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Le collège Neruda à cheval sur les valeurs de la République

Depuis octobre, plusieurs classes de 4e du collège Pablo-Neruda d’Aulnay-sous-Bois suivent des cours d’équitation, en compagnie notamment d’agents de la police montée et de la Garde républicaine. L’idée : se servir du cheval pour faire tomber certaines barrières.

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« Nous on veut monter Coyote. Il est trop cool. » Louanne et Khalifa sont à fond en ce mardi de début novembre. C’est la troisième séance de cheval à laquelle ils participent avec leurs camarades du collège Pablo-Neruda d’Aulnay, et ils sont déjà accros. Devant les stalles du Parc du Château Bleu à Tremblay, Mathilde, enseignante d’équitation, veille à canaliser leur enthousiasme. « Du calme, les enfants. On n’a que des bons poneys ici. Prenez plutôt le temps nécessaire pour vous rappeler les règles élémentaires : on ne court pas, on ne crie pas, on est à l’écoute ok ? »

Le rappel à l’ordre est presque superflu puisqu’aussitôt en contact avec les chevaux, la petite troupe baisse d’elle-même le volume. Les regards sont concentrés, les gestes précis. Sur le sable du manège n°3, Alassane mène son poney comme un chef. Juché sur « Javelot », l’élève de 4e participe à un petit jeu d’ « équifun », qui consiste à guider sa monture pour aller chercher une tasse placée sur un piquet.

Tout cela sous l’ œil de Laura Varennes, professeure d’EPS à l’origine de ce projet assez novateur. « Au départ, je voulais juste leur transmettre ma passion de l’équitation, les faire profiter d’un sport réputé assez coûteux, raconte cette enseignante d’une trentaine d’années. Et puis, en emmenant quelques élèves sur une compétition d’UNSS, je me suis aperçue que certains d’entre eux étaient beaucoup moins turbulents qu’en cours. Voilà pourquoi on s’est dit qu’un atelier équitation pourrait être un bon moyen pour prévenir le décrochage scolaire. »

Mais dans la galerie attenante au manège, il y a encore d’autres spectateurs que la seule équipe pédagogique : la police montée de Seine-Saint-Denis et la Garde républicaine sont elles aussi représentées. L’idée : amener les jeunes à échanger avec les forces de l’ordre autour du cheval, pour dissiper certains préjugés de part et d’autre.

L’effet de surprise du cheval

« Le cheval fait tomber certains a priori, incontestablement, explique ainsi Pascal Le Borgne, responsable de l’unité équestre de Seine-Saint-Denis. La preuve, c’est qu’on a déjà vu des gens caresser un cheval de la police, mais une voiture de police, à ma connaissance, jamais, poursuit, goguenard, ce capitaine déjà rompu à ce genre de dialogue avec les jeunes. Le cheval, c’est donc un bon angle d’attaque pour expliquer notre métier. Quant à nous, ça nous permet aussi de comprendre comment ils nous voient. » Côté gendarmerie, on ne dit pas autre chose. « Grâce au cheval, ils voient les forces de l’ordre d’un autre œil. Le cheval, c’est le début de la conversation. », assure l’adjudant-chef Ducatel, venu aussi ce mardi soir avec un collègue pour établir un premier contact avec les 4e d’Aulnay.

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Car les deux parties se reverront, et bien plus longuement. En plus des 30 séances d’équitation prévues tout au long de l’année, les jeunes cavaliers d’Aulnay doivent en effet se rendre dans le centre équestre de la police à La Courneuve en février, passer par la caserne des Célestins, siège de la Garde républicaine à Paris ou encore participer à une séance de rallumage de la flamme du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe.

Un programme notamment financé par le Conseil départemental dans le cadre de son appel « Nous sommes la République », qui vise à réaffirmer les valeurs de la République après les attentats de janvier dernier. Interrogés sur ce programme de réjouissances, les élèves semblaient plutôt partants. Même si tout n’était évidemment pas gagné d’avance, comme avec Mehdi, qui restait pour l’instant sur la réserve : « A priori, j’ai une image assez négative de la police. Parfois ils arrêtent des gens sans raisons. Mais c’est plutôt positif qu’ils s’intéressent à nous. »

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Porteur du projet en compagnie de Laura Varennes, le principal du collège Régis Astruc résume à son tour la philosophie de l’initiative. « La question de l’équitation n’est qu’un prétexte. Au Gros-Saule, un quartier où les rapports avec les forces de l’ordre sont souvent conflictuels, ça permet de casser cette image, de rapprocher les jeunes et la police. Et puis, le cheval a une autre qualité : il n’est pas attendu dans un quartier très fortement urbanisé. Et l’effet de surprise, c’est souvent un ingrédient majeur de la réussite d’un tel projet. »

Et effectivement, certains élèves semblaient déjà complètement mordus. Julie par exemple avait hâte d’être à la semaine prochaine. « C’est tellement bien que j’aimerais bien continuer l’année prochaine. » Ou quand le cheval permet de sauter certains obstacles.

Christophe Lehousse

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