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Le Bourget à travers la lunette d’un écrivain

Bruno Gibert, auteur-illustrateur, se décrit lui-même comme « un rêveur ». Lui qui est passionné d’aviation au point d’y avoir consacré un roman – Tragédies en kit – et qui fut accueilli en 2014-2015 en résidence au Musée de l’Air et de l’Aviation du Bourget, à l’initiative du Conseil départemental, sait trouver les mots pour parler de cet endroit à la fois chargé d’histoire et tourné vers le futur. Embarquement immédiat.

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Quel souvenir gardez-vous de votre résidence d’écrivain au Bourget ?

« Un très bon souvenir. Le moment qui me revient en tête est celui où je suis encore seul dans le musée, le matin, et où j’attends l’arrivée des enfants. C’était magique d’être un instant seul dans ce lieu qui se caractérise par son côté très calme et très étendu. Il n’y a pas beaucoup de musées au monde où vous avez à la fois des espaces intérieurs – les salles d’exposition – et extérieurs – le tarmac. »

Avez-vous un modèle préféré dans ce musée ?

« J’aime beaucoup la salle bleue, celle du hall E, avec les premiers avions à réaction, qui datent des années 50. Je suis notamment impressionné par un avion Leduc, entièrement chromé, avec un corps très fuselé et de toutes petites ailes. Il ressemble un peu à la fusée de Tintin. »

D’où vous vient cette passion pour l’aviation ?

« Pour partie de l’enfance. Quand j’étais petit, mon père m’emmenait à Orly pour aller voir décoller les avions. C’était alors une activité à part entière. On n’y allait pas pour prendre l’avion, on y allait pour admirer les avions. Il y avait d’ailleurs des terrasses ouvertes exprès pour cela. Mon frère aussi a pris le virus, mais lui est plus attiré par la technique. Moi, je suis plus rêveur : tout ce monde aérien me fascine. Et puis, enfant, j’ai aussi construit beaucoup de maquettes d’avions, je pouvais y passer des heures. Enfin, qui dit avion dit voyage et j’adore aussi voyager. »

Justement, dans « Tragédies en kit », un de vos romans, vous parlez d’un voyage qui ne se fait pas à cause de l’éruption du volcan islandais en 2010…

« Oui, là, c’est l’antithèse du voyage. Ce sujet m’intéressait parce que je pouvais imaginer une espèce de parenthèse dans la vie des gens. Que devient un voyageur quand il n’arrive plus à voyager ? C’est la question que je m’étais posée. C’était comme imaginer une bulle – l’attente - dans une autre bulle, puisqu’un aéroport est lui aussi un peu hors-sol, une ville dans la ville… »

Un aéroport comme Le Bourget, c’est inspirant pour l’illustrateur ou l’écrivain que vous êtes ?

« Oui, et comment ! Il y a le côté aéroport d’affaires. Dans ce sens, Le Bourget, ça devient un monde de fantasmes. On peut rêver et broder sur ces puissants qui voyagent par leurs propres moyens. A l’époque de ma résidence, on avait d’ailleurs fait une visite de l’aéroport avec son directeur, escortés par un camion de pompiers. Je me rappelle qu’une des choses qui m’avaient surpris, c’est le côté « vie sauvage ». C’est un peu insolite, mais comme c’est un lieu clos, il y a des lapins, des oiseaux, des mulots, des renards, chose à laquelle on ne pense pas tout de suite pour un aéroport. »

Et puis le Bourget, c’est aussi le lieu des premiers exploits de l’aviation…

« Bien sûr. C’est l’arrivée de Charles Lindbergh après sa traversée de l’Atlantique en 1927, c’est la tragédie de Nungesser et Coli… Mais on peut même remonter à avant ça. Il y a au Musée du Bourget une salle consacrée à ce vieux rêve de voler qu’a toujours eu l’homme. On y voit des plans de machines à voler improbables, ça fait penser à Jules Verne ou, pour parler BD, à Schuiten et Peeters. Forcément, pour un auteur-illustrateur, ça parle. »

Retrouve-t-on quelques-unes de ces incroyables machines dans vos livres pour enfants ?

« Oui, dans « Un Roi vu du ciel », qui raconte le premier vol en ballon en présence du roi Louis XVI. A l’époque, on y avait mis une poule, un mouton et un canard, les premiers voyageurs aériens du monde, parce qu’on pensait que, passée une certaine altitude, les êtres vivants ne pouvaient pas survivre. Et pour dessiner le ballon, je me suis justement inspiré de la réplique en miniature du célèbre ballon des frères Montgolfier que l’on trouve dans une des premières salles du Bourget. C’est un très bel objet, avec des motifs sur la toile comme les signes du zodiaque ou le Roi Soleil. »

Enfin, vous souvenez-vous de la première fois où vous avez pris l’avion ?

« Oui, très bien. C’était pour aller en Grèce et d’ailleurs c’est marrant parce qu’on partait du Bourget. C’était peut-être un des derniers vols au départ du Bourget. On partait tard le soir dans un énorme quadrimoteur à hélices d’une compagnie bulgare, qui faisait un boucan de tous les diables. Je vous avoue que je n’étais pas très rassuré. En revanche, je me souviens qu’on était rentrés avec une Caravelle et à cette époque, ça me semblait l’avion le plus moderne du monde. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

Bruno Gibert en bref

Auteur-illustrateur, Bruno Gibert s’est notamment fait connaître pour ses livres pour enfants. On lui doit notamment « Le Petit Gibert illustré », une parodie de dictionnaire pétillante d’humour et de fantaisie. Mais ce passionné d’aviation et de trains ne goûte pourtant guère les classes et les compartiments. L’auteur de 54 ans s’est donc aussi mis à l’écriture de romans, dans lesquels il cultive une autre part de son imaginaire. L’éruption du volcan islandais en 2010, qui avait cloué au sol une bonne partie des avions de l’hémisphère nord, lui a par exemple inspiré « Tragédies en kit », des histoires de voyage avorté. Son prochain travail sera à nouveau un livre illustré, où Bruno Gibert se plaira cette fois à revisiter les lois du vivant et de la science en général. « Ce sera un pastiche de ce qu’on appelait dans le temps un livres de leçons de choses, aujourd’hui on dirait de SVT. Je ferai comme si Buffon s’était trompé de A à Z. » Décidément, ça plane pour Bruno Gibert.

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