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Mieux vivre en ville grâce à l’agriculture de proximité ?

Présente à la COP21, la Seine-Saint-Denis est venue débattre avec des Italiens, Suisses, Anglais, Marocains, Espagnols, Américains de la pertinence de développer en ville une agriculture de proximité. Une conférence proposée le 3 décembre par le Laboratoire d’urbanisme agricole, en partenariat avec Séquano aménagement, la ville de Romainville et le Conseil départemental.

Avec ses champs de blé et ses maraîchers, l’histoire de la Seine-Saint-Denis est agricole. « Le département était le grenier de Paris » comme le rappelle Stéphane Troussel dans son introduction : « Et aujourd’hui au cœur de nos villes les habitants sont de plus en plus nombreux à demander des jardins partagés . » L’agriculture fait partie de notre passé.
Et pour demain, elle pourrait raccourcir les circuits de notre alimentation et transformer nos villes en les adaptant aux changements climatiques. Stéphane Troussel se souvient de la canicule de 2003 et de ses trop nombreuses pertes de vies humaines : « il faut que nos villes respirent ! »

La Seine-Saint-Denis doit-elle se souvenir de qui elle est pour pouvoir aller de l’avant ? C’est ce que pense Alberto Magnaghi, professeur émérite à l’Université de Florence, qui dirige le Laboratoire du plan d’habitat écologique (LAPEI). « Actuellement nous construisons d’abord le toit, après les murs, ensuite il faut réparer tout ce désastre. » Celui qui est à la fois universitaire, militant politique et homme de terrain, préconise d’enseigner l’histoire du territoire régional avant d’aborder tout projet. Il cite l’exemple des Pouilles où un pacte ville-campagne a permis d’empêcher l’urbanisation progressive de la campagne en entourant les villes de jardins potagers.

Du côté de Casablanca, Fouad Amraoui professeur hydrogéologue raconte : « On n’y croyait pas au début, maintenant on est des militants de ce concept : l’urbanisme agricole. » Les avantages sont multiples : cette production alimentaire régionale permet de réduire les gaz à effet de serre mais aussi d’apporter de l’esthétique à la ville et des loisirs. « Nous l’appelons le collier vert », il agit comme un régulateur de climat lors des vagues de chaleur ou des problèmes d’inondation. Et il a permis de réhabiliter les habitats informels sans avoir à les raser. « À Casablanca, la ressource en eau vient de loin. Nous voulons traiter cette eau pour pouvoir alimenter ces espaces périphériques . »

Du côté de la Suisse, l’universitaire Joëlle Salomon Cavin annonce sans se réjouir que 50% du canton de Genève est agricole. Car lors de ces cinquante dernières années, de l’autre côté de la frontière, dans l’Ain et en Haute-Savoie, les espaces agricoles se sont dégradés.
La Suisse, un pays où les projets d’agriculture de proximité sont nombreux (la ferme de Budé, l’agro-parc de Bernex, le projet Cocorico, le projet Swisstopia d’agroquartier, les Cherpines). Si certains ont vu le jour, d’autres n’ont pas eu cette chance, faute d’avoir convaincu les agriculteurs « qui ne peuvent se transformer d’un jour à l’autre en paysagistes ou en jardiniers . »

La maire de Romainville et vice-présidente du Conseil départemental Corinne Valls, « reste intimement convaincue que l’agriculture urbaine en est à ses balbutiements. Et qu’il n’y a pas de réponse unique, mais une réponse par territoire ». Elle fait observer qu’avec son foncier en lanières, l’histoire de la Seine-Saint-Denis est bel et bien agricole : « Dans les années 50, le tramway de Romainville transportait le jour les ouvriers vers les usines et la nuit les produits maraîchers vers Paris . »
C’est pour cela, que dans la ZAC de l’Horloge en rénovation rurbaine, elle voulait à la fois renouer avec son passé agricole en réintroduisant de l’activité économique avec de l’emploi peu qualifié et proposer davantage de fruits et de légumes dans le bol alimentaire des familles. Comme les habitations existantes ne permettaient pas de recevoir sur leurs toits des plantations agricoles, Corinne Valls envisage une tour maraîchère (avec cellules photovoltaïques, économiseurs d’eau, et déchets triés par pneumatique). Pour l’urbaniste Nicolas Rougé, c’est une première que d’accueillir de l’agriculture professionnelle dans une ZAC en première couronne parisienne. Une idée accueillie à bras ouvert par le ministère de l’Agriculture, mais qui malheureusement n’a pas obtenu de financements de l’Anru, ni de fonds européens. « Nous avons modifié notre PLU urbain, qui se superpose à un PLU agricole. Et nous continuons la bataille . »

Isabelle Lopez

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Sonia Callau-Berenguer vient d’Espagne. Cette femme ingénieur forestier et agronome regrette que l’énorme ceinture verte qui entoure Barcelone et représente 100 000 hectares de parcs naturels et de parcs agricoles soit méconnue de ses habitants. « Le premier parc agricole a mis vingt ans à voir le jour, maintenant il y en a trois. Mais vingt ans après on se demande si c’est un succès . » Situés à moins de 20 km de la capitale catalane, ces agriculteurs ont en effet des difficultés à vendre leurs productions faute de logistique adaptée.

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L’architecte et urbaniste Marcus Grant s’intéresse lui à la santé. Cet Anglais interpelle la salle en lui offrant son temps de parole : « J’ai cinq minutes, alors j’aimerais savoir à quels mots vous pensez quand on vous dit santé ? ». Marcus Grant co-dirige le programme SHINE (Supporting Healthy Inclusive Neighbourhood Environments) dans sa ville de Bristol qui vient d’être désignée première ville européenne verte. Il regrette que dans son pays « on laisse trop faire le marché » quand il s’agit de combiner santé, aménagement et renouvellement urbain. Il préconise de revoir l’ensemble de la chaîne de l’alimentation via un partenariat privé/public.

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