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La prépa santé, un pari sur l’avenir

Lancée en 2012, la prépa santé de Paris XIII à Bobigny, seul dispositif public de ce type en France, mis en place avec le soutien du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, est un bon outil pour lutter contre le manque de médecins dans le département. Il commence à porter ses fruits.

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Journée portes ouvertes à l’Université Paris XIII, campus de Villetaneuse. Anna, en 1ère S au lycée Jean-Renoir de Bondy, assiste à la présentation du cursus de médecine en même temps que tout un amphithéâtre de jeunes gens potentiellement intéressés par cette carrière. « Aider les gens, en particulier les enfants », Anna a toujours voulu faire ça et se verrait bien chirurgienne. La jeune femme tend particulièrement l’oreille lorsque leur est présenté un dispositif novateur, l’APES ou Année Préparatoire aux Etudes de Santé.

Unique en France, cette prépa publique créée conjointement par l’université Paris XIII et le Conseil départemental existe depuis trois ans. Son but : « donner les moyens à des élèves méritants de la Seine-Saint-Denis de réussir le cursus de médecine, connu pour être long et difficile », explique Brigitte Martin-Pont, responsable pédagogique de ce dispositif à Paris XIII. En contrepartie, Université et Département espèrent sensibiliser ces jeunes étudiants au manque de médecins en Seine-Saint-Denis pour les amener à s’installer sur le territoire.

La désertification médicale est en effet un des maux contre lesquels le Département ne cesse de se battre. Au 1er janvier 2012, le territoire comptait ainsi 128 médecins généralistes pour 100000 habitants contre 158 en Ile-de-France (ou en France), ratio encore plus défavorable pour la médecine spécialisée (148 spécialistes pour 100000 habitants en Seine-Saint-Denis, contre 243 en Ile-de-France et 179 en France métropolitaine).

Pour lutter contre ce phénomène, les responsables de l’Université Paris XIII et les personnels du Conseil départemental ont donc eu en 2012 l’idée assez originale de cette prépa médecine. « De concert avec le doyen de l’UFR Santé, Médecine, Biologie humaine Jean-Luc Dumas, nous nous étions dit qu’il ne fallait pas rester les bras croisés, mais penser à des dispositifs inventifs », explique Hédia Aït-Kaci, chargée de la veille sanitaire et sociale pour le Département.

Depuis 3 ans, le Conseil départemental débloque ainsi chaque année 50000 euros pour assurer le bon fonctionnement de ce dispositif qui entend à la fois ouvrir les études de santé à toutes les classes sociales et fidéliser les futurs médecins sur le territoire. « Nous nous sommes aussi basés sur une étude du Conseil de l’Ordre des médecins qui démontrait que les étudiants de médecine qui avaient fait l’intégralité de leur scolarité en Seine-Saint-Denis avaient aussi tendance à s’y établir en tant que professionnels. », développe Hédia Aït-Kaci.

Et de fait, cela semble être le cas. Parmi les 4 étudiants de l’APES présents ce jour-là pour expliquer à leurs potentiels successeurs les avantages d’une prépa de ce type, tous se disent plutôt motivés par le fait de rester par la suite dans le département. « Si je décroche le concours, je pense ensuite exercer en Seine-Saint-Denis dans la mesure où j’y ai fait toute ma scolarité » affirme Melyssa, jeune habitante de Bondy de 18 ans, qui aimerait devenir psychiatre. « Oui, je compte rester en Seine-Saint-Denis si je le peux », déclare de son côté Stéphane, 19 ans, ex-bachelier à Epinay, avec cette justification à la clé : « il y a des hôpitaux assez prometteurs dans les environs, comme celui d’Avicenne ».

Trois ans après sa création, le bilan de cette prépa est plutôt encourageant. Sur la toute première promotion, celle de 2012-2013, 7 étudiants sur 14 inscrits avaient validé leur année préparatoire, l’un ayant ensuite réussi le concours de médecine au premier essai tandis que 3 autres le retentaient cette année. En 2013-2014, le ratio est sensiblement le même : sur les 22 élèves parvenus en fin d’année, 8 ont obtenu leur prépa et se sont présentés cette année au concours de médecine.
« Mais s’ajoutent à cela des élèves qui ont intégré des écoles d’infirmiers ou se sont engagés dans des études de kiné », pointe Brigitte Martin-Pont qui insiste sur les nombreuses possibilités de passerelles ou d’équivalences que donne aussi cette prépa. « Pour les étudiants qui s’aperçoivent en cours d’année que le concours de médecine va être trop relevé pour eux, il reste toujours la possibilité de bifurquer vers d’autres voies, grâce par exemple à des cours qu’ils ont en commun avec d’autres licences, comme les sciences de la vie ou STAPS. Ainsi, l’année n’est pas perdue », souligne-t-elle.

Autre aspect de l’APES grandement apprécié par ses étudiants : le confort de leurs conditions de travail. « Ce qui est bien, c’est qu’en travaux dirigés - qui composent l’essentiel de notre formation - nous sommes 7 avec le prof ! », fait remarquer Sara, qui rêve elle de devenir médecin généraliste ou spécialiste en chirurgie cardiaque.
30 enseignants pour une promo d’environ autant d’élèves, c’est en effet un luxe quand on connaît ensuite le rapport de la première année de médecine : 60 professeurs pour environ 1200 étudiants. Une année idéale donc pour s’habituer au rythme de l’université, combler ses lacunes dans les matières fondamentales ou encore découvrir les différentes professions du secteur hospitalier ou paramédical. « Car c’est aussi l’un des grands points forts de cette prépa : le fait qu’elle confronte directement les étudiants aux différents secteurs médicaux », insiste Brigitte Martin-Pont.

En plus de leurs cours qui se déroulent sur le campus de Bobigny, les 21 élèves de la promo en cours auront ainsi visité un centre de PMI (protection maternelle et infantile), vu travailler un centre de dépistage de la tuberculose et arpenté tous les différents laboratoires de l’hôpital Avicenne. « C’est important, car la Seine-Saint-Denis ne manque pas que de médecins. Elle a aussi un déficit en professions paramédicales, en médecins de PMI, en techniciens de laboratoire… », souligne Hédia Aït-Kaci.

Après ce tour d’horizon, Anna et ses amies Tiffany et Nadia, venues avec l’idée qu’il faudrait tout de suite sauter dans le grand bain de la première année de médecine, sans transition intermédiaire, se disent un peu rassurées. L’inscription en APES, oui, elles vont y songer. Et elles aussi se disent motivées par le fait de rendre à leur territoire ce qu’il leur aura donné.

Christophe Lehousse

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La prépa santé en bref :

- Les pré-requis pour s’y inscrire : être un bachelier de Seine-Saint-Denis, avoir un dossier satisfaisant, faire preuve d’une grande motivation
- Les modes de candidature : sur dossier, via la plateforme en ligne https://www.admission-postbac.fr/ ou plus tard, en début d’année universitaire, suite à un entretien avec les responsables
- Le coût d’une inscription : 186 euros, le prix d’une inscription universitaire (5 euros si l’étudiant est boursier)
- 530 heures de cours à l’année parmi lesquelles des matières de base (maths, physique, sciences sociales) et de nouvelles disciplines médicales (anatomie, découverte de l’imagerie médicale, découverte du milieu de la santé)
- Pour valider l’année : obtenir 30 crédits ECTS sur l’ensemble des 60 de l’année

Pour plus d’informations : http://www-smbh.univ-paris13.fr/formations/classe-preparatoire/apes.html ou téléphone : 01 48 38 84 56

Les autres dispositifs mis en place pour lutter contre le manque de médecins en Seine-Saint-Denis :

- Une bourse mensuelle de 1000 euros pour les médecins de PMI 
Pour attirer les médecins dans les centres de PMI, un secteur actuellement déficitaire, le Département propose aux étudiants en dernière année de médecine de signer un contrat d’engagement de service public. Le principe : s’engager en contrepartie à travailler pendant trois ans en PMI.

- Une bourse mensuelle de 1200 euros, à l’initiative du Ministère de la Santé, en lien avec l’Agence régionale de santé (ARS). La logique est la même que pour les médecins de PMI, sauf qu’il s’agit là plus généralement de tous les domaines déficitaires de la médecine et de l’odontologie (site : http://www.sante.gouv.fr/le-contrat-d-engagement-de-service-public-cesp.html)

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Le témoignage de deux anciens de la prépa santé :

Yassine Touil, 22 ans, en 2e année de médecine, passé par la promo 2012-2013 :

« La prépa santé, ça a vraiment été très positif pour moi. Déjà, ça a marché puisque j’ai obtenu le concours de médecine l’année dernière. Et puis, je dirais que c’est une très bonne année de transition entre le lycée et la fac, deux environnements de travail qui n’ont rien à voir. Moi, après un bac S, j’ai fait une année sabbatique. Je ne me voyais donc pas tenter immédiatement les concours de médecine. Pour cela, l’APES a été un échauffement parfait. Je ne sais pas encore quelle va être ma spécialisation en médecine. En revanche, ce qui est prévu, c’est que je reste en Seine-Saint-Denis. Toute ma famille vit ici et autour de moi, pas mal de gens galèrent pour trouver un médecin. La moindre des choses, c’est donc d’essayer de leur renvoyer l’ascenseur. D’autres solutions pour lutter contre le manque de médecins en Seine-Saint-Denis ? Je ne sais pas, il y a quand même déjà pas mal d’aides qui sont mises en place. Il faut aussi attendre qu’elles portent leurs fruits. Après, c’est toujours la même chose : des inconvénients d’exercer en Seine-Saint-Denis, il n’y en a pas. Il faut juste battre en brèche cette image complètement erronée dont souffre la Seine-Saint-Denis. »

Dounia Ghezli, 20 ans, a retenté cette année le concours de médecine (PACES), passée par la promo 2012-2013

« La prépa santé est un bon outil pour les étudiants qui, comme moi, ont besoin d’un sas transition du lycée à l’université. Quand je suis arrivée à Paris XIII-Villetaneuse, je sortais d’un bac ST2S (sciences et technologies de la santé et du social), pas d’un bac S. Rien que ça, ça me freinait pour me lancer directement en première année de médecine. J’ai quand même fait 2 semaines en attendant qu’ils m’acceptent en prépa et j’ai vu réellement comment c’était. On est dans des amphis de 600 places, c’est impressionnant quand on sort du lycée. On a à peine le temps d’encaisser la vie à la fac qu’on doit absolument réviser les cours de la journée pour éviter d’avoir du retard. Ces 2 semaines ont été épouvantables pour moi donc la prépa était la meilleure solution. Ensuite, grâce à cette prépa, mon mental s’est renforcé et j’avais moins peur du concours PACES. Là, je l’ai retenté et j’attends les résultats. Honnêtement, prépa ou non, je comptais rester en Seine-Saint-Denis. La majorité de ma famille est ici et je ne me vois pas à des kilomètres d’eux. De plus, sachant qu’il n’y a pas beaucoup de médecins dans le 93, on devrait facilement s’y installer non ? »

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