print
 

Lecture zéro complexe en Seine-Saint-Denis

Le festival Concordan(s)e se déroule jusqu’au 15 avril. Quant à Hors Limites, le festival organisé par le réseau des bibliothèques, il démarre vendredi 1er avril. Et ce n’est pas une blague.

JPEG - 56.3 ko

Chaque mercredi, par tous les temps, on trouve des livres au square du Chêne, à Clichy-sous-Bois. Le centre social a rendez-vous avec ses lecteurs. « Nous avons un minibus qui nous permet s’il fait trop froid de rentrer à l’intérieur avec les enfants pour lire tranquillement. Il y a du chauffage. Et l’été, on installe même un barnum, on met des grandes nattes, des poufs… Dès qu’on arrive les enfants nous aident à monter le matériel pour se mettre à lire le plus vite possible, » raconte Aurélie Mignot chargée des familles au centre social de l’Orange bleue. « Nous avons un fonds de livres en tamoul, en hindi, en arabe, turc, peul, espagnol et portugais. Nous en avons aussi en anglais. On s’adapte au public du quartier, c’est comme ça que ça marche. »

Lire des livres chez soi est peut-être d’une grande évidence dans certains milieux mais pour beaucoup de familles c’est encore inaccessible et pas seulement pour des questions financières. C’est pourquoi le Salon du livre et de la presse jeunesse, soutenu par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis depuis sa création, a lancé l’an dernier l’opération « Des livres à soi ».

Aurélie Mignot participe depuis deux ans au projet : « On avait un fonds de livres mais les parents n’osaient pas s’en emparer de peur de mal prononcer les mots. Pour beaucoup de parents, la lecture est vécue de manière institutionnelle. Ils ne se sentent pas forcément à l’aise sur ce terrain-là. Ils ne se sentent pas à la hauteur. L’idée des livres à soi a permis de leur montrer que sans connaître la langue on peut quand même raconter une histoire à son enfant. C’est un projet formidable ! » Rassurer les parents dans leur rôle. Et leur proposer que ce moment de lecture parent-enfant devienne un petit rituel au quotidien, « un moment privilégié souvent au coucher pour calmer l’enfant et le mettre dans de bonnes conditions pour qu’il fasse de beaux rêves ».

Faire découvrir la littérature au plus grand nombre, c’est aussi l’objectif de Jean-François Munnier le fondateur et directeur du festival Concordan(s)e né en Seine-Saint-Denis voilà dix ans : « Mon objectif est de faire découvrir la littérature d’aujourd’hui. Parce que je me rends compte que les écrivains que je propose… les bibliothèques ne les connaissent même pas. C’est de la pédagogie à plein d’égards et un vrai travail de fond. »

Pour cela il provoque des duos écrivain/chorégraphe, qui doivent se produire dans plein d’endroits : des librairies, des centres d’art, des théâtres et même des bibliothèques. Les écrivains sont invités à écrire des textes mais aussi à les exprimer à travers leur corps : « En bibliothèque, on touche un auditoire beaucoup plus large et on permet cette complicité avec le public. Comme on joue dans un espace ouvert, tout d’un coup quelqu’un venu déposer un livre est happé par le spectacle. Il va rester et finalement passer un bon moment. Cette surprise m’intéresse. En bibliothèque on lance souvent une discussion après le spectacle pour expliquer comment le duo s’est créé. On parle du projet et ça rassure aussi les gens. Je sens bien que le public a besoin de savoir que ce qu’il a vu est exactement c’est ce que le chorégraphe a pensé. »

L’un de ces duos Sylvain Prudhomme/Raphaëlle Delaunay était en résidence au collège Pierre-André-Houel de Romainville cette année. Il a d’ailleurs proposé aux élèves des ateliers d’écriture autour de la rencontre amoureuse en utilisant pour matériau les très controversés sms, mails, blogs, posts facebook. Une résidence d’écrivain qui appartient au dispositif In Situ proposé par le Conseil départemental.

Sylvain Pattieu est non seulement écrivain mais aussi maître de conférence à l’Université Paris 8 dans une des rares formations universitaires de création littéraire : « On a souvent l’idée en France qu’un écrivain est celui qui est touché par une sorte de don, de génie. Alors qu’aux Etats-Unis il existe beaucoup de cours de creative writting. Dans notre master de création littéraire, on montre que c’est quelque chose qui se travaille et qui peut se travailler collectivement. On discute des textes que chacun écrit. ça permet de les améliorer, de les modifier. Les étudiants ont deux ans pour écrire un livre et libre à eux de le faire éditer ou pas ! » Certains d’entre eux participent au festival Hors Limites en travaillant sur le foot et sur la parole des supporters. L’une a écrit sur une équipe de foot féminine et féministe, une autre sur la solitude du gardien de foot… Le festival Hors Limites tisse des amitiés avec tous les genres et tous les arts. Il a enregistré +18% de fréquentation à sa dernière édition en réunissant plus de 3000 spectateurs. Un festival sans complexe qui rayonne dans trente villes et soixante lieux de Seine-Saint-Denis.

JPEG - 52.2 ko

Les spectateurs ont pu voir leur œuvre « It’s a match » dans la médiathèque Romain Rolland de Romainville samedi 19 mars. Une collaboration avec le festival Concordan(s)e. Mercredi 6 avril à 15h à la bibliothèque André-Malraux aux Lilas et à 19h au centre national de la Danse de Pantin, et le mercredi 13 avril à 12h à l’université Paris 13 - Villetaneuse (en partenariat avec le festival Hors Limites)

Dossier réalisé par Isabelle Lopez

Les rendez-vous à ne pas rater du festival Hors Limites

Le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis soutient depuis sa création le festival Hors Limites qui valorise une littérature remuante et ambitieuse, complexe et vivante.

Rencontre avec Dominique Manotti le 14 avril à la librairie Folies d’encre de Saint-Ouen, une collaboration avec le festival policier de Saint-Ouen « Parole de polar ».

Lecture du comédien Denis Lavant à la Basilique de Saint-Denis avec une lecture du Royaume d’Emmanuel Carrère.

Rendez-vous aux Archives nationales de Pierrefitte pour Jetés dehors, de Sylvain Prunenec et Mathieu Riboulet. Une collaboration avec le festival Concordan(s)e.

Rendez-vous au musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis pour écouter la parole aux supporters de football.

à lire aussi

Pour l’amour du foot…

Quand des apprentis écrivains rencontrent des fans de foot, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Pour le savoir, venez assister le 7 avril au musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis à une des lectures proposées par le festival Hors Limites. Un festival soutenu par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.


Le livre absent des quartiers populaires ?

« Des livres à soi » est une action lauréate de la France s’engage, labellisée par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme et soutenue par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Reportage à Clichy-sous-Bois.


Faire découvrir la danse et la littérature d’aujourd’hui

Le festival Concordan(s)e est né en Seine-Saint-Denis voilà dix ans. Il propose dix dates dans notre département cette année. Son objectif : faire découvrir la littérature et la danse contemporaines au plus grand nombre.
Interview de son fondateur et directeur Jean-François Munnier.