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Maguy Marin

Avec un spectacle mêlant théâtre, chant et danse, la chorégraphe Maguy Marin donne la parole aux Espagnols venus vivre ici, dans le quartier de "la petite Espagne". Interview.

« Il y a encore un an, j’ignorais l’existence de ce quartier. Mais je connais très bien Marie-Josée Maylis (ndlr : la nouvelle régisseuse du théâtre de La Commune) avec qui j’ai une amitié artistique et personnelle. Elle m’a proposé de faire une pièce d’actualité avec des amateurs. Je leur ai dit oui parce que c’est eux. C’est la première fois pour moi. Elle m’a parlé de la Petite Espagne à Aubervilliers. Je me suis rendue sur place.

Ce quartier a une histoire complexe, à la fois solidaire et misérable. Un lieu où les gens ont du s’organiser pour garder leur dignité, ont du s’adapter en faisant preuve d’une capacité d’endurance incroyable. La Petite Espagne est un sujet qui me tient à cœur tout particulièrement. Je suis fille d’immigrés espagnols. La question de l’immigration me touche de façon très intime et très personnelle. D’ailleurs pour moi, l’immigration économique et l’immigration politique c’est pareil. Comment un pays peut laisser toute une partie de sa population dans une misère telle que ses habitants doivent partir ? Pour moi, c’est toujours une question politique. »

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Pourquoi ce spectacle ?
Parce que la question de l’étranger est quand même très présente aujourd’hui dans nos vies. Celle de l’exclusion aussi. Comment fait-on pour partager ce territoire, pour accueillir ? C’est là-dessus que les nationalismes, les dictatures et les politiques prennent appui… sur la peur de l’autre. Qu’est-ce que cet étranger va me prendre ? J’ai lu que les Espagnols de la petite Espagne ont eu un rôle de « négriers », qu’ils venaient faire travailler des enfants qu’ils ne payaient pas. Comment un être, dans une misère identique, « s’arrange » pour s’en sortir. Cela rejoint la question du rapport de pouvoir, du rapport de force, de la survie. Cette question ne se joue pas seulement d’un gouvernement à un peuple mais de personne à personne.

Qu’est-ce qui dans votre histoire personnelle vous lie à la Petite Espagne ?
Mes parents sont des refugiés politiques, ils sont arrivés en 39. Mon père était un ramasseur d’olives de Jaen et il s’est engagé fortement dans la guerre. En arrivant en France, il cherchait un meilleur bien-être social. Mes parents étaient jeunes, ils ont tenté leur chance. Dans ce spectacle j’ai envie de rapprocher cette immigration politique et économique.

Comment les amateurs avec qui vous avez souhaité travailler vont-ils intervenir dans votre processus de création ?
Je vais me pencher sur ces personnes (Milagros, Luisa, José, Maria, Alfonso, Andreina et Teresa), qui ont un lien avec l’Espagne, un désir de jouer, de dire. Me pencher sur ces personnes et sur ceux qui sont autour : les parents, les grands-parents, les fantômes qui ont fait ma vie. Je veux m’intéresser aux liens que chacun d’entre eux a avec la Petite Espagne, ce qui les motive dans la participation au projet. Ils ont écrit des choses. Je vais les écouter.

L’Espagne c’est du passé, de la nostalgie ou est-ce autre chose pour vous ?
A titre personnel, j’ai moi-même demandé à ma mère d’écrire sa vie. Ce livre, je l’ai donné à un ethnologue afin qu’il lie ce récit à la grande Histoire. Ce récit de vie n’est pas à visée publique. C’est pour la mémoire familiale. C’est un cadeau que j’avais envie de faire à mes enfants, à mes petits-enfants.

Pièce d’actualité nº2

- Quand : Du 2 au 14 décembre
-  : Théâtre de la Commune - Aubervilliers
- Tél. : 01 48 33 16 16
- www.theatredelacommune.com

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