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Les Bosquets, version ballet

Jeudi 10 septembre 2015, les habitants de Clichy-sous-Bois ont pu découvrir en avant-première « Les Bosquets », un court-métrage signé des artistes JR et Ladj Ly, qui revient sur les quinze dernières années de ce quartier populaire de Montfermeil. Une œuvre originale, qui raconte bien la vie des cités.

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« L’idée, c’était de regrouper 15 ans d’archives sur le quartier des Bosquets et de montrer la vie des gens du quartier, tous ces gens avec qui j’ai grandi. » Ladj Ly n’a que 34 ans, dont 30 passés à Montfermeil, mais c’est déjà une sorte de mémoire vivante des Bosquets. En 30 ans, il en aura vécu des choses, aux Bosquets : l’espoir et la galère, la veine et la haine, les soirées entre potes, les premières vagues de rénovation urbaine, puis les émeutes urbaines de 2005, parties de Clichy-sous-Bois.
Et tout cela, il l’a non seulement vu, mais aussi filmé, lui qui dit s’être emparé d’une caméra à 16 ans et ne plus jamais s’en être séparé. Tous ces rushes filmés en compagnie du collectif Kourtrajmé, il les a confiés à l’artiste JR, un vieux complice d’il y a 12 ans, pour en faire une œuvre forte et singulière : « Les Bosquets ».

Connu jusqu’ici pour son travail de photographe (en 2014, il avait par exemple recouvert le Panthéon d’une bâche avec des photos d’anonymes), JR y a cette fois-ci ajouté sa patte personnelle sous la forme d’un ballet. « Quand on m’a donné carte blanche à New York pour faire un ballet, j’ai tout de suite pensé à mettre en scène la vie de Ladj parce qu’on a vécu tellement de choses fortes ici », racontait-il jeudi soir à l’Espace 93 de Clichy-sous-Bois, devant une salle comble de 400 personnes.

Celles-ci, pour la plupart originaires de Clichy ou de Montfermeil, ont donc découvert jeudi soir le produit fini d’un tournage qu’elles avaient accueilli l’année dernière. A l’été 2014, le prestigieux New York City Ballet, emmené par le danseur hip hop Lil Buck et la danseuse-étoile Lauren Lovette, avait en effet investi le quartier du Chêne Pointu de Clichy-sous-Bois pour y rejouer les émeutes, version dansée. « L’idée du ballet, c’était un challenge, se souvient JR. Ni moi ni Ladj n’avions jamais vu d’opéra ni de ballet avant ça, mais on s’est dit que ça s’y prêterait bien ».

Le résultat est une œuvre émouvante et très personnelle, portée par les musiques de Pharrell Williams et de Hans Zimmer, qui ont participé à la bande originale. « A l’arrivée, c’est bluffant. Partir du réel, de la vie des gens et arriver à en faire une œuvre d’art comme ils l’ont fait, franchement je dis bravo », s’enthousiasmait Bilel, habitant du quartier du Chêne Pointu, qui a justement participé au tournage. « Ca reflète bien ces années-là, les années de la rénovation urbaine, les barres qu’on arrachait, les émeutes », approuvait aussi Igor.

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Dix ans après les émeutes urbaines de 2005, l’oeuvre, pour allusive qu’elle soit, soulevait forcément aussi la question des progrès réalisés depuis ou pas. Certains se disaient un peu déçus, comme Biron, qui évoquait certes le plan ANRU mené à bien dans ce secteur, mais surtout un chômage encore bien trop élevé.
D’autres au contraire affirmaient voir « du mieux » . « Les petits, aujourd’hui, vivent mieux que nous », insistait Mohamed tandis que son copain Bilel retenait surtout l’exemple de Ladj Ly et de JR. « Des gens comme ça nous montrent qu’il n’y a pas que la musique et le sport pour s’en sortir, qu’il y a d’autres chemins. Des œuvres comme la leur suscitent la curiosité chez d’autres jeunes et c’est tant mieux », soulignait ce jeune réalisateur de 27 ans, en train lui aussi de faire ses armes dans l’audiovisuel.

C’est aussi cet aspect que souhaitait retenir Olivier Klein, le maire de Clichy-sous-Bois, présent lors de la projection. « Je crois vraiment au rôle de la culture, dans des villes comme les nôtres. En associant les habitants, en montrant la créativité des quartiers populaires, Ladj et JR ont donné à la fois de l’émotion et du sens », faisait remarquer le successeur de Claude Dilain, décédé l’année dernière et à qui il n’a d’ailleurs pas oublié de rendre hommage. Ambitieuse en matière de politique culturelle et soutenue en ce sens par le Département, Clichy-sous-Bois nourrit d’ailleurs le projet d’une « Villa Médicis bis » qui accueillerait prochainement un pôle de jeunes artistes en résidence. Histoire de faire découvrir ses capacités artistiques et de changer l’image de la ville.
Jeudi soir en tout cas, les langues étaient déliées, les regards fiers, et l’Espace 93 n’avait rien à envier aux plus hauts-lieux parisiens de l’art contemporain.

Christophe Lehousse

NB : Jusqu’à fin septembre, « Les Bosquets » est projeté tous les mercredis et vendredis à l’Espace 93, de 17h à 19h30. Entrée gratuite.

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