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Marbrier, un « métier passion »

À Aubervilliers, la Société française de marbrerie Cochois conserve précieusement les gestes et savoir-faire traditionnels de taille et façonnage de la pierre. Ce qui lui vaut aujourd’hui d’être reconnue « Entreprise du patrimoine vivant ».

La décision a été prise en mars, mais ils ne l’ont appris qu’en août. Après 18 mois de questionnaires et visites, la Société française de marbrerie Cochois, dont le siège est situé à Aubervilliers, est entrée dans le cercle très fermé des « Entreprise du patrimoine vivant ». Décerné par l’État, ce label vient distinguer les entreprises françaises d’excellence disposant « d’un savoir-faire rare, renommé ou ancestral ».
Fondée en 1850, la SFM Cochois est spécialisée dans la taille et le façonnage de pierres naturelles – marbre, mais aussi granit, pierre calcaire, pierre bleue du Hainaut... – avec lesquelles elle crée ou restaure des cheminées, escaliers, plans de cuisine, vasques de salle de bain. Parmi leurs clients, les ministères, le Sénat et l’Assemblée nationale... « Nous travaillons aussi avec le culte, des particuliers, des syndics et des entreprises générales qui nous sous-traitent ce qu’elles ne savent pas faire. Nous avons notre petite clientèle », se contente de dire simplement son dirigeant, Marc Naulet.

Dans l’atelier de restauration, un buste impressionnant est en cours de nettoyage pour une galerie d’art. Dans la cour, des dalles attendent d’être posées sur le parvis du Musée d’Orsay, tandis qu’à côté trône une fontaine monumentale. « Elle était cassée en deux et personne n’en voulait, raconte l’artisan. Quand on redonne vie à un objet vétuste, nous avons une certaine fierté, mais que nous cachons car, dans ce métier, un jour on peut être bon, le lendemain mauvais ».

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« Les derniers dinosaures »
Ici, tout est fait de façon artisanale. « Nous n’avons que des gens qui travaillent de leurs mains, insiste Marc Naulet. Nous ne cherchons pas la productivité mais la qualité et la maîtrise. Bien souvent, les dirigeants préfèrent la technologie, la marbrerie high-tech. Il y a un concours de celui qui aura la plus belle commande numérique... Nous sommes peut-être les derniers dinosaures, mais cela nous convient bien. Tous nos gens sont de vrais passionnés ».
Au nombre de huit, ses employés sont en effet là depuis très longtemps. Pour Bertrand, cela fait par exemple 28 ans. « J’étais carreleur auparavant, raconte-t-il, mais cela ne m’intéressait plus. Dans le carrelage, il n’y a rien à faire, tandis que, la pierre, il faut la travailler, elle est vivante. Il n’y a pas un jour pareil. »
Marc Naulet, lui, a su très tôt quelle serait sa voie. Il a en effet à peine 13 ans quand il découvre le métier, grâce à une émission sur les tailleurs de pierre de Notre-Dame. « Ce qui m’a plu, explique-t-il, c’est la façon dont les gens travaillaient, le contact avec un matériau noble ». « Nous sommes des métiers passion, poursuit-il. Nous ne faisons pas ça par hasard car nous sommes dans de la manutention lourde. Le moindre caillou que l’on porte fait 80 à 100 kg. Il faut que le physique supporte. Mais aujourd’hui, j’ai 47 ans, et la passion ne m’a pas abandonné. »

Stéphanie Coye

Pour en savoir plus : www.marbrerie.com

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