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Les Louves sortent du bois

Elles s’appellent Assa, Coumba et Marion. Fers de lance de l’AC Bobigny 93, elles ont brillamment disputé la Coupe du monde féminine de rugby qui se déroulait en France cet été en terminant troisième avec l’équipe de France derrière le Canada et l’Angleterre, championne du monde. Auteures de deux essais chacune pour Marion Lièvre et Assa Koita et de passes décisives pour Coumba Diallo, nous les avions rencontrées en juin dernier lors de leur préparation intensive. Portrait de trois guerrières au grand cœur.

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A l’image des Mousquetaires du roi, leur devise pourrait être « une pour toutes, toutes pour une ». Assa Koita, 2e ligne, Coumba Diallo, 3e ligne, Marion Lièvre, trois-quarts aile, pour vous servir. En août, ces trois-là s’apprêtent à vivre un des plus grands moments de leur carrière : leur toute première Coupe du monde, qui plus est disputée à domicile, à Marcoussis puis, à partir des demi-finales, au stade Jean-Bouin à Paris.
Déjà héroïnes du dernier Tournoi des 6 Nations, conclu par un quatrième Grand Chelem dans l’histoire des Bleues, ces trois guerrières attendent avec impatience le jour J. « On a hâte d’y être, je suis sûre qu’on va toutes chialer », plaisante Coumba Diallo de sa voix grave.

Mais derrière ce trio, c’est tout le club de Bobigny qui sera présent en août sur les terrains de Marcoussis. Ces sélections viennent en effet récompenser le travail d’un groupe qui a cette saison atteint pour la première fois de son histoire la finale du Top 10, le championnat élite féminin. « A travers leur sélection, on récolte aussi les fruits de tout notre travail. Aujourd’hui, ce sont ces trois-là qui brillent, mais d’autres ne sont pas loin, c’est une oeuvre collective », explique leur entraîneur Fabien Antonelli, présent depuis les débuts de la section féminine, il y a 11 ans.

Ce ne sont pas les sélectionnées qui le contrediront. « Bobigny, c’est avant tout un club de copines. Le plus important, c’est la convivialité, l’entraide », insiste Marion Lièvre, la capitaine des Louves.
Lucille Godiveau, autre joueuse des Louves d’abord pressentie pour le Mondial, mais finalement écartée, renchérit : « On partage beaucoup de choses ici. On est riches de plein de petites différences qui nous apportent à toutes quelque chose de précieux. Il y a pas mal de Parisiennes évidemment, mais aussi une Basque, des profs mutées en région parisienne... »

Assa, 23 ans, Coumba et Marion, 22 reflètent justement bien cet aspect « unies dans la diversité ». Il y ainsi Marion la volubile, Coumba la secrète et Assa la fonceuse.
Différentes de caractère, elles ont toutefois pour point commun d’avoir toutes les trois découvert l’Ovalie via le système éducatif : Assa, à travers une amie au collège de Vitry, Marion et Coumba un peu plus tardivement à l’université. « Nous étions en STAPS (fac de sport). A l’époque, le rugby était une matière obligatoire et notre prof nous avait incitées à choisir le rugby en club », se souviennent Coumba et Marion, qui a depuis bifurqué vers des études de kiné.

Car à Bobigny, club amateur, la règle est évidemment de concilier rugby et travail. Et cela sans rechigner. Avec trois entraînements par semaine sans compter les séances de musculation, cela demande souvent une sacrée dose de motivation.
« C’est parfois un peu difficile, il faut avoir beaucoup d’organisation mais comme on aime ce sport, on est prêtes à faire beaucoup d’efforts », témoigne Assa Koita, actuellement surveillante dans un collège.

D’abord passionnées par leur sport, ces trois copines n’ont pas pour critère premier la rentabilité : elles n’exigent pas forcément que ces heures passées sur le terrain, à mieux se connaître, à répéter les combinaisons, soient immédiatement payées de retour. Mais quand elles sont récompensées par une belle place de finaliste en club ou une cape en équipe de France, leur sourire est d’autant plus franc.

« Après notre Grand Chelem, quand les médias se sont intéressés à nous, ça nous a d’abord fait bizarre. On a l’habitude de voir les champions être interviewés à la télé, et tout à coup, les championnes, c’était nous... », se souvient Marion Lièvre, le sourire aux lèvres.
Pas franchement habituées aux lumières d’un star-system sportif qui reste encore bien trop macho, les trois inséparables de Bobigny espèrent à nouveau avoir les honneurs des médias en août prochain. Pas pour flatter leur ego, mais pour faire avancer la cause du sport féminin. « Ce serait tellement bien pour toutes les filles qui ont galéré avant nous », insiste la capitaine de Bobigny.
Cela passera d’abord par un parcours irréprochable en poules, où elles affrontent l’Australie, l’Afrique du Sud et le Pays de Galles. Sûr que le 1er août, les trois Balbyniennes penseront très fort à toutes leur partenaires de club pour puiser ce supplément d’âme qui porte loin. « Une pour toutes et toutes pour une ».

Christophe Lehousse

Le trio de choc de Bobigny :

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- Marion Lièvre

C’est la capitaine courage des Louves. Et une joueuse qui a un sens inné du rugby. Alors qu’elle n’a découvert le cuir ovale que sur le tard, au moment de son entrée à l’université, Marion Lièvre est entrée chez les Bleues avec la même facilité que dans les défenses adverses. Pour preuve : l’ailière a été l’une des grandes révélations du dernier Grand Chelem réalisé en février dernier, avec des essais inscrits contre toutes les équipes. Pourtant, la joueuse native de Bagnolet garde les pieds sur terre : « le rugby, c’est avant tout le collectif », explique-t-elle. D’abord étudiante en STAPS, elle a bifurqué pour un cursus de kiné : la tête et les jambes.

Marion par Assa :
« Sur le terrain, c’est une machine : elle est inusable. Sinon, c’est notre capitaine et c’est un mot fort. Je la suivrais jusqu’au bout du monde »

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- Assa Koita

Un sourire, du franc-parler et de l’énergie à revendre. Assa, c’est vraiment toi. La 2e ligne de Bobigny n’a pas sa langue dans sa poche. Arrivée à Bobigny un peu plus tard que Marion et Coumba et ayant fait un crochet par Bordeaux avant de revenir au club l’été dernier, la joueuse originaire d’Ivry a très vite su s’intégrer chez les Louves. L’Ovalie, elle l’a découvert via une amie de collège. « Au départ je me suis entraînée à Vitry puis j’ai rejoint Bobigny qui était le seul gros club de la région à compter une section féminine », se souvient la joueuse du pack. Côté études, Assa jongle aussi avec son temps : surveillante dans un collège cette année, elle reprendra sa formation de monitrice-éducatrice l’année prochaine.

Assa par Coumba :
« Elle est très dure dans le combat. C’est une fonceuse, elle va toujours percuter et peser sur les défenses »

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- Coumba Diallo

Des trois, c’est sans doute la plus secrète. Coumba Diallo parle peu, mais elle parle juste. Inséparable d’Assa Koita et très proche aussi de Marion Lièvre avec qui elle a suivi le même cursus de prof de sport, la jeune 3e ligne originaire de Montfermeil a un naturel posé. Mais sur un terrain, elle se démultiplie : plaquage, grattage, saut sur les touches, elle est sur tous les fronts. Déjà de l’aventure du Grand Chelem, elle attend la Coupe du monde avec impatience : « Après les Jeux, c’est le plus grand moment dans la vie d’un sportif de haut niveau. En plus, ce sera en France, à Paris : quand je lèverai les yeux, je verrai mes proches », imagine-t-elle déjà.

Coumba par Marion :
« Coumba, c’est quelqu’un qui en dehors du terrain va paraître très zen, très tranquille. Mais sur le terrain ce n’est pas du tout le cas : c’est une guerrière, elle se transforme du tout au tout ».

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