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« Les banlieues ne doivent pas être les oubliées de la transition écologique »

La transition écologique comme un levier pour résorber également les inégalités sociales et économiques. Reportage à la COP21.

Mardi 8 décembre 2015, à la COP21, un débat réunissant plusieurs élus de villes de banlieue ou de collectivités territoriales situées aux quatre coins de la planète a identifié la transition écologique comme un levier pour résorber également les inégalités sociales et économiques.

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Les banlieues comme oubliées des grandes négociations climatiques alors qu’elles sont aussi laboratoires de solutions... Mardi soir, à l’occasion d’une table ronde organisée dans la zone ONU de la COP21, plusieurs élus réunis à l’initiative du Département de la Seine-Saint-Denis et de la CGLU (Cités et Gouvernements locaux Unis) partageaient grosso modo le même diagnostic.
Chacun à leur manière, ils faisaient le constat d’un certain laisser-pour-compte de la part de l’échelon national et international tout en revendiquant au contraire la pertinence d’une vraie transition écologique pour ces territoires.

Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, qui accueille justement la COP21, insistait ainsi sur le double bénéfice que représenterait une lutte contre le changement climatique menée avant tout en banlieue. « La transition écologique, ça ne peut pas être un truc de bobos, elle doit s’adresser à tout le monde et avant tout aux banlieues. Tout simplement parce que les outils de la transition écologique – plus de mobilité, moins de précarité énergétique - sont aussi des outils de lutte contre les inégalités sociales et économiques. En gros, cela installerait un cercle vertueux. »

Un constat sur lequel le rejoignaient les autres intervenants de la table ronde. Jorge Enrique Rojas, ancien secrétaire à l’inclusion sociale de Bogota, en Colombie, pointait ainsi du doigt une certaine urgence : « Les gouvernements locaux sont déjà à l’oeuvre pour diminuer les effets du changement climatique quand les Etats en sont encore à discuter sur ce qu’il faut faire », estimait-il.

De son côté, Abdoulaye Thimbo, maire de Pikine, la principale banlieue de Dakar au Sénégal, constatait lui aussi un certain décalage entre hypercentre et périphérie. « Au fond, une banlieue comme Pikine, qui compte pourtant 1,5 millions d’habitants de manière officieuse, manque de considération », jugeait-il en prenant l’exemple des récentes inondations dont cette périphérie, surtout constituée d’habitat spontané, a été victime. « Le problème est que ces installations, qui datent d’un exode rural massif dans les années 80, n’ont pas été accompagnées par un plan d’urbanisme digne de ce nom. Résultat, nos habitants subissent directement le changement climatique, sous forme d’inondations. »

Lorena Zarate, représentante de la société civile en sa qualité de présidente de la Coalition internationale pour l’habitat, prenait elle l’exemple de sa ville, Mexico, dont les faubourgs ont accumulé en 12 ans plus de 5 millions de maisons vides. « C’est très préoccupant car c’est à la fois négatif en termes de politique de logement et aussi en termes environnementaux puisque la construction de ces habitations a provoqué de la déforestation, inutile pour le coup », soulignait la responsable.

Pour autant, les représentants ne se disaient pas désarmés, loin de là. Stéphane Troussel identifiait ainsi 3 secteurs pour porter la transition écologique qu’il appelait de ses vœux pour la banlieue : les transports, la rénovation thermique de l’habitat et le combat pour l’emploi. Sur ce dernier chapitre, il soulignait notamment l’activité du département en matière de sensibilisation aux nouveaux métiers de l’environnement. Le 10 novembre dernier, le « Forum des métiers verts » organisé par le Département à la Cité des Sciences de la Villette, avait par exemple attiré plus de 7000 jeunes.
Le Colombien Jorge Enrique Rojas revenait lui sur le domaine des transports, défendant bec et ongles le nouveau métro de Bogota, dessiné pour désenclaver cette ville de 6,8 millions d’habitants. Quant à Abdoulaye Thimbo, il mettait lui en avant l’intégration sociale par un travail à dimension environnementale : depuis quelques années, la municipalité de Pikine aide ainsi des femmes éloignées de l’emploi à retrouver une activité professionnelle en forêt de Mbao, où elles se spécialisent dans les métiers de maraîchères ou de mareyeuses.

Autant d’actions louables, mais la voix des gouvernements locaux a-t-elle une chance de porter sur cette COP21 ? Sur ce point, les réponses divergeaient quelque peu. Lorena Zarate faisait le constat sans appel que « ni la société civile ni les gouvernements locaux ne sont représentés parmi ceux qui signent le document final ». Rojas appelait lui à avancer sans attendre que les Etats soient disposés à agir. Enfin, Stéphane Troussel se voulait positif mais lucide : « Il faut parvenir à faire comprendre que cette COP n’est pas qu’un enjeu de négociations entre Etats, mais qu’il faut aussi y faire entendre la voix des territoires les plus populaires. Après, je pense qu’on chemine quand même dans le bon sens quand on voit que le projet du Grand Paris Express qui desservira à l’horizon 2024 toute une série de villes du Nord-Est parisien l’a emporté sur une énième ligne TGV qui aiderait des happy fews à gagner quelques minutes. »

Petit à petit, la banlieue se fait elle aussi entendre dans le long processus de la transition écologique.

Christophe Lehousse

Ce qu’ils en ont pensé :
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Dodzi Djossou, Franco-Togolais, habitant de Pavillons-sous-Bois

« J’ai apprécié cette table ronde qui nous a permis comme résidents de la Seine-Saint-Denis de connaître les moyens mis en œuvre pour accélérer la transition écologique en banlieue. Depuis 5 ans, il y a des transformations qui se font sur le terrain, notamment en termes de transports en commun. Après, il reste encore beaucoup de choses à faire : moi qui habite à proximité de l’A3, il faudrait par exemple diminuer sensiblement les nuisances des autoroutes A1 et A3 en termes de pollution de particules. Comment ? Par exemple en enfouissant totalement l’A1. »

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Thomas Dakin Pouya, membre de la délégation du Burkina Faso pour la société civile, chargé de communication à l’association des municipalités du Burkina Faso

« Chez nous aussi, à Ouagadougou, la question des périphéries urbaines se pose de manière criante. Le 1er septembre 2009, lors d’inondations massives, ce sont évidemment les quartiers non lotis des faubourgs qui ont été les plus durement touchés parce qu’ils manquaient de tout : de caniveaux, d’un système d’écoulement des eaux... Et quand on a tenté de remédier à ces inondations, les caniveaux ont été faits en centre-ville et on a vite oublié les périphéries. Mais vous savez, la question centre-périphérie s’applique aussi au schéma Europe-Afrique. Quand je vois ici à la COP des bus électriques, je fais la grimace parce que je sais très bien que leurs batteries difficilement recyclables finiront un jour en Afrique… Mieux vaudrait donc faire la promotion d’énergies véritablement renouvelables, ou de l’agriculture urbaine... »

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