print
 

Legrand débat avec La Courneuve sur la liberté de la presse

Jeudi 19 février 2015, la Maison de la citoyenneté de La Courneuve accueillait le journaliste politique de France Inter Thomas Legrand pour un débat sur la liberté d’expression et la liberté de la presse. L’occasion d’échanger sur la fabrique de l’information, ses défis et parfois ses manquements.

JPEG - 35 ko

crédit : Virginie Salot / Ville de La Courneuve
« La liberté de la presse a-t-elle des limites ? Peut-on dire tout et n’importe quoi ? » La question n’a évidemment pas tardé à surgir jeudi soir. Organisée par l’Université citoyenne courneuvienne, la conférence-débat en présence de Thomas Legrand, journaliste politique à France Inter, avait aussi été prévue pour répondre aux interrogations des habitants, un mois et demi après les attentats perpétrés au siège du journal satirique Charlie Hebdo.

Venu en voisin – du Pré Saint-Gervais – le journaliste de 51 ans, qui a aussi accepté de devenir parrain d’une initiative organisée par le Conseil général dans les collèges de la Seine-Saint-Denis autour des valeurs de la République, s’est prêté de bonne grâce aux questions d’une salle d’une soixantaine de personnes.

« La liberté de la presse est bien entendu encadrée », a-t-il répondu à la quinquagénaire à l’origine de la question sur les limites de la liberté d’expression. « Encadrée par la loi de 1881 et par la loi Gayssot. Moi, ça me va très bien comme ça. Et justement, il est important de rappeler qu’en France, nous ne sommes pas soumis à l’interdit religieux. Charlie Hebdo et d’autres vont donc continuer de faire un travail utile contre tous les pouvoirs. »

Et le journaliste de poursuivre, sur un ton plus léger : « Mais ce n’est pas la loi qui va nous empêcher de dire n’importe quoi, comme vous dites. C’est plutôt la responsabilité du journaliste ».

« Responsabilité », le mot est souvent revenu au cours de ces deux heures et demie de débat dans la bouche du chroniqueur politique de France Inter, qui fut aussi avant cela grand reporter, correspondant aux Etats-Unis et chef du service politique de RTL.
« Face à tout le flot d’informations auquel nous sommes confrontés chaque minute, à mon avis, ce n’est pas l’objectivité qu’il faut invoquer, a ainsi ponctué Thomas Legrand. Un photographe peut prétendre à l’objectivité, et encore, lui aussi doit contextualiser. Non, avec tous les différents métiers que j’ai pu faire au sein du journalisme, le seul mot qui me revient, c’est celui de responsabilité. » Responsabilité dans le recoupement de l’information, responsabilité dans le fait d’assumer ses propos en les signant, à la différence des commentaires sur les réseaux sociaux, responsabilité face à l’emballement de l’info et la nécessité de faire de l’audimat.

Questionné sur « les mises en demeure » de la part du CSA dont ont fait l’objet certains médias audiovisuels pour leur couverture des attaques des 7, 8 et 9 janvier, Thomas Legrand a justement invoqué cette responsabilité. Tout en faisant le tri entre les différents reproches du gendarme des médias. « Que le CSA reproche à une chaîne de télé d’avoir donné en bandeau l’info selon laquelle des otages étaient cachés à l’Hyper Cacher, je le comprends très bien. Maintenant, si on nous oblige à demander systématiquement l’autorisation de la police avant de donner une info, là c’est plus compliqué », a-t-il estimé. Et de faire allusion à la mise en demeure adressée entre autres à France Inter pour avoir annoncé l’attaque des forces de l’ordre à l’imprimerie de Dammartin-en-Goële, qui, selon le CSA, aurait compromis le caractère synchronisé du double assaut de la police.

Apprendre à vérifier la source

Il a aussi évidemment été question de la théorie du complot qu’on a vue se développer sur les réseaux sociaux après les attentats. Selon le journaliste, celle-ci s’expliquerait par un usage « a-responsable » d’internet et la perte de la notion de source chez la jeune génération.

« Les journalistes doivent intervenir davantage dans les écoles pour apprendre aux élèves comment appréhender une info valable », a-t-il convenu. Mais selon Thomas Legrand, cette théorie du complot aurait aussi une origine plus psychologique. « En allant voir la semaine dernière des gamins de Bondy, j’ai senti qu’ils avaient tout de suite compris le danger pour eux d’une certaine stigmatisation après ces attaques. D’où, pour certains, la tendance à se réfugier dans une théorie du complot. Un sorte de mécanisme de défense, ou de protection finalement ».

Le cadre du débat s’est ensuite élargi. Le journaliste du service public a notamment été interrogé sur la question de la sous-représentation de certains sujets, comme la guerre en Syrie ou la situation actuelle en Birmanie. Sur l’image médiatique de la Seine-Saint-Denis aussi. « Pourquoi la Seine-Saint-Denis est-elle systématiquement traitée de manière défavorable, pourquoi n’en montre-t-on que les faits divers et jamais les initiatives positives qui s’y déroulent ? » a ainsi demandé une auditrice.

La réponse de Thomas Legrand : « Je pense qu’en volume, on parle plutôt positivement de la Seine-Saint-Denis, mais malheureusement, c’est le négatif qui marque les gens. L’info, c’est un peu comme les températures : c’est le ressenti qui compte. Je regrette ce ressenti, et j’essaie personnellement de le combattre ».

A l’issue de la conférence, une de ces belles initiatives attendait en tout cas Thomas Legrand et tous les participants à la conférence : une banderole « Je suis Charlie » fabriquée par une femme vivant à la Cité des 4000 et sur laquelle de nombreux autres habitants avaient apposé des mains de couleur et des messages de soutien. « Le terrorisme n’a pas de religion », pouvait-on notamment lire sur la bannière.

Christophe Lehousse

JPEG - 80.7 ko

crédit : Virginie Salot / Ville de La Courneuve

Ce qu’ils en ont pensé :

Antonin Mourey

« Le débat m’a plu, la parole était libre. Moi, je suis intervenu pour solliciter l’intervention de davantage de journalistes dans les établissements. Je suis surveillant au lycée Marcelin-Berthelot à Pantin, je souhaiterais devenir Conseiller Principal d’Education (CPE) et je suis évidemment concerné par ces questions. Vingt jours après les attentats, une circulaire est tombée sur un renforcement de l’éducation aux médias, mais c’est encore assez flou et je pense que sans l’intervention accrue de journalistes, on n’y arrivera pas. Après les attentats, on a eu tous types de réactions, des élèves choqués mais aussi d’autres parlant de théorie du complot ou du fait que Charlie Hebdo l’avait bien cherché. Evidemment, il faut faire la part des choses, ne pas oublier qu’on a affaire à des lycéens et que beaucoup sont donc dans la provocation un peu adolescente. »

Oumou

« J’ai bien aimé le débat. Pour ma part, j’ai voulu lui poser la question de sujets que je trouve sous-représentés dans les médias, comme les critères exigés pour acquérir la nationalité française. Ces critères me semblent trop durs pour des femmes ayant des enfants, et jamais je n’ai entendu ou lu un sujet là-dessus. A la préfecture, on nous dit qu’il faut avoir un emploi à plein temps. Or beaucoup de femmes ont des temps partiels parce qu’elles ont des enfants ou alors elles n’ont réussi à obtenir qu’un temps partiel. Dans ces cas, comment fait-on ? Thomas Legrand nous a dit qu’il songeait à faire prochainement une chronique sur le sujet. »

Pour plus d’informations : http://www.ville-la-courneuve.fr/LC_infos/actualite/index.php

à lire aussi

Le monde sportif de Seine-Saint-Denis dessine ses Jeux

Jeudi 23 juin, le monde sportif de Seine-Saint-Denis a fait part de ses propositions pour animer le projet olympique Paris Seine-Saint-Denis 2024. Cette concertation s’inscrit dans une série d’ateliers conduits auprès de différents publics dans le département.


Journée olympique à Marville et signature d’une convention entre Paris et la Seine-Saint-Denis

600 jeunes étaient réunis au Parc Marville à La Courneuve pour la Journée olympique jeudi 23 juin. L’occasion pour la Seine-Saint-Denis et Paris de signer une convention pour participer pleinement aux transformations et au développement de leurs territoires à l’occasion des J.O de Paris 2024.


Jimmy Vicaut, la vie à cent à l’heure

L’athlète du CA Montreuil dispute ce week-end les Championnats de France à Angers, sur 100 et 200m. Quelques semaines après avoir égalé son record d’Europe dans son jardin du stade Delbert et alors que s’annoncent des Jeux de Rio qu’il a cochés sur son agenda, Jimmy Vicaut se livre. Interview.


Odyssée Jeunes 2016, des souvenirs plein la tête !

Grande nouveauté pour cette 7ème cérémonie de clôture à l’Académie Fratellini à Saint-Denis : un concours d’éloquence entre élèves est venu remplacer le traditionnel Carnet de voyage. Chaque classe a ainsi défendu ses couleurs par équipe à travers une performance orale originale et pleine d’humour.


Mathilde Johansson, parcours de haute volée

A 31 ans, après 12 ans de carrière au plus haut niveau et 11 participations à Roland-Garros, Mathilde Johansson, licenciée au Montfermeil Tennis 93, a raccroché la raquette. Retour sur une trajectoire de championne.

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 400