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Montez à bord du tram créatif de Mathieu Simonet

L’écrivain Mathieu Simonet, actuellement en résidence en Seine-Saint-Denis, a investi le tramway T1, entre Noisy-le-Sec et Asnières-Les Courtilles, invitant les passagers à écrire de petits textes. Leur lecture a eu lieu en musique le 18 avril 2015, à la médiathèque de l’Ile-Saint-Denis.

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Laissez-vous transporter... C’est ce que l’écrivain Mathieu Simonet, actuellement en résidence à l’Ile-Saint-Denis et à Epinay-sur-Seine via le dispositif du Conseil départemental, a conseillé l’espace d’une journée aux usagers du tram T1. Le samedi 11 avril, Bojan, Lisa, Katia ou encore Olivier sont montés à bord de ce tram qui traverse une bonne partie de la Seine-Saint-Denis avec pour mission d’écrire un texte sur cette expérience.
De ce voyage coloré, sensoriel, mais aussi intérieur sont sortis des textes qui ont été lus une semaine plus tard à la médiathèque de l’Ile-Saint-Denis.
Entre deux interludes musicaux joués par les élèves de l’Ecole des Arts de l’Ile-Saint-Denis défile ainsi sous nos yeux le paysage urbain de la Seine-Saint-Denis, avec ses affiches, ses publicités et ses habitants de toutes origines.

Bruno Kemener, l’un des participants, dit avoir beaucoup apprécié le projet. Habitant de Bondy et utilisateur fréquent de la ligne 1, il n’a pas, comme d’autres, découvert cet endroit de la Seine-Saint-Denis, mais il confie que cette expérience présente l’avantage d’avoir aiguisé ses sens. « Ca m’a plu. Je prends souvent le tram, mais là, on remarque des choses qu’on n’aurait pas remarquées au quotidien, parce qu’on a davantage les sens en éveil. J’aime notamment laisser résonner le nom des stations en moi. « Cosmonautes » par exemple, ça m’a rappelé quand ils avaient fait exploser deux barres d’immeuble pour la rénovation urbaine ». Cet habitué des ateliers d’écriture n’a d’ailleurs pas hésité à lire son texte en personne quand d’autres préféraient la voix de l’écrivain Mathieu Simonet pour incarner leurs écrits.

Lisa Piquet, elle, ne connaissait pas bien cette ligne et l’a découverte à travers ce projet. Cette femme d’une quarantaine d’années reconnaît notamment que ce projet présente le mérite de faire tomber certains clichés sur le département. « C’est une belle expérience. Ca permet notamment à des habitants extérieurs à la Seine-Saint-Denis de la redécouvrir et de revenir sur certains a priori. Parfois, ce département souffre d’une mauvaise image et là, on la déconstruit. J’ai ressenti un territoire vivant, avec beaucoup d ’énergie positive. »

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Lisa Piquet, une des participantes du tramway créatif

Faire tomber certaines barrières idéologiques mais aussi les obstacles à la créativité, c’était exactement le but de Mathieu Simonet à travers cet atelier. « L’idée du tramway créatif m’est venue à partir d’une expérience d’écriture que je m’étais moi-même imposée il y a quelques années, raconte cet écrivain aux petites lunettes rondes. Il s’agissait d’explorer les 14 lignes du métro parisien avec un photographe. L’idée était de voir à quel point le photographe et son objectif pouvaient me révéler certaines choses et à quel point ils pouvaient par ailleurs me parasiter. Et puis, tout à coup, je me suis dit que généraliser cette expérience aux usagers de tout un métro pourrait être stimulant. »

A 42 ans, Mathieu Simonet n’en est pas à son premier « dispositif créatif » comme il les appelle. Celui qui se définit de préférence comme un « chef d’orchestre de l’intime » s’en est au contraire fait une marque de fabrique. En 2014, il a ainsi distribué 1000 carnets à des patients des 37 hôpitaux de Paris pour leur faire raconter des morceaux de leur adolescence. Avec pour but d’attribuer ensuite chacun de ces récits à un lycéen qui devait produire un texte en réponse à celui qu’il venait de lire. Ce que Mathieu Simonet nomme « une autobiographie collective ».

Jamais à court d’inventions et de stratagèmes littéraires, cet avocat à la ville planche d’ailleurs déjà sur deux autres « dispositifs » en Seine-Saint-Denis. Particulièrement intéressé par le récit de rêve, il a mis en place le projet « L’île aux rêves » qui consiste à collecter de manière anonyme les récits de rêves d’un maximum d’habitants de l’Ile-Saint-Denis et des alentours.
Là encore, le rêve, comme le mouvement pour l’expérience du tramway créatif, doit, selon l’auteur, favoriser l’abandon, le lâcher-prise nécessaire à l’écriture. « On est tous égaux devant le récit de rêves parce qu’il faut les écrire au réveil et d’un seul trait, au risque de les oublier. Quel que soit notre niveau d’écriture, on se retrouve donc dans la nécessité d’être dans le lâcher-prise », affirme ce digne héritier de L’Oulipo et autres confréries littéraires. Le 23 mai, une nouvelle lecture aura d’ailleurs lieu à la médiathèque de l’Ile-Saint-Denis, avec cette fois des récits de songes. Alors, prêts pour la rêve-party ?

Christophe Lehousse

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Trois questions à Mathieu Simonet

Drôle d’écrivain que Mathieu Simonet. Aux antipodes de l’écrivain dans sa tour d’ivoire, il lance des expériences d’écriture à plusieurs mains et s’auto-définit comme chef d’orchestre de l’intime. Lui-même, en maniant le contrôle et le lâcher-prise, les deux aimants entre lesquels il oscille en permanence, a notamment écrit « La maternité » et « Marc Beltra, roman autour d’une disparition ».

Vous faites un écrivain atypique. Généralement, on a l’image de quelqu’un de concentré sur son univers et vous, tout au contraire, vous puisez dans le matériau des autres...

« Oui, d’un côté c’est vrai. J’ai un rapport assez basique à l’écriture. J’écris parce que j’en ai besoin, parce que c’est quelque chose de naturel. Et comme je crois que c’est une richesse dont on peut tous s’emparer, j’incite aussi les autres à écrire. Certaines personnes sont persuadées qu’elles ne peuvent écrire alors qu’il suffit juste de casser des barrières qu’elles s’imposent elles-mêmes. Moi, j’aime bien utiliser des dispositifs qui font voler en éclat ces inhibitions. Dans un premier temps, je vais donc jouer à l’organisateur, au chef d’orchestre de l’intime et je vais demander à tout le monde de créer. Ensuite, moi aussi je vais y greffer ma propre matière, et là c’est plus classique, je ne suis plus dans cet échange, je suis seul avec mon manuscrit. »

Quel est votre rapport à la Seine-Saint-Denis ? L’avez-vous découverte à l’occasion de cette résidence ?

« Je ne suis pas originaire de ce département, mais je le connaissais déjà avant d’organiser le « tramway créatif ». En 1997, quand j’ai passé le barreau, le tribunal pour enfants de Bobigny proposait à de jeunes avocats qui devaient faire leur service militaire de venir y faire leur service civique. J’y suis donc allé et j’ai fait la connaissance de Jean-Pierre Rosenczveig qui était à l’époque président du tribunal. Je faisais notamment des reconstitutions de procès avec les jeunes dans les collèges. A cette occasion, je me suis rendu compte que j’étais arrivé avec quelques préjugés. Et j’ai tout de suite aimé le côté « en construction permanente » de la Seine-Saint-Denis. Je trouvais qu’il y avait plus d’ébullition qu’à Paris et je le pense encore. »

Vous avez deux projets ici à l’Ile-Saint-Denis : vous collectez des rêves et en décembre, vous voulez faire de l’île le centre du monde. Comment allez-vous vous y prendre ?

« J’ai décidé de travailler sur le rêve parce qu’on est tous égaux face au récit de rêve dans la mesure où cela favorise l’écriture automatique. Le but, d’une part, est de collecter un maximum de récits de rêves. J’en ai à ce jour plus de 200 répertoriés sur un site : ileauxreves.blogspot.fr. Et puis, quand j’ai vu que sur l’Ile-Saint-Denis, on recensait plus de 80 nationalités différentes, ce chiffre m’a fait penser au « Tour du monde en 80 jours » de Jules Verne et j’ai voulu faire de l’Ile-Saint-Denis le centre du monde pour 24 heures. En décembre, on va donc installer un écran géant où des gens de partout dans le monde liront par Skype un récit de rêve et j’ai aussi le projet d’organiser une table ronde où des scientifiques nous expliqueraient où on en est de nos connaissances sur les rêves."

N.B : si vous aussi, au saut du lit, vous voulez envoyer votre récit de rêve à Mathieu Simonet, envoyez le à : reve@ileauxreves.net

Propos recueillis par CL

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