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Le Département très représenté au Salon des lieux de tournage

Le Salon des lieux de tournage est un mini-Cannes avant Cannes, mais sans les "stars", dixit la profession. Tous les professionnels du cinéma s’y croisent, s’y donnent rendez-vous. Et notamment ceux qui sont à la recherche d’un décor. Reportage.

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Alexandre est repéreuse pour le cinéma. Pour « Le bureau des légendes », une série de Eric Rochant avec Mathieu Kassovitz et Jean-Pierre Darroussin diffusée prochainement sur Canal +, on lui a demandé de trouver plusieurs décors au *Salon des lieux de tournage : un terrain vague (déniché à Aubervilliers), des bureaux (trouvés à l’entreprise Oger à Saint-Ouen) et des studios (loués à la Cité du cinéma à Saint-Denis). Sur le Salon des lieux de tournage où 2600 professionnels du cinéma se sont retrouvés cette année, la Seine-Saint-Denis était bien représentée. Des studios d’Aubervilliers aux studios Sets de Stains en passant par les légendaires studios d’Epinay…

Mais aussi des lieux de tournage plus atypiques mais néanmoins très recherchés comme l’Hôpital Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne, où est encore tournée la série française à succès « Un Village français ». « Le site est facile d’accès, vaste, fermé. Il n’y a pas un bruit et on n’a pas besoin d’autorisation pour y stationner. Les équipes de tournage apprécient ». Depuis 2008, « Un Village français » y a planté son décorum : école, salle des fêtes, appartement et même une rue rien que pour eux. En temps de présence continue, les Larcher, les Schwartz, les Germain et les Crémieux ont passé un an et demi de leur vie à Neuilly-sur-Marne. Des tournages comme celui de Taken 3 ont aussi marqué les lieux. Un mois et demi pour monter les décors pour 4-5 jours de tournage. « On est très sollicité en ce moment à cause de vigipirate. Les scènes avec un homme en uniforme, qu’il soit pompier, soldat ou policier sont interdites de tournage dans la capitale. On les accueille donc ici à la journée, à l’abri des regards » explique-t-on à la mairie de Neuilly-sur-Marne.

Le Centre national de la danse (CND) installé à Pantin a lui aussi son stand. Il faut même faire la queue pour les interviewer. « Nous recevons une à cinq demandes de tournage par semaine, que ce soit des publicités (Lindt avec Roger Federer pour le marché international), des shootings mode (pour Elle, Vogue, Marie-Claire…), des séries (Trépalien qui sera diffusé à l’automne 2015 sur Arte). A la demande, nous sommes transformés en commissariat, en prison, en tribunal, en laboratoire, en aéroport » explique Caroline Southon, chargée du mécénat et de la location d’espaces qui ajoute « maintenant on est vraiment connu comme lieu de tournage… ».

Alors la Seine-Saint-Denis serait-elle devenue une terre de tournage ? Stephen Bender qui travaille à la Commission du film de la Seine-Saint-Denis est catégorique, lui dont la mission est de promouvoir le territoire départemental auprès des sociétés de production de cinéma et d’audiovisuel. Le service qu’il offre est non seulement unique et gratuit mais s’adresse à tous les professionnels.

Créée en 2004, cette commission est sollicitée par des régisseurs, des « repéreurs », des assistants de production à la recherche de tel ou tel décor pour des documentaires, des publicités, des clips musicaux, des séries télévisées. Elle répertorie non seulement les lieux de tournage, mais met aussi en contact propriétaires et intéressés et valorise sur petit ou grand écran les ressources plastiques, patrimoniales, artistiques et techniques du département de la Seine-Saint-Denis.

* Le Salon des lieux de tournage a eu lieu en février 2015 au Carreau du Temple dans le 4ème arrondissement de Paris.

Isabelle Lopez

« Nous trois ou rien » le premier film de Kheiron sera présenté en avant-première au festival de Cannes 2015. Il est un autre exemple de film tourné en Seine-Saint-Denis d’autant que son réalisateur a grandi à Stains. Son film autobiographique raconte aussi l’Iran, l’exil… et met en scène Leïla Bekhti, Zabou Breitman, Gérard Darmon, Alexandre Astier et donc Kheiron. Rencontre.

Ce film vous l’avez écrit, réalisé et vous jouez le premier rôle. Avez-vous la pression ?
Avec le stand-up, j’ai l’habitude de la pression. Monter sur scène et demander au public de quoi il veut qu’on parle. Et le faire rire autant que si le spectacle était entièrement écrit à l’avance. Cette pression est mille fois plus monstrueuse qu’au cinéma. … Alors là je suis cool, très zen même si c’est mon premier film.

Vous rendez-là un vibrant hommage à vos parents ?
J’ai pris vite conscience que mes parents avaient un parcours extraordinaire. Mon père s’est engagé tôt dans la résistance en se mettant toute sa famille à dos en Iran. Il était contre le Chah. Il a été torturé, condamné à dix années de prison. Il a rencontré ma mère dans les réseaux de résistance. Ils ont dû fuir le régime de l’ayatollah Khomeiny. En France, on est reparti de zéro. Juste en aidant les autres dans les associations, ils ont construit leur chemin. Et à la fin, mon père reçoit la légion d’honneur. Depuis toujours, j’ai souhaité en faire un film.

Est-ce un film drôle quand même ?
C’est une comédie dramatique. L’histoire de mes parents est souvent triste. Mais ce sont des gens chaleureux. Ils rient tout le temps… je voulais un film qui leur ressemble. J’aime l’humour noir et trash, mais il n’y a rien de tout ça ici : aucune vulgarité, aucune scène de sexe. Mes parents sont très pudiques. Je leur ai fait un film sur mesure. C’est mon cadeau !

Que faut-il retenir de ce film ?

Le vivre-ensemble. C’est un film familial qui parle de la valeur de la famille, de l’entraide familiale, qui parle de choix : résister ou pas face à une personne, face à un régime et assumer sa responsabilité en tant qu’être humain et citoyen. Il traite inconsciemment de laïcité et prend une résonance particulière au vu de ce qui s’est passé lors des attentats. C’est un film positif. On en ressort avec la banane. On a rigolé. On a pleuré. Et après on n’a qu’une envie c’est prendre son voisin dans nos bras et l’embrasser.

Vous l’avez tourné l’été dernier en Seine-Saint-Denis ?
Ma mère a travaillé dans une association qui s’appelle Femmes dans la Cité. On a pris les vraies femmes de Femmes dans la Cité et on a tourné dans leurs locaux. On a aussi tourné beaucoup dans les studios de Stains. Et pour les scènes en Iran on est allé au Maroc.

Vous êtes bien entouré, vous jouez avec Leïla Bekhti ?
Elle joue ma mère, je joue mon père. Il y a Gérard Darmon, Alexandre Astier, Michel Vuillermoz de la Comédie Française, Zabou Breitman. Je n’ai forcé personne, ils sont vraiment venus pour l’histoire. Le sujet est tellement atypique, personnel et fédérateur à la fois. Cela m’a ouvert toutes les voies du cinéma en deux secondes cinquante. J’ai eu droit aux meilleurs acteurs, aux meilleurs techniciens. Tout le monde a voulu s’impliquer pour donner à ce film.

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