprendre à lire un dessin. Car on s’aperçoit que beaucoup de dessins sont perçus comme insultants juste parce qu’ils ne sont pas compris », souligne Camille Besse. Pour Berthet One, livrer toutes les clés d’interprétation à son public est tout aussi important. « Il faut surtout que les personnes qui regarderont un dessin humoristique puissent le comprendre et en sentir le 3e, le 4e voire le 5e degré ».

C’est justement de tels travaux qu’entend susciter une initiative comme « Nous sommes la République ». D’ailleurs, les premiers contacts ont déjà commencé à se nouer. Camille Besse disait ainsi avoir déjà été sollicitée par plusieurs collégiens, désireux d’illustrer le journal de leur établissement par des dessins de presse.

Christophe Lehousse

Séance du Conseil général des Collégiens en plénière

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