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Lola Lafon reçoit le prix littéraire Jules-Rimet

Le prix Jules-Rimet, qui récompense une œuvre littéraire traitant de sport, a été remis mardi 4 novembre à l’auteure Lola Lafon dans les locaux du Red Star FC, en présence de nombreuses personnalités du monde du sport et de la littérature.

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Comme chaque année, l’association Jules-Rimet, du nom du fondateur du Red Star et de la Coupe du monde, avait donné rendez-vous mardi 4 novembre dans les locaux du club à l’étoile rouge. Depuis 3 ans, cette association qui vise à promouvoir toute action conciliant sport et culture, décerne en effet un prix littéraire à un ouvrage ayant particulièrement bien célébré ces noces.

Cette fois-ci, le choix des 12 jurés, parmi lesquels Raymond Domenech, ancien sélectionneur des Bleus ou encore Patrice Haddad, président du Red Star FC, s’est porté sur Lola Lafon, auteure de « La petite communiste qui ne souriait jamais » (Actes Sud), une exploration très personnelle du personnage de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci. Olivier Guez, avec « Eloge de l’esquive » et l’Argentin Eduardo Sacheri avec « Petits papiers au gré du vent » complètent le podium.

Interview de Lola Lafon, qui à travers son ouvrage a aussi revisité son enfance, passée pour partie en Roumanie.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la gymnaste Nadia Comaneci ? Pour sa grâce et son mythe, ou pour la possibilité que cela vous donnait de raconter un régime communiste ?

« Tout cela à la fois. Cela réunissait toutes les thématiques qui m’intéressent : la comparaison des systèmes communiste et capitaliste, et aussi le corps féminin à travers différents systèmes politiques et de pouvoir. »

Qui est pour vous Nadia Comaneci ? De l’extérieur, on a un peu l’impression d’une fille modèle qui dégage énormément de grâce, mais qui paradoxalement n’est peut-être pas si épanouie que ça, puisqu’elle devait être soumise à des entraînements terribles...

« Non, je ne dirais pas ça. De fait, le roman prend le parti inverse. Pour moi elle choisit sa destinée. Il est vrai qu’elle trouve sa liberté dans une discipline très coercitive, mais elle n’est pas soumise et son entraîneur n’est pas du tout un bourreau. C’est justement un roman qui pose la question du choix, de la liberté. »

Avez-vous pensé rencontrer Nadia Comaneci ou vouliez-vous dès le départ instaurer ce dialogue fictif qu’on trouve dans votre roman entre la narratrice et une Nadia Comaneci réinventée ?

« Non, dès le départ, j’étais dans l’idée d’un roman, pas du tout dans celle de faire un travail biographique. Donc je n’ai jamais songé à la rencontrer. Je m’intéressais à une image disparue, à ce qu’elle a été, à ce qu’elle a représenté. C’est aussi pour cela que j’arrête le roman en 1989, à la chute du Mur, pour bien souligner que je parle d’une Europe passée, disparue. Je ne continue pas après cette date, ce que j’aurais fait dans le cas d’une biographie. L’idée de la structure, de ce dialogue fictif, est venue un peu plus tard, au cours de l’écriture. »

Vous aviez deux ans lorsque Comaneci fait un triomphe absolu aux Jeux de Montréal, en 1976. Vous avez dû beaucoup vous documenter pour l’écriture...

Oui énormément, et sur beaucoup de choses : sur le sport de haut niveau, sur le système communiste évidemment. Il faut dire que j’ai vécu enfant en Roumanie pendant 10 ans et que je pouvais donc consulter aussi de la documentation roumaine. Et j’ai aussi mêlé à tout ça mes propres souvenirs d’enfant qui était témoin du communisme.

On sent dans votre roman le souci de ne pas affirmer l’absolue supériorité du capitalisme sur le communisme...

« Oui, je ne voulais pas donner une vision manichéenne des choses. On peut vivre sous un régime qui par certains côtés est terrible et qui a également de bons aspects par ailleurs, par exemple la gratuité des études, du sport, une forme d’entraide entre les gens aussi. Après, je ne suis pas du tout dans la nostalgie, mais je n’aime pas non pas plus la vision occidentale des anciens pays communistes. C’est comme si la vérité se situait toujours à l’Ouest, alors que chaque régime est complexe... »

Le sport tient-il une grande place dans votre vie et pensez-vous qu’il est un miroir de toute société ?

« Oui, le sport tient une grande place dans ma vie puisque mon premier métier a été la danse classique. Cela a été toute ma vie pendant 20 ans. Je crois vraiment à l’intelligence du corps, au fait qu’esprit et corps sont intimement liés. D’ailleurs, je ne peux pas écrire sans faire de sport. Après, je ne sais pas si le sport est le miroir d’une société. Le sport de compétition, c’est quand même à part : c’est un théâtre, un décor, des drames, et en cela c’est passionnant, mais je ne sais pas si c’est le miroir d’une société... »

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L’association Jules-Rimet, la tête et les jambes

Fondée par deux amoureux du sport et de la littérature, l’éditeur Renaud Leblond et le journaliste et scénariste Yves Stavridès, l’association Jules Rimet ne se contente pas de décerner un prix littéraire tous les ans. Elle a également mis en place des ateliers d’écriture dans deux clubs de foot réputés pour leur formation, le Red Star FC, qui accueillait donc la remise des prix mardi, et l’Olympique Lyonnais.
A raison d’une semaine par club, l’écrivain et footballeur amateur Hafid Aggoune a ainsi organisé cette année deux ateliers d’écriture. Du 27 au 31 octobre, il a notamment fait plancher des jeunes de la catégorie U14 du Red Star sur la rédaction de quatrièmes de couverture.

Le but de l’opération : amener des enfants qui n’ont pas toujours un rapport spontané à l’écriture à prendre confiance en eux, à se montrer créatifs. Le résultat est plus que probant, et dans certains cas, bluffant. Mathis fait ainsi dans le roman engagé avec un argumentaire très actuel mêlant football et guerre en Ukraine. Alexandre, lui, a choisi le thème de l’adoption avec « Un couple sans enfant ». « Au début, on n’était pas franchement pas motivés, raconte ce gardien âgé de 13 ans. Mais après, on y a pris goût. Moi ça m’a donné envie de continuer à lire et pourquoi pas d’écrire vraiment cette histoire ». Mamadou, lui, ne va pas jusque là, mais ce milieu de terrain est content d’avoir découvert, à travers cet atelier, l’existence de Garrincha, footballeur brésilien de légende, vainqueur de la Coupe du Monde 1958.

« Certains jeunes n’osent pas toujours prendre la parole, s’autoriser à lire des livres. Si à travers ces activités, on peut leur faire comprendre qu’ils ont eux aussi le droit d’écrire, de créer, et que le rêve de devenir footballeur professionnel ne doit pas être leur seul rêve, alors c’est gagné », témoigne Hafid Aggoune. L’animateur de cet atelier tient aussi à mettre en avant la mentalité du Red Star en tant que club formateur : « ce club a bien compris l’importance de lier sport et culture, épanouissement physique et intellectuel. C’est sans doute dû en partie au fait que cette priorité figurait dès le départ dans les statuts du club, lors de sa fondation en 1897 par Jules Rimet ».

Christophe Lehousse

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