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Les écoles de mode tissent leur toile en Seine-Saint-Denis

Esmod, les Compagnons du devoir, l’association Jean-Luc François, la Fabrique... C’est en procession que les écoles de mode viennent coiffer l’écosystème du textile en Seine-Saint-Denis. Zoom sur un phénomène... de mode.

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Peu à peu, les fragments s’assemblent pour former une des pièces maîtresse du tissu économique départemental : la filière de la mode. Celui de la formation scolaire, vient parachever un écosystème entier. L’école Esmod va prendre ses quartiers dans les anciens bâtiments de la Banque de France à Pantin. Elle suit de près l’implantation des Compagnons du devoir, où sont formés les futurs selliers, cordonniers, maroquiniers qui iront ensuite travailler dans les plus glorieuses maisons du luxe. Sans compter l’« incubateur textile » de Jean-Luc François, qui a ouvert ses portes au Pré-Saint-Gervais. Cela a donné des idées à la Chambre du commerce et d’industrie d’Ile de France, qui veut désormais elle aussi délocaliser son école de mode « La Fabrique », à Pantin.

Quel miel attire ainsi les académies de stylistes ? Ce sont bien sûr les emplois induits par la présence d’Hermès et Chanel sur le territoire. Hermès s’est installée en 1993 à Pantin, puis s’est agrandie en 2013 pour atteindre 40 000 m2 de surface, et elle accueille aujourd’hui 1500 salariés. Chanel s’y est installée en 1891 : sa filiale, Bourjois, récoltait la graisse et le suif des abattoirs de la Villette pour concocter ses cosmétiques.

Mais ce n’est qu’en 2013 que la marque a installé sa filiale Paraffection, rue du Cheval Blanc à Pantin. Elle rassemble les métiers de la haute couture : le brodeur Lesage, le plumassier floral Lemarié, le chapelier Maison Michel, le façonnier Paloma, le plisseur Lognon ou encore l’orfèvre Goosens. « Sur le territoire, il y a aussi Cop’copine à Romainville, qui s’est installé il y a trois ans, et des sous-traitants de grandes marques tel Mesnel à Bagnolet, ATI, Célina, ou Cinar à Pantin, Complice à Montreuil », ajoute Charlotte Simon, responsable du Pôle entreprise et filières à Est Ensemble. A quoi il faut ajouter la Compagnie française du bouton, et Durand et durand, qui « ennoblit les matériaux souples ».

Son collègue Frédéric Boucher, responsable de la filière des métiers d’art et du design, analyse : « une filière économique ne se décrète pas. Hermès est venue s’implanter, attirée par le foncier disponible, et cela a créé un appel d’air. Le foncier était devenu accessible aux toutes petites entreprises. Quinze ans plus tard, cette politique prend corps : la Maison Revel accueille une quarantaine d’artisans.

Ce secteur de la Seine-Saint-Denis est désigné comme le « nouveau Brooklyn », le quartier « arty » de la banlieue parisienne. Si les entreprises de luxe mettent la main à la poche pour rénover les quartiers dans lesquels elles s’installent, elles communiquent assez peu avec l’extérieur. Comment cela va-t-il rejaillir sur la population ? L’installation de ces entreprises va-t-elle permettre de fournir des emplois ? Ou cela va-t-il simplement avoir pour effet une augmentation des loyers et un rejet des populations pauvres en seconde couronne ? C’est le défi auquel le territoire va être confronté dans les prochaines années. Et les écoles de mode ont un rôle à jouer dans cette alternative, en tissant des partenariats avec les lycées professionnels et techniques déjà implantés sur le territoire.

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Dossier réalisé par Elsa Dupré

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