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"Merci les jeunes", signé par des graines de stars

Mercredi 4 novembre sort "Merci les Jeunes", un film réalisé par Jérôme Polidor avec l’aide de nombreux adhérents des "Engraineurs", une association qui donne le goût du cinéma et de la réalisation aux jeunes du quartier des Courtillières à Pantin depuis 1998.

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« Merci les jeunes », un film « do it yourself »

« Je voulais faire un film sur l’évolution du milieu associatif au cours de ces 10-15 dernières années ». Jérôme Polidor, 14 ans d’Engraineurs derrière lui, a donc tout naturellement pioché dans son expérience de militant associatif pour trouver la matière première de son film.

Cette histoire, c’est celle de Nadia, Romuald, Mathieu et d’autres, salariés d’une association audiovisuelle située dans un quartier populaire et donnant aux jeunes la possibilité de raconter leur quotidien en images... Forcément, le parallèle avec les Engraineurs est évident, même si Jérôme Polidor insiste sur le fait que l’histoire dépasse le cadre de cette seule structure.

« Ce que je voulais montrer, c’est comment un groupe s’emploie à faire vivre une association, avec ce que cela implique comme moments d’osmoses et comme différends. Il y a notamment ce combat qui consiste à faire financer des projets par des institutions tout en gardant sa liberté », raconte ce réalisateur de 34 ans, auteur auparavant de deux documentaires, La Double Face de la Monnaie, sur les monnaies locales et autres systèmes d’échanges locaux, et Noir Coton, sur l’agriculture au Burkina Faso.

On suit donc l’association à travers ses différentes péripéties, on la voit prendre de l’essor, mais aussi se confronter aux thématiques classiques de l’indépendance de ton, de l’utilité publique. Non dénué d’humour, le film s’ouvre notamment sur une séquence « safari » assez réussie, où l’on voit des touristes anglais venir en banlieue pour y voir des « autochtones ».

Son film, Jérôme Polidor l’a voulu collectif, pluriel, inspiré des multiples voix des Engraineurs. Après avoir écrit une première trame du scénario, il a ensuite souhaité travailler différentes scènes avec les jeunes adhérents de l’association, en y incorporant leurs textes, leurs dialogues. En y intégrant aussi différents clins d’oeil au passé de l’association, comme la création d’une télé locale ou la référence à quelques court-métrages réalisés aux Courtillières, d’où l’aspect un peu gigogne du film. « On retrouve vraiment l’esprit de l’association dans le film, juge Samba, jeune usager de 17 ans qui tient un petit rôle dans le long-métrage. La scène où moi et Sofiane on discute pour savoir qui va faire la perche et qui la caméra, c’est vraiment comme ça que ça se passe ».

Et si les rôles-titres sont joués par de jeunes acteurs professionnels, les rôles secondaires et la partie technique sont largement assurés par des adhérents de l’association. Au final, l’œuvre, tournée de juillet 2013 à mars 2014 à Pantin et ses environs, aura été faite avec le talent et les moyens du bord. « Une de nos fiertés, c’est que ce film a été fait en dehors des circuits traditionnels. On a eu l’aide à l’écriture de la région Ile-de-France, mais pas de préachat de chaîne de télé ou de gros distributeur. Ça montre qu’avec très peu de moyens, on peut arriver à faire un film de qualité professionnelle », se félicite Jérôme Polidor. Merci les Engraineurs !

Christophe Lehousse

Pour voir Merci les jeunes !
Avant-première le 3 Novembre à 20h au cinéma "La clef"- 34 Rue Daubenton dans le 5e arrondissement.
Sortie le 4 novembre.
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Les Engraineurs, tournez jeunesse

Depuis 1998, cette association audiovisuelle basée aux Courtillières à Pantin s’emploie à donner la parole à des jeunes du quartier qui souhaitent faire leur film de A à Z, de l’atelier d’écriture à la post-production. Elle souffle ses 17 bougies avec la sortie de « Merci les jeunes », un long-métrage du réalisateur et membre de l’association Jérôme Polidor.

Une lycéenne qui cache à ses camarades de classe qu’elle habite en banlieue, deux jeunes qui découvrent qu’ils ont le même père et partent à sa recherche ou encore un documentaire sur la nécessité ou non de quitter sa cité pour réussir... Voilà 17 ans que les Engraineurs, association basée à la maison de quartier des Courtillières, filment la vie comme ils la voient.
Lancée en 1998 à l’occasion de « Miskine », un projet de court-métrage réalisé par une classe du collège Jean-Jaurès de Pantin, l’association, notamment subventionnée par le Conseil général, n’a depuis lors plus cessé de fonctionner.
Sa philosophie : faire découvrir la création audiovisuelle à des jeunes et moins jeunes de manière entièrement gratuite et les pousser à mener à terme leur projet. Et ça marche : depuis ses débuts, cette structure extrêmement dynamique peut se targuer d’avoir aidé à mettre au monde plus d’une cinquantaine d’œuvres, fictions, documentaires, sketches, télé locale. De ses rangs sont sortis des figures comme l’auteure Faïza Guène ou Mourad Boudaoud, devenu acteur professionnel. Et à l’automne 2015 sortira même un long-métrage, « Merci les jeunes » (voir encadré), signé par Jérôme Polidor et réalisé avec l’aide de toute l’équipe des Engraineurs.
« Mais le but des Engraineurs, c’est avant tout de créer un espace d’expression à travers l’audiovisuel ou le cinéma, d’arriver à engager des gens sur un projet à moyen ou long terme, explique justement Jérôme Polidor, membre depuis 2001 et devenu l’un des piliers de l’association. On sait bien que tous ces jeunes qui passent par les ateliers ne vont pas devenir cinéastes, mais ce n’est pas notre but. A travers ces projets, ils apprennent énormément de choses : à travailler en groupe, à écrire, à être à l’aise avec la technique... »

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Et effectivement, parmi les jeunes à s’être laissés « engrainer » - terme signifiant être incité à faire quelque chose - Samba, Bilal ou encore Idriss ne regrettent pas un seul instant leur choix. « Au début, le cinéma, j’y faisais pas attention, Et puis un jour, on m’a proposé de tourner un petit clip pour la prévention routière et là je suis tombé dedans », raconte Samba Soumaré, 17 ans dont 6 aux Engraineurs. Et de poursuivre : « Ce que je préfère, c’est être acteur, mais écrire, c’est pas mal non plus. Des fois, il y a une idée de film qui nous vient, comme ça, et on se lance. Avec des copains, on a déjà fait plusieurs courts : Poukave et même Lost in Manhattan pour lequel on avait été jusqu’à New York ! »
Bilal Jamai reconnaît lui aussi que les ateliers audiovisuels du mercredi et du samedi sont devenus un rituel incontournable. « Nous, on a été touchés par cette association. Ce qu’on y fait, c’est comme un rêve de gosse. Avant, je privilégiais le foot, mais maintenant je me consacre vraiment aux Engraineurs parce que c’est super complet. Ca te permet de pas être basé juste sur ta cité. Les gens croient qu’on reste en bas des halls à rien faire mais non, on va aux ateliers, on échange des idées et on fait notre film de A à Z ». Avec des amis, ce lycéen en 1ère bac pro commerce à Aubervilliers est par exemple en train de terminer « Rotka », un court-métrage sur une mystérieuse malette qu’un groupe de jeunes décide d’échanger contre de l’argent sans savoir ce qu’elle contient.

La discrimination, la vision des banlieues par les médias, l’égalité filles-garçons sont quelques-uns des sujets abordés par les mini-fictions ou documentaires fabriqués par la centaine d’adhérents que compte les Engraineurs, qui intervient aussi en milieu scolaire. Le fruit d’un processus plus ou moins long qui commence en général toujours de la même manière : par des ateliers brainstorming où l’on se regroupe par affinités pour définir un sujet.
« Les premières idées qui peuvent venir dans un atelier ne sont pas forcément différentes de celles qu’on peut voir un peu partout. On travaille en fait beaucoup en groupe, en échangeant des idées, en amenant les jeunes à creuser telle ou telle piste. Et après, le film vit sa propre vie », témoigne Nadège, l’une des trois encadrantes permanentes de l’association. A ses côtés, Cheikhou, un autre salarié de la structure, est emblématique de l’esprit des Engraineurs : arrivé aux premiers ateliers à l’âge de 14 ans, il est passé de l’autre côté, 7 ans plus tard. « Ca fait un peu drôle », témoigne le jeune homme, qui se revoit encore lorsque lui-même avait fait connaissance avec l’association : « Je suis arrivé aux Engraineurs parce que je voulais me tourner vers les métiers du cinéma. Sur les premiers projets, je me sentais plus à l’aise sur la partie technique que comme acteur. Aujourd’hui, j’essaie de donner aux nouveaux arrivants des petits tuyaux, de leur apporter mon point de vue et ma connaissance sur le matériel. »
Un parcours qui illustre aussi la longévité de l’association, devenue une institution dans le quartier. « C’est vrai qu’on voit maintenant débarquer les petits frères ou petites sœurs de ceux qui étaient d’abord passés par l’association. Ca fait chaud au cœur parce que ça veut dire que le bouche à oreille fonctionne », constate Jérôme Polidor. C’est sûr, les graines semées par les Engraineurs n’ont pas fini de pousser.

Christophe Lehousse

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