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La comète Buniatishvili

Régulièrement, la pianiste Katia Buniatishvili vient illuminer le ciel de Saint-Denis. Chacune de ses apparitions est un événement, un rendez-vous de longue date. Son jeu fait naître toujours plus d’émotions dans le monde entier. Son passage lors du festival de Saint-Denis, le samedi 14 juin, en récital avec sa sœur Gvantsa a laissé des marques. Faites un vœu : qu’elle revienne encore…

Propos recueillis par Georges Makowski

C’est la troisième fois que vous venez à Saint-Denis, (2010 et 2011). Ce festival a-t-il quelque chose de particulier ?

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« Oui, l’ambiance est calme ! Je joue plus de cent concerts par an et certains sont plus stressants. A Saint-Denis c’est comme si des amis avaient décidé de partir de Paris, d’être ensemble et de jouer de la musique. C’est très agréable et c’est pour cela que je reviens chaque année ! »

En 2011 vous y avez joué avec Renaud Capuçon et vous donnez régulièrement des concerts ensemble. Comment choisissez-vous vos partenaires ?
« C’est très facile ! Je suis ouverte pour essayer de nouveaux partenaires, durant les festivals par exemple. Nous pouvons être très différents mais si dans le même instant nous ressentons les mêmes choses, je continue de jouer avec ce partenaire. C’est le cas avec Gidon Kremer, Renaud Capuçon… »

Et avec votre sœur je suppose…
« Oui, nous jouons ensemble depuis que nous sommes toutes petites ! Auparavant surtout des musiques à quatre mains. Depuis quelques années nous jouons sur deux pianos car nous avons compris qu’un seul piano ne nous suffisait pas ! (rires) Nous sommes très différentes Gvantsa et moi, tout en ayant les mêmes goûts. Cela crée du contraste mais toujours harmonieux, sans rupture. »

Lorsqu’on vous voit jouer on perçoit vraiment une joie manifeste...
« Tout à fait ! Cela me change des moments de sérénité, de solitude avec l’instrument. J’ai aussi envie de m’éclater un peu avec ma sœur ! Nous faisons une petite tournée, nous allons jouer à Saint-Denis, Vienne, en Allemagne… Nous voyageons toutes les deux, jouons, nous nous amusons… Deux meilleures copines ensemble ! »

Lorsque vous jouez en concert, ressentez-vous la présence du public ?
« Je sens son énergie bien sûr. Il me donne l’adrénaline qui fait jouer différemment qu’en studio d’enregistrement. Mais sur scène j’essaie, et je parviens souvent à oublier qu’il y a des gens dans la salle. J’oublie le public, la situation du concert, jusqu’à moi-même. Je me concentre sur l’écoute totale du son. C’est un sentiment d’extase et on ressent probablement dans mon jeu que je suis un peu ailleurs. »

Est-ce qu’il vous arrive, comme les comédiens de l’Actor’s studio qui appliquent la méthode Strasberg, de puiser dans votre propre affect pour créer l’émotion ?
« Ça peut arriver aussi, il y a des moments très variés pendant le concert et on ne trouve pas véritablement une recette idéale. Mais pour moi, tout passe avant tout par l’écoute de la musique. La concentration est importante, mais l’oubli est plus important encore. En fait nous travaillons d’abord énormément avec l’instrument, seuls, dans le respect de l’œuvre, fidèles au compositeur. Même si je pense qu’une certaine liberté dans l’interprétation est permise. Ensuite sur scène il faut parvenir à oublier tout cela et se concentrer sur le seul son. Nous ne provoquons pas les émotions, seul le son nous y amène. C’est difficile à analyser, mais j’essaie car on me pose souvent la question et moi-même cela m’intéresse. Pour essayer de trouver la clef de qui nous sommes exactement. »

À l’occasion d’un précédent album consacré à Chopin, vous avez réalisé un court métrage intitulé De Varsovie à Paris. Pourquoi ?
« J’ai un grand amour pour la Pologne, grâce aux réalisateurs de films polonais notamment. Krzysztof Kieślowski est mon réalisateur préféré. Je voulais montrer un aspect de Chopin qui me touche particulièrement. Comment aimer autant son pays, être patriote, et être un véritable Parisien puisqu’il a passé l’essentiel de sa vie à Paris ? (ndlr : Katia Buniatishvili vit à Paris). Ce film évoque aussi les relations complexes entre Europe de l’Est et Europe de l’Ouest. Les pays de l’Est ont toujours été confrontés à des problèmes de survie et ont toujours cherché la réponse en se tournant vers l’Europe de l’Ouest. La Pologne a connu les mêmes problèmes avec la Russie que la Géorgie aujourd’hui. Je voulais faire ce parallèle qui correspond, modestement, à ma vie et à notre envie de Géorgiens d’être plus proches de l’Europe, de la difficulté de mêler culture asiatique et européenne… »

Êtes-vous tentée par d’autres formes de réalisations artistiques ?
« Oui, j’aime toutes les formes d’art et je suis prête à les expérimenter. Même les formes qui ne sont pas encore créées, car l’art est la réalisation de fantasmes humains et je suis toujours prête à faire différentes expériences. »

Vous avez 26 ans, vous vous êtes distinguée dans les plus grands concours, vous jouez dans les plus grandes salles, avec les ensembles les plus réputés… Avez-vous encore des rêves ?
« Mes rêves ne sont jamais liés à ma carrière. Elle n’a jamais été un but mais un moyen. Plus on a du succès dans ce que l’on fait, plus on a de possibilités de réaliser ce que l’on a envie de faire. Je ne veux pas vous dire mes rêves personnels… mais la paix c’est sûr ! Je sais bien que la paix totale est impossible, mais savoir que quelque part quelqu’un souffre, cela peut me déranger au moment de m’endormir. »

Après deux CD consacrés chacun à un seul compositeur, dans votre nouvel album Motherland vous proposez un choix d’œuvres de compositeurs et d’époques différentes. Pourquoi ?
« Je voulais montrer plus de variétés, de différences. Motherland est avant tout un hommage à ma mère. Je voulais aussi évoquer à la fois la patrie, la féminité, la fécondité. J’y montre une partie plus intérieure, plus intime que j’essaie de partager avec mon public. »

Le choix des morceaux a-t-il été difficile ?
« Non, je les ai choisis à l’instinct. C’est facile, j’écoute la musique et si je ne suis pas touchée je ne choisis pas. Je connaissais bien sûr déjà certains morceaux, mais d’autres, que je cherchais dans la musique baroque par exemple, sont devenus évidents. Haendel était tellement touchant qu’il était facile de le choisir. »

Les critiques de vos concerts sont souvent très tranchées : soit on vous porte aux nues, soit on vous descend en flammes… Lisez-vous les critiques et y portez-vous attention ?
« Je ne les lis pas car je n’aime pas l’analyse de l’art, d’un moment unique. Qu’il s’agisse d’un concert ou d’un enregistrement il s’agit d’instants. Le concert ne dure pas et l’enregistrement est simplement le rendu d’une petite période de ma vie imprimé sur un disque. Je respecte ce métier bien sûr mais je ne veux pas vraiment analyser cela, et je n’aime pas trop donner d’interviews pour cette raison. »

Auprès de qui prenez-vous conseil ?
« Auprès de celle qui me connaît à 100%, ma mère. J’ai aussi quelques amies, des femmes, toutes pianistes qui me donnent leur opinion, ma sœur également. J’écoute également l’avis d’auditeurs qui me font part de leurs sentiments. Mais surtout, j’apprends de la vie. Ensuite lorsque je m’assois au piano, tout cela donne différentes couleurs à mon jeu. Je m’écoute en moi. Ma propre intuition peut me mener là où personne ne peut aller. Chaque personne est unique, chacun a un message particulier à délivrer. L’important est de trouver sa propre interprétation. »

Où choisissez-vous vos robes de concert ? Parce qu’elles suscitent toujours des commentaires, élogieux ou non, dans les articles !
« Ma mère est mon styliste ! Comme souvent, je porte aujourd’hui une Ralph Lauren, mais également Lanvin, Gucci, Dolce & Gabbana… Ma mère choisit toujours ou bien elle crée elle même des robes. Elles ne sont jamais vulgaires ! Ralph Lauren ne peut être vulgaire, c’est impossible ! Si je mets une jolie robe de soirée c’est pour respecter la tradition et non pour être originale. Depuis toujours, depuis le baroque et même avant, les musiciens s’habillent différemment lors des concerts. Si un jour je ne voulais plus respecter la tradition en revêtant autre chose qu’une robe de soirée vous le remarqueriez aussi ! Je choisis mes robes en fonction des œuvres que je joue. Pour Ravel par exemple, j’aime bien mettre la robe de velours noir de Ralph Lauren. Chacune d’elles possède des petits détails qui correspondent mieux à telle œuvre ou à telle autre. Sans doute que les personnes qui critiquent mes robes ne les voient pas... »

Brahms, Liszt, Chopin… C’est très beau, mais pour faire la fête, vous écoutez quoi ?
« Pas de musique classique ! Elle demande de s’arrêter et d’écouter. Pour la fête j’aime bien le jazz, surtout le smooth jazz d’Oscar Peterson. J’aime aussi beaucoup Sting. Pour la fête je ne sais pas vraiment, mais si je suis un peu sombre, Barbara éclaircit beaucoup mon humeur. »

Festival de Saint-Denis

Rendez-vous avec Katia Buniatishvili le samedi 14 juin.
- Quand : Du 21 mai au 27 juin 2014
- Tél. : 01 48 13 06 07
- www.festival-saint-denis.com

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