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Le B.A BA du climat avec un scientifique

Avant la conférence internationale sur le climat qui se tiendra au Bourget du 30 novembre au 11 décembre 2015, Alain Mazaud, climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), à Gif-sur-Yvette (Essonne), nous explique les enjeux de la lutte contre le réchauffement climatique.

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Quel est le lien entre émissions de CO2 et réchauffement climatique ?

« Le soleil nous envoie de l’énergie lumineuse. Au contact de la matière, cette énergie lumineuse est transformée en chaleur et veut repartir. Or les gaz à effet de serre, dont le CO2, retiennent cette chaleur qui, du coup, fait monter la température. C’est un peu comme une couverture invisible, d’autant plus forte qu’il y a déjà un effet de serre naturel. Celui-ci est le résultat de la vapeur d’eau et du gaz carbonique. Seulement, la combustion des énergies fossiles (pétrole, gaz) dont nous nous servons prioritairement aujourd’hui accroît sensiblement cet effet de serre naturel, en émettant beaucoup de gaz carbonique supplémentaire. »

Quelles sont et seront les conséquences du réchauffement climatique observé ?

« Il y a des conséquences globales : l’élévation de la température provoque la fonte de certaines glaces continentales, ce qui, avec la dilatation de l’eau, fait monter le niveau des océans. On peut aussi évoquer l’acidification des océans, due au fait que le gaz carbonique qu’ils captent a un caractère acide. Cela peut gêner le développement de certaines espèces, comme les coraux. Et puis, il y a des interrogations sur certains phénomènes climatiques violents : il n’est pas exclu que le réchauffement favorise certaines tempêtes ou cyclones, même si le lien n’est pas formellement établi. »

L’objectif de contenir le réchauffement à 2 degrés d’ici 2100, qui doit être formalisé à la COP21, est-il envisageable ?

« Oui, c’est envisageable, mais il ne suffit pas de parvenir à un accord, il faut aussi le tenir sur la durée. Contenir le réchauffement à 2 degrés, cela veut dire réduire les émission de gaz à effet de serre à 7 % par an. C’est un effort assez important. En tout cas, certains signes sont encourageants : récemment, les Etats-Unis et la Chine, les deux plus grands émetteurs de GES de la planète, se sont mis d’accord pour réduire fortement leurs émissions, les Etats-Unis parlant même d’une diminution de 26 à 28 % d’ici 2025. Il faut continuer dans cette voie. »

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) prévoit plusieurs scénarii selon notre capacité à réagir face au réchauffement climatique. Si rien n’est fait, qu’a-t-on à redouter ?

« Si rien n’est fait, le GIEC prévoit une élévation de la température d’environ 4 degrés d’ici 2100. Ce serait très problématique et induirait quantité de problèmes sociétaux. Actuellement, 400 parties par millions (ppm) de CO2 sont présentes dans l’atmosphère, alors qu’à l’époque pré-industrielle, on était à 280. Il faudra un gros effort pour stopper cette tendance d’augmentation et il faut agir dès maintenant car le système climatique a de l’inertie : les conséquences de notre consommation d’aujourd’hui auront un impact dans quelques dizaines d’années.

Peut-on chacun d’entre nous faire quelque chose pour le climat ou le combat se situe-t-il à une autre échelle ?

« Non, le combat se situe à tous les niveaux. Au niveau individuel aussi, il est possible d’agir. Certes, beaucoup d’entre nous ont besoin d’une voiture, mais on peut aussi en acheter une qui consomme moins ou privilégier les transports en commun. Il y a ensuite l’échelle des aménagements territoriaux, où il faut réfléchir aux infrastructures des villes pour favoriser les économies d’’énergie. Et puis, il y a bien sûr l’échelle internationale. Mais aucune ne doit être négligée, il faut jouer sur tous les leviers. »

Vous étudiez notamment le climat du passé. Que peut-il nous apprendre ?

« Etudier le climat passé nous en apprend plus sur ses mécanismes, car le climat est un système complexe. En étudiant les carottes glaciaires - des forages dans la banquise – on peut par exemple savoir s’il y a eu des variations naturelles. On sait ainsi qu’il y a 125000 ans, nous étions dans une période naturellement chaude, comme aujourd’hui. Il faisait même naturellement 3 ou 4 degrés de plus qu’aujourd’hui. Dans ces conditions, il est intéressant de voir comment le système s’était comporté à l’époque puisque c’est ce vers quoi nous allons. Des études sont ainsi en cours pour savoir si le Groenland avait partiellement fondu, ce qui serait une menace future pour la planète. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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