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Le Boxing Beats relève le gant

Fondée en 1999, la structure d’Aubervilliers, qui compte à ce jour quelque 200 adhérents, a réussi son pari d’être plus qu’un club de boxe : grâce à différents ateliers, elle incite aussi ses jeunes à ne pas délaisser l’école ou à construire un projet professionnel.

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@Yonathan Kellerman

« Allez, les gars, on commence par un petit footing ! » Comme tous les mardis soirs, Saïd Bennajem et Sounil Louazani, les deux entraîneurs du groupe seniors, descendent de la mezzanine du Boxing Beats pour entraîner le groupe des boxeurs amateurs. La sono crache du reggaeton latino, les gouttes de sueur commencent à perler sous l’effet du shadow boxing, le bruit des scratches des gants se mélange à celui, plus mat, des coups donnés dans les sacs.

Pendant ce temps, Annasse, Montasar et quelques autres jeunes boxeurs grimpent eux l’escalier menant à l’étage, sous le regard taquin d’un Mohammed Ali peint sur le mur. Leur entraînement a beau être terminé, ils ne partent pas pour autant, mais se réunissent autour de David Molina. Depuis septembre dernier, ce photographe a en effet monté un atelier, « Poings à la Ligne », qui entend donner aux jeunes boxeurs, collégiens ou lycéens, le goût du reportage de sport assorti de quelques photos.

Ce soir, c’est Annasse qui s’y colle, avec les interviews filmés de trois boxeuses du club. Face à Maily Nicar, encore auréolée de son tout récent titre de championne de France (voir portrait), le jeune collégien s’en sort bien, et mène parfaitement son entretien, qui sera visible à terme sur le blog du club.

Car le Boxing Beats, c’est aussi ça : loin de ne privilégier que la pratique du haut-niveau, la structure d’Aubervilliers veut aussi accompagner ses jeunes dans leurs projets de vie ou leur faire retrouver goût aux études. Pour Saïd Bennajem, fondateur du club et ancien champion amateur et professionnel, l’un ne saurait en effet aller sans l’autre.

« Quand j’ai créé le club, c’était inconcevable pour moi de n’axer que sur le sportif », témoigne cet enfant d’Aubervilliers. Car Bennajem a beau avoir été l’un des meilleurs boxeurs français des années 90, représentant notamment la France aux Jeux de Barcelone, il sait trop bien qu’il ne faut pas tout sacrifier au noble art. « La boxe, ça ne dure qu’un temps. C’est un super outil, mais il faut aussi que ça débouche sur un après. Au Boxing Beats, on veut donc former des boxeurs, bien sûr, mais ce qui nous importe avant tout, c’est leur réussite sociale. C’est même plus important à nos yeux qu’un titre. »

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Voilà pourquoi au Boxing Beats, le stylo ou la caméra ne sont jamais très loin des gants de boxe. Le club, évidemment, ne perd jamais de vue l’excellence sportive : sa cinquantaine de titres de champions de France et un titre de championne du monde ramené par Sarah Ourahmoune en 2008 plaident pour lui. Mais le club d’Aubervilliers n’a pas que les yeux rivés sur le ring...

Outre l’atelier sur le photojournalisme, récemment récompensé par un prix d’une Fondation d’entreprise pour l’éducation, le club a aussi mis en place un atelier de soutien scolaire animé tous les mercredis après-midi par Mounia, boxeuse et institutrice à la ville.

Et pour beaucoup de jeunes, ça marche... Henrique Lopes Nogueira, 16 ans dont 8 ans au Boxing Beats, interrompt ainsi ses gammes face au sac pour nous confier : « La boxe ici, ça m’a beaucoup aidé, y compris scolairement. Avant, j’étais assez perturbateur, je faisais pas mal de bêtises. A ce moment-là, Saïd m’a dit que si je n’assurais pas à l’école, je serais privé de boxe et ça m’a bien fait réagir. Avec l’aide aux devoirs, j’ai aussi augmenté mes notes. Ici, c’est comme une deuxième famille pour moi ».

Toujours en mouvement comme Ali sur un ring, le Boxing Beats tente de ne pas se reposer sur ses lauriers, d’expérimenter de nouvelles formules, avec le soutien entre autres du Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Récemment, il s’est aussi doté d’un autre atelier, baptisé « Caméra aux poings », à l’initiative de Sarah Ourahmoune. « Il s’agit de faire découvrir différents métiers à des jeunes boxeurs qui ont déjà une petite envie d’orientation, mais qui demande encore confirmation. En leur faisant passer une après-midi entière avec un professionnel de leur choix, ils peuvent se faire une idée plus précise du métier en question », explique cette figure tutélaire du club, qui jongle entre ses activités de chargée de projet pour le Boxing Beats, de cheffe d’entreprise et son dernier défi : une qualification pour les Jeux de Rio.

Victor, 16 ans, a ainsi pu rencontrer la cuisinière Naoëlle, récente gagnante de l’émission culinaire « Top Chef ». Imene prépare elle son questionnaire à une hôtesse de l’air, le métier dont elle rêve depuis toute petite. Et Laura, 15 ans, va bientôt échanger avec un journaliste de L’Equipe. « Journaliste, c’est un métier qui m’attire parce que je suis curieuse et que je m’intéresse à plusieurs sujets, au sport en particulier. C’est super que le club nous fasse ainsi profiter de ses contacts. »

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Ces témoignages font la fierté de Saïd Bennajem, qui sait toute la force de conviction qu’il faut parfois pour faire raccrocher certains jeunes à l’école. « On en voit parfois qui ne se projettent plus dans l’avenir, qui sont désabusés, explique-t-il. Le but, c’est de leur donner une plus haute estime d’eux mêmes. Très souvent, ils pensent qu’ils ne sont pas capables de faire des choses. Nous on leur dit que s’ils savent encaisser des coups, avoir une stratégie sur un ring, ils sont aussi capables d’être à la hauteur dans la vie ». L’entraîneur-éducateur, fidèle aux valeurs d’humilité de la boxe, file toutefois la métaphore jusqu’au bout : « Attention, on ne prétend pas sauver tout le monde. C’est comme en boxe, parfois on gagne, et parfois on perd ». Saïd Bennajem, 22 combats dont 18 victoires pro, avait toutefois plutôt l’habitude de l’emporter..

Christophe Lehousse

N.B : A noter que le Boxing Beats organise deux galas de boxe le 13 mars et le 3 avril prochains. Le 13 mars, l’Espace Fraternité d’Aubervilliers accueillera ainsi 15 combats amateurs avec de nombreux boxeurs de Seine-Saint-Denis et la demi-finale du Tournoi de France chez les pros (lourds-légers), qui opposera Cyril Maikadi (Noisy-le-Sec) à Anthony Carpin (Argenteuil). Le programme complet sur le site du Boxing Beats : http://boxingbeats.net/

Portrait
Maily Nicar, météorite de la boxe
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Lorsqu’elle arrive ce mardi soir dans la salle du Boxing Beats, les boxeurs s’arrêtent un temps. Pas d’applaudissements, gants obligent, mais le cœur y est. Saïd Bennajem joue les messieurs loyaux : « Mesdames et messieurs, Maily Nicar, nouvelle championne de France amateure en -69kg ! »

La jeune Guadeloupéenne, un rien gênée, s’empresse de se changer et de mettre les gants face à Christelle Barbot, une autre boxeuse du club. Maily Nicar a le triomphe modeste : « ça m’a demandé beaucoup de travail pour arriver jusque-là ».

Mais ce que l’athlète passe sous silence, c’est qu’elle n’a que 8 mois de boxe anglaise et tout juste 6 combats derrière elle ! Certes, elle était auparavant passée par la boxe thaïlandaise, mais tout de même... A écouter la jeune femme dérouler son parcours, la prouesse apparaît cependant des plus naturelles. « J’ai commencé par l’athlétisme chez moi, en Guadeloupe. J’y ai fait de l’heptathlon et du pentathlon pendant 10 ans. Puis je suis allée en Martinique pour y entamer mes études de médecine et du point de vue sportif, j’ai eu envie de changer du tout au tout ».

Et effectivement, le changement est radical : la sportive longiligne passe du tartan à la tatane, de l’athlétisme à la boxe thaï. Surprenant ? « Pas plus que ça. J’ai constaté que j’avais ce sang-froid pour encaisser des coups. Et puis, vous savez, j’en reçois mais j’en donne aussi pas mal, ça s’équilibre », sourit-elle doucement.

Mais en avril 2012, Maily Nicar est stoppée dans son élan par un traumatisme crânien. « Ca m’a obligée à arrêter net, et puis l’ambiance du muay thaï ne me plaisait plus... » Mais, battante dans l’âme, la jeune femme se remet bien vite en selle. « Mon cousin, préparateur physique à l’INSEP, m’avait parlé du Boxing Beats en précisant qu’ils avaient notamment de très bons résultats chez les filles. Je suis venue et ça a tout de suite accroché »

Rien d’étonnant à cela, dans la mesure où la jeune athlète partage aussi totalement le discours de Saïd Bennajem sur le projet de vie en parallèle de la carrière sportive. Pas question ainsi pour l’Antillaise de lâcher ses études de kiné, dont elle prépare le master. Même si cela suppose de fréquents allers-retours entre l’Université libre de Bruxelles, lieu de ses études, et Aubervilliers. Maily Nicar, c’est donc la tête, les jambes et les poings qui vont avec...

A 23 ans, elle paraît bien armée pour marcher dans les traces de Sarah Ourahmoune, sacrée quant à elle championne de France pour la 9e de fois de sa carrière. Mais à l’inverse de sa glorieuse aînée, la nouvelle championne tricolore hésite pour l’instant à identifier les Jeux de Rio comme son objectif premier. « Je veux aller le plus loin possible, mais je ne vois pour l’instant pas plus loin que les 4 combats que j’ai prévus jusqu’à mai ». Le prochain aura lieu dans son nouveau chez elle, le 13 mars à Aubervilliers, face à une boxeuse belge.

CL

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