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« Le Nouveau Méliès, un outil de cinéma et un vrai lieu de vie »

Le 19 septembre, Stéphane Goudet, le directeur artistique du cinéma municipal de Montreuil et son équipe vont inaugurer le Nouveau Méliès, situé à deux pas de la mairie. A quelques encablures de l’emplacement qui vit naître en 1897 les premiers studios du monde, ceux de Georges Méliès.

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Il est l’un des principaux fers de lance du projet du Nouveau Méliès qui va être inauguré à Montreuil, le 19 septembre. Après 12 longues années, parsemées de démêlés juridiques avec la concurrence UGC/MK2 et d’un bras de fer avec l’ancienne municipalité, Stéphane Goudet, le directeur artistique du cinéma, et son équipe vont enfin pouvoir migrer de l’ancien Méliès au Nouveau, situé à deux pas de la mairie. A quelques encablures de l’emplacement qui vit naître en 1897 les premiers studios du monde, ceux de Georges Méliès. Car Montreuil et le cinématographe, c’est toute une histoire...

Douze ans après le lancement du projet, Montreuil tient enfin son cinéma d’art et d’essai de 6 salles, ce qui en fait l’un des plus grands de France…

« Oui, ce fut long, voire interminable, mais on y est arrivé. Malgré tous les affres du projet (notamment des tensions avec la municipalité précédente, ndlr), mon envie de montrer que c’était une bonne idée est plus forte que jamais. Avec ce nouveau cinéma, on va pouvoir montrer plus de films, du film grand public au cinéma expérimental, et aussi maintenir à l’affiche des films qui ne passeront plus ailleurs. Nous tablons là-dessus pour faire venir des Parisiens qui n’avaient jusqu’ici pas l’habitude de se rendre ici. »

En même temps, c’est un petit défi. Vous avez l’ambition d’augmenter la fréquentation de vos salles de manière assez significative...

« Effectivement, mais je suis confiant. Les bonnes années de l’ancien Méliès, nous tournions à 180000 entrées annuelles. Là, on table sur 250000 lors de la première année puis 280000 en rythme de croisière. Ces 100000 entrées annuelles supplémentaires, cela reste évidemment un pari, mais j’ai bon espoir. Avant que n’arrive la confrontation avec l’ancienne municipalité, nous avions déjà une fréquentation qui pouvait nous laisser espérer davantage. Notre volonté, c’est de montrer le meilleur du cinéma populaire parce qu’il n’y a pas de raison que les gens soient privés du film grand public qui marche bien, mais aussi de maintenir notre appui au cinéma le plus exigeant. Et puis, il faut faire de ce cinéma un vrai lieu de vie, où les gens aient plaisir à se rassembler autour des films et de leurs réalisateurs, que l’on compte faire venir en nombre. »

La présence d’une salle de montage ouverte aux associations dans les nouveaux locaux atteste aussi de votre volonté de vous rapprocher encore plus de la population...

« Oui, on veut vraiment être au service de la population. Cela signifie qu’on va travailler encore plus avec des associations de quartier, entreprendre des actions communes avec d’autres institutions culturelles, le Nouveau Théâtre de Montreuil, notre voisin immédiat, la Maison populaire ou la Bibliothèque Robert-Desnos. Et à cet égard, c’est vrai que l’outil de la salle de montage est précieux car un des moyens de s’approprier une salle art et essai, c’est de le faire par le biais de la pratique. L’idée, c’est de permettre à des enfants de toucher à la technique et de leur faire réaliser leur propre oeuvre pour ensuite les emmener un peu plus loin que le simple film grand public. »

Les salles continueront évidemment de s’appeler Le Méliès. Quel est selon vous le legs de Georges Méliès pour le cinéma ?

« On a construit l’histoire du cinéma en France sur une origine mythique qui est l’opposition entre les frères Lumière et Méliès. C’est d’autant plus mythique qu’on sait que Méliès a voulu acheter directement leur appareil aux frères Lumière. Cette opposition est devenue elle-même une double voie possible dans le cinéma. D’un côté, la voie réaliste et documentaire, celle des Lumière et de l’autre, la voie fictionnelle voire science-fictionnelle, celle de Méliès. On voit bien pourquoi des cinéastes comme George Lucas ou Spielberg identifient Méliès comme un de leurs pairs de cinéma. Mais en même temps, aussi commode qu’elle soit, cette opposition est réductrice car chez Méliès aussi, il y a un désir de réel. Par exemple, lorsqu’il reconstitue le sacre d’Edouard VII, ou d’autres faits d’actualité dont il a été le contemporain. »

Mais même dans cette veine-là, on a quand même toujours l’impression qu’il veut mettre sa patte…

« Oui, parce que c’est par essence un fantaisiste, quelqu’un qui vient de la magie. Même quand il fait un cinéma plus informatif, il lui reste ce côté vibrionnant, ce refus du conformisme. Il est vraiment dans la mise en scène, ostensible et ostentatoire. Il propose très clairement un cinéma de l’imaginaire, qui explique aussi que ses films passent très bien auprès des enfants. Dans beaucoup de ses films, il y a un plaisir de la couleur, pour ceux qui étaient colorisés à la main, d’invention d’animaux qui renvoie indirectement au Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis. »

Justement, quel est l’héritage de Méliès pour la Seine-Saint-Denis ? S’il y a autant de studios cinéma dans le département- les studios Sets à Stains, Eclair à Epinay-sur-Seine, la Cité du Cinéma - est-ce dû indirectement au fait que les premiers studios du monde se sont implantés à Montreuil ?

« C’est difficile de répondre à cette question sans faire de raccourcis. J’ai envie de dire que la concentration de studios en Seine-Saint-Denis s’explique aussi par la nature ouvrière du cinéma par rapport aux autres arts. On sait qu’avec la révolution industrielle, les industries moins polluantes se sont établies à l’ouest de Paris et les usines plus salissantes, parmi lesquelles le cinéma, plutôt dans le Nord-Est. Et c’est là qu’on retrouve le lien avec Méliès, qui était le roi des artisans, lui qui a peint lui-même ses décors et bidouillé ses machines. De ce point de vue, la Seine-Saint-Denis perpétue donc cette tradition d’un cinéma à la main, de la bricole qui était déjà celui instauré par Méliès. »

Un dernier mot sur le sort des premiers studios cinéma de Méliès. Ils ont malheureusement été rasés en 1948. Une usine de mort aux rats s’est ensuite construite dessus avant de céder la place à un nouveau studio de cinéma, puis d’accueillir aujourd’hui l’association culturelle « La Parole errante ». C’est rocambolesque comme un film de Méliès...

« Si on veut. On partage tous ce regret historique qu’on n’ait pas pensé, au sortir de la guerre, qu’il y avait matière à en faire un lieu de mémoire du cinéma. Mais je ne suis pas sûr qu’à l’époque on ait eu conscience du patrimoine architectural et artistique que représentaient ces studios. Ce qui pose aussi une autre question : que va-t-on faire des anciens studios Pathé-Albatros, construits 7 ans après ceux de Méliès et qui eux existent encore ? Une chose est sûre : cela veut dire que le rapport à Méliès doit fonctionner autrement que de manière muséale. Et ce rapport, nous comptons justement le perpétuer en faisant vivre le cinéma d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Il faut que Montreuil reste ce lieu où on a plaisir à se retrouver pour parler à la fois du cinéma et du monde. Et pour cela, les nouvelles salles sont un formidable outil. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

Pour en savoir plus sur Méliès : www.cinemathequemelies.eu

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