Murielle Magellan « Ecrire, c’est suspendre le jugement moral »

Après le succès de son troisième roman, l’écrivaine rosnéenne Murielle Magellan vient de publier en début d’année Les indociles. Un roman passionné et passionnant, dont elle nous livre ici l’histoire. Rencontre.

JPEG - 53.4 ko

De quoi parle votre dernier livre ?
C’est l’histoire d’une Don Juan, une femme de 37 ans qui a sa propre galerie d’art, à qui tout réussit et qui est très libre dans sa vie sexuelle. Elle va faire la rencontre d’un artiste dont l’œuvre va la bouleverser et pour lequel elle va se battre, et de cet homme, marié et père de famille, qui lui a permis de la découvrir. Le livre raconte l’histoire de ce double coup de foudre et de comment cette femme à part va percuter la vie de ces deux hommes.

Pourquoi un personnage de Don Juan féminin ?
La figure de Don Juan me fascine, d’abord en littérature, ensuite parce que j’en ai croisé un dans ma vie. Ce sont des êtres complexes, qui prennent plus le risque de la vie, créent du mouvement, nous remettent en question. Dans un monde assez lisse, c’est bien de s’attarder sur des personnages comme cela. En général, ce sont des figures masculines ; or, nous aussi nous sommes complexes, contradictoires. Donc pourquoi pas ? Le fait que ce soit une femme est déroutant et stimulant. Cela choque et dérange certains qui ne peuvent le concevoir.

Vous ne portez pas de jugement positif ou négatif sur vos personnages...
J’aime cette phrase d’Annie Ernaux qui dit qu’écrire c’est, un peu comme dans l’acte sexuel, suspendre le jugement moral. Depuis mon premier roman, j’essaie toujours de retenir le lecteur de juger, de faire en sorte que, au moment où il a envie de trancher, il soit arrêté par quelque chose. Comprendre le personnage, aussi déroutant soit-il, nous ramène à notre propre humanité.

Pourquoi avoir situé votre roman dans le milieu de l’art contemporain ?
J’avais envie de parler de la création et savais qu’il y aurait des ponts entre l’art contemporain et la littérature, dans les difficultés du processus de la création autant que de la diffusion.

Vous-même pratiquez différentes formes d’écriture...
Les formes et l’exercice sont différents mais cela reste de l’écriture et les uns enrichissent les autres. J’ai commencé par écrire des chansons à 15 ans, puis ai fait du théâtre et des études de lettres, de la dramaturgie pour le théâtre, des scénarios. Je n’ai publié mon premier roman qu’en 2007. J’avais l’impression qu’il fallait être vieux, avoir vécu, pour écrire un roman. C’est une autorisation difficile à s’accorder.

Vous transmettez aussi cette envie d’écrire...
J’ai surtout envie de transmettre que c’est possible de se réaliser. J’ai animé un atelier d’écriture scénaristique à la médiathèque Marguerite-Yourcenar de Rosny-sous-Bois et suis intervenue dans des classes à Bobigny et Vincennes avec Cécile Ladjali. Je suis de culture juive d’Algérie et mon désir était d’aller avec quelqu’un de culture musulmane parler de notre envie d’écrire. Dans ces classes, les élèves portent eux-mêmes des histoires très complexes. Comme nous. Nous leur disons « Vous voyez, c’est possible de faire quelque chose de cette diversité, de s’unifier. »

Propos recueillis par Stéphanie Coye

à lire aussi

Muriel Hurtis : Elle court elle court la candidature !

Pour toujours, elle reste l’un des quatre visages radieux du 4x100 féminin tricolore, sacré aux Mondiaux d’athlétisme de Saint-Denis, en 2003. Difficile de trouver plus indiquée que la native de Bondy pour nous parler de la candidature de Paris/Seine-Saint-Denis aux Jeux 2024.


Florian Bruzzo, le gros bonnet des Bleus

Noiséen pur jus, l’actuel sélectionneur de l’équipe de France de water-polo et ancien joueur du Cercle des Nageurs Noiséens, n’a qu’un objectif : qualifier les Bleus pour les Jeux de Rio.



Numéro 49 - Avril 2016

Le Département et le Comité de candidature de Paris – Seine-Saint-Denis aux Jeux de 2024 lancent une grande concertation ouverte à tous. Toute proposition est bienvenue...