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Muriel Hurtis : Elle court elle court la candidature !

Pour toujours, elle reste l’un des quatre visages radieux du 4x100 féminin tricolore, sacré aux Mondiaux d’athlétisme de Saint-Denis, en 2003. Difficile de trouver plus indiquée que la native de Bondy pour nous parler de la candidature de Paris/Seine-Saint-Denis aux Jeux 2024.

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J’imagine que vous auriez bien aimé vivre des Jeux en Seine-Saint-Denis ?

« Evidemment ! C’est le département dans lequel j’ai grandi et où j’ai découvert l’athlé, alors vous pensez bien… J’ai eu la chance de faire les championnats du monde à Saint-Denis en 2003 et ça reste un des meilleurs souvenirs de ma carrière. Il y avait une de ces ambiances, on était à la maison et on a gagné ! Tout sportif rêve de ça. »

Vous êtes une ambassadrice sportive de la candidature 2024. Les Jeux, vous voyez ça comme une chance pour le département ?

« Oui bien sûr. Si on les obtient, on aura forcément les aménagements qui iront de pair. De nouveaux transports vont sortir de terre, de nouvelles infrastructures sportives ou encore de nouveaux logements puisque le village olympique, également situé dans le département, devrait ensuite être transformé en zone résidentielle. Tout ça constitue un héritage qui est forcément intéressant pour le territoire. »

C’est vrai que jeune, vous n’étiez pas plus attirée que ça par le sport ?

« Oui c’est vrai (rires). Petite fille, j’étais assez timide et casanière et le sport ne m’intéressait pas particulièrement. Et puis, un jour, au collège (Jean-Pierre Timbaud à Bobigny), M. Patrick Royer, mon professeur d’EPS, a voulu me faire essayer l’athlétisme en club. Il trouvait que j’étais douée pour ça. Au début, je me suis montrée réticente, mais comme des copines m’avaient dit que c’était sympa, je m’y suis mise et j’ai tout de suite accroché. Enfin, j’ai quand même fait la sourde oreille de la 6e à la 4e… A la fin de ma carrière, je suis d’ailleurs repassée voir M. Royer pour le remercier d’avoir autant insisté pour me transmettre sa passion. »

Qu’est-ce que le sport de haut niveau vous a apporté ?

« Beaucoup de choses. De la confiance en moi, le goût de l’effort, de la force de caractère pour rebondir après un échec. Il m’a aussi appris à être à l’écoute des autres et tout simplement, il m’a fait voyager, m’a permis d’élargir mon horizon. »

Dans votre carrière, vous avez une relation particulière au relais. Pourquoi ?

« Pour son côté collectif sans doute. C’est vrai que quand on pense athlé, on pense avant tout épreuve individuelle. Et le relais permet au contraire de retrouver les autres athlètes, d’apprendre à connaître l’autre. Surtout, on a une pression différente parce qu’on a envie de se surpasser pour l’autre. »

Vous revoyez-vous avec ce relais mythique : Patricia Girard, Sylviane Félix et Christine Arron ?

Oui, avec deux d’entre elles : avec Christine et Patricia, on a plaisir à se revoir de temps en temps. Mais on a complètement perdu contact avec Sylviane, on ne sait pas ce qu’elle est devenue, c’est dommage…

Voilà pour le meilleur moment de votre carrière. Et le pire ?

« Je dirais les Jeux de Pékin, en 2008, où je ne rentre pas en finale du 200m. C’était dur parce que je m’étais beaucoup préparée pour ce rendez-vous, j’avais fait beaucoup de sacrifices dans ma vie pour être prête. Mais la déception, ça fait aussi partie d’une vie d’athlète. »

Certaines de vos médailles ont sans doute aussi un goût amer dans la mesure où vous les avez récupérées après des disqualifications pour dopage… Les sanctions devraient-elles être plus lourdes ?

« Oui, je trouve. Pour moi, quand on se fait prendre pour dopage, on ne devrait par exemple pas pouvoir concourir aux JO puisqu’ils incarnent certaines valeurs. On a vu beaucoup d’athlètes revenir après des suspensions de deux ans et ne pas être plus pénalisés que ça. Certains s’en sortent trop facilement. Ensuite, pour ceux qui jouent vraiment dans les règles, c’est dur, on se sent démuni. Moi, j’estime qu’on m’a volé certaines médailles parce que forcément ce n’est pas la même chose de récupérer un titre que de le vivre sur le moment même. »

N’est-ce pas aussi un problème d’entourage et d’éducation des athlètes ?

« C’est sûr. Être bien entouré et bien informé, tout part de là, de toute façon. Moi, depuis très jeune, j’ai toujours été bien encadrée. Au Racing Club de France, on avait un entraîneur, Georges Salom, par ailleurs prof d’EPS à Noisy-le-Sec, qui nous a transmis des principes sains, qui nous disait de ne pas céder à la tentation. Il a vraiment fait son boulot d’éducateur. Après, ça dépend aussi de l’éthique de l’athlète. Moi j’ai une morale, j’ai une conscience, mais certains n’en ont pas. »

Aujourd’hui, vous continuez à vous investir pour votre sport au sein de la fédération d’athlétisme…

« Oui, je suis chargée du développement des pratiques en relation avec la santé. Notre but est notamment de populariser de nouveaux usages comme la marche nordique qui présente l’avantage de pouvoir se pratiquer partout et qui n’est pas traumatisante pour les articulations. Et ne croyez pas que ce n’est que pour les seniors… C’est une idée reçue ! Au début, moi aussi je le pensais et j’ai été la première surprise : j’ai fait une séance de cardio en marche nordique et à la fin, j’étais cuite ! »

De quoi se composent vos journées sinon ?

« J’interviens aussi en entreprise pour y raconter mon vécu d’athlète et faire des parallèles avec certaines situations dans le monde du travail. Et j’organise également des séances de running avec la radio RMC. Le principe est simple : les auditeurs s’inscrivent pour un rendez-vous et nous allons ensuite courir sur un parcours donné. On a ainsi réuni quelque 70 personnes à Lyon ou Lille. »

Contrairement à d’autre sports, l’athlétisme résiste bien à la passion dévorante du foot-roi. Que pourrait-on faire pour le rendre encore plus attractif auprès des jeunes ?

« Il résiste, d’accord, mais je trouve que ce n’est pas assez. Il y a encore un gros travail à faire dans le recrutement et la détection des jeunes, et tant qu’on ne travaillera pas plus avec les écoles, il y aura toujours de la difficulté. Je pense qu’il faut passer par l’Education nationale, proposer des situations ludiques, faire intervenir au maximum des sportifs qui seraient les ambassadeurs de leur sport. Je le faisais à mon époque en Seine-Saint-Denis, notamment à Bobigny et c’était toujours un plaisir d’avoir un contact avec la jeunesse. D’ailleurs, pour la petite histoire, je me souviens d’une fois où j’étais allée parler de mon expérience d’athlète au PUC (Paris Université Club) dans le XIIIe sur l’invitation d’un entraîneur, on devait être en 2003 ou 2004. Et je me souviens d’y avoir vu courir Jimmy Vicaut, alors tout minot... »

Suivez-vous la relève sur 4x100m comme sur 4x400m ?

« Oui bien sûr. J’ai suivi les nouveaux records cet hiver des jeunes Stella Akakpo ou Carole Zahi sur 60 m. La relève est bien là. Sur 4x100, il y a du potentiel pour Rio, comme sur 4x400 d’ailleurs avec un bon alliage entre l’expérience et la jeunesse. Et je serai au Brésil pour les encourager au plus près ! »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

Le palmarès de Muriel Hurtis en bref

2002 - Championne d’Europe sur 200m
Championne d’Europe avec le 4x100
2003 - Championne du monde avec le 4x100 à Saint-Denis
Bronze en individuel sur le 200m
Championne du monde indoor sur 200m
2004 - Bronze sur le 4x100m aux Jeux d’Athènes
2014 - Championne d’Europe avec le 4x400

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Numéro 49 - Avril 2016

Le Département et le Comité de candidature de Paris – Seine-Saint-Denis aux Jeux de 2024 lancent une grande concertation ouverte à tous. Toute proposition est bienvenue...