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Le Département fait un geste pour les librairies indépendantes

Jeudi 18 octobre 2014, le Conseil général a adopté en séance plénière l’exonération d’une taxe qu’il percevait jusqu’ici de la part des librairies indépendantes. Une mesure qui, si elle reste soumise à certaines conditions, témoigne de la volonté du Département de soutenir le tissu des librairies indépendantes.

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Sur ce coup-là, Jacques-Etienne Ully se dit satisfait. Ce gérant de la librairie « Folies d’Encre- Un autre monde » installée à Aulnay-sous-Bois et président de l’association Librairies 93, voit d’un bon œil l’exonération de la part départementale de la contribution économique territoriale (CET) - en fait l’ancienne taxe professionnelle - qui a été décidée jeudi à l’unanimité par le Conseil général.

Même si la mesure est partielle - elle ne s’applique qu’aux 7 librairies indépendantes de Seine-Saint-Denis possédant le label LIR de la part du Ministère de la Culture mais s’étendra à toutes les autres qui obtiendront ce label - la plupart des professionnels du département estiment qu’elle va dans le bon sens.

En choisissant de se passer de cette taxe – quelque 2000 euros en moyenne à l’année pour chaque libraire – le Département souhaite en fait apporter son soutien à un secteur fragile, mais essentiel à la vitalité du territoire.

« Même si cette exonération est plus symbolique qu’autre chose, on l’accueille très favorablement, explique ainsi Jacques-Etienne Ully. Psychologiquement, c’est positif parce que cela prouve que la puissance publique pense à nous. Et puis, nos marges sont tellement faibles que même 2000 euros ne sont pas négligeables. Ca va par exemple permettre d’embaucher quelqu’un en extra à Noël ou de passer un coup de peinture sur les murs », analyse ce libraire installé depuis 2005 à Aulnay et dont le chiffre d’affaires se monte à 400 000 euros.

Pour les 17 librairies indépendantes que compte à ce jour la Seine-Saint-Denis, toutes les aides sont bienvenues : leurs marges extrêmement faibles doublées de loyers souvent élevés et la concurrence de la grande distribution ou de géants de l’internet comme Amazon les placent en effet dans une situation de précarité. « A cela s’ajoute une spécificité locale : le livre, comme tout produit culturel, coûte cher et en Seine-Saint-Denis, le pouvoir d’achat est plus faible qu’ailleurs », rappelle Jacques-Etienne Ully.

Même son de cloche chez Jean-Marie Ozanne, fondateur en 1981 à Montreuil de « Folies d’Encre », la toute première librairie indépendante du département et qui compte entre temps 7 autres librairies dans son réseau.

« Tous les coups de pouce sont bons à prendre, explique-t-il. Je ne peux pas vous dire ce que cette exonération représente exactement à l’année, mais il est sûr que cela va nous permettre d’assurer le rôle culturel qui est le nôtre. Par exemple, nous recevons toutes les semaines un auteur. Mais ces animations représentent des coûts : il faut payer l’équipe qui reçoit l’auteur, les affiches faites pour l’occasion. De ce point de vue, cette exonération représente une aide appréciable ».

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Transmettre le goût de la lecture, assurer l’attraction culturelle d’un lieu, contribuer à faire vivre une ville, c’est ainsi que ces libraires perçoivent leur profession. Et c’est pour les aider dans cette tâche que le Département a donc choisi d’arrêter de percevoir cette taxe. « L’aide peut paraître assez peu significative, mais au moins nous envoyons un signal. Par ailleurs, on ne peut pas parler de manque à gagner pour le Département », a estimé en séance Emmanuel Constant, vice-président du Conseil général en charge de la culture.

Pour autant, les libraires indépendants appellent à en faire davantage pour préserver le tissu existant en Seine-Saint-Denis.
« Il faut souhaiter que les pouvoirs publics aillent plus loin dans leur défense des libraires indépendants. Un des leviers d’action est notamment celui des commandes publiques, insiste Jean-Marie Ozanne qui regrette que beaucoup d’intercommunalités fassent peu des cas des libraires indépendants. « Beaucoup d’entre nous ne peuvent pas lutter face à un grossiste qui se fait fort de répondre à un marché de 5 ou 6 bibliothèques. Certains pouvoirs publics ont ainsi l’illusion de faire des économies, mais ce n’est qu’une illusion. »
Et Jacques-Etienne Ully d’appeler aussi les communes à soutenir les librairies par une politique de loyers qui leur soit favorable. « On voit qu’aujourd’hui la plupart des librairies qui résistent ont des loyers ultra-modérés. Si les villes veulent conserver leurs librairies ou même en faire naître de nouvelles, il faut créer les conditions pour cela, louer des locaux à des taux préférentiels et proposer des baux adaptés ».

Christophe Lehousse

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