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La chaufferie bois de Stains, le grand mix énergétique

Inaugurée en novembre 2011, la chaufferie bois de Stains, qui sert à alimenter un réseau de chaleur exploité en délégation de service public par Cofély Réseaux, est un bon exemple de transition énergétique. Elle devrait d’ailleurs pouvoir être visitée par le public en 2015 à l’occasion d’itinéraires découverte proposés par le Conseil général en amont de la Conférence internationale sur le climat au Bourget.

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Coincée contre la voie de chemin de fer et les travaux de la future Tangentielle Nord, on la voit de loin, avec ses deux cheminées, l’une rouge et l’autre blanche. La centrale Nord ne date pas d’hier : depuis 1973, elle alimente en chauffage et en eau chaude sanitaire un réseau de chaleur exploité par Cofély Réseaux, une filiale de GDF Suez, via une délégation de service public. Ce réseau, sorte de super système de chauffage souterrain, englobe quatre villes : Saint-Denis, Stains, Pierrefitte et l’Ile-Saint-Denis. Soit un équivalent de 40 000 logements, ce qui en fait le 2e réseau de chaleur le plus important d’Ile-de-France.

Depuis le temps que le bâtiment occupe les lieux, les habitants se sont faits à sa silhouette. Mais depuis novembre 2011, cette centrale de chauffage qui fonctionnait jusqu’ici uniquement à base de fioul s’est vu adjoindre une deuxième cheminée, symbole d’un changement majeur dans ses entrailles. Depuis cette date, l’énergie produite au sein de la chaufferie provient en effet principalement du bois et non plus du seul fioul. Un changement considérable à l’heure du réchauffement climatique et des alternatives recherchées au tout-carbone. « Grâce à la chaudière bois, 26 % de l’énergie acheminée vers le réseau de chaleur de Saint-Denis est désormais de l’énergie renouvelable », détaille Grégoire de Chillaz, directeur pour l’Ile-de-France Nord de Cofély Réseaux.

De fait, la construction de cette chaufferie a complètement modifié l’équilibre du mix énergétique proposé au réseau de chaleur de Saint-Denis : de 12 %, l’utilisation du fioul comme moyen de chauffage est passée à 5 % tandis que le gaz passait lui de 85 à 67 %. En termes de bilan carbone, le résultat est lui aussi palpable : depuis 2011, ce sont ainsi 23 000 tonnes d’émissions de CO2 qui ont été évitées chaque année.
Amorcée depuis quelques années maintenant, notamment sous l’impulsion de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), la transition énergétique menée par Cofély Réseaux devrait se poursuivre. « Au titre du nouveau contrat de délégation de service public que nous venons de signer, nous nous engageons à faire passer notre part d’énergies renouvelables à 60 %, principalement grâce à la construction d’une deuxième chaudière bois, sur notre site du Fort de l’Est, à Saint-Denis », explique Grégoire de Chillaz. Cette évolution sera complétée par l’abandon définitif du fioul sur le site de Stains, qui, fin 2015, passera à un modèle mixte bois-gaz naturel.

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Pour cette deuxième chaudière bois dans le réseau de Saint-Denis, le Conseil régional et l’ADEME, qui avaient déjà contribué chacun à hauteur 2 millions d’euros pour la construction de la chaufferie de Stains (sur un total de 14 millions), devraient à nouveau participer au financement. La transition énergétique, bénéfique à l’environnement, l’est en effet aussi à terme pour le porte-monnaie des usagers. « La baisse des tarifs est déjà effective puisque nous avons anticipé l’application du taux réduit de TVA auquel donne droit le mix énergétique lorsqu’il dépasse 50 % d’énergies renouvelables. Une chose qui chez nous sera effective en 2015 ou 2016 », avance Grégoire de Chillaz.

Quant à la qualité de l’air qui pourrait être dégradée du fait d’une concentration particulièrement élevée de micro-particules résultant de la combustion du bois, ce risque est écarté par les dirigeants du site. « Les cendres sèches passent toutes à travers une série de filtres à manches. Ce dispositif nous permet d’être en deçà des valeurs limites d’émission fixées par l’ensemble des réglementations nationales et européennes et validée par un arrêté préfectoral. Par ailleurs, la préfecture s’assure par des contrôles mensuels que nous sommes bien aux normes », expose Bassir Sufyar, directeur de production du site.

Innovants, la chaufferie de Stains et son alter ego qui sortira bientôt de terre au Fort de l’Est sont donc de bons exemples d’une transition énergétique réussie. A ce titre, ce site – trop méconnu - devrait figurer dans le programme des « itinéraires découverte », parcours proposés par le Conseil général de la Seine-Saint-Denis pour faire visiter des exemples vertueux en matière de développement durable, à l’occasion de la COP21 (Conférence internationale sur le climat sous l’égide de l’ONU).

Christophe Lehousse

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La chaufferie bois de Stains, comment ça marche ?

Dans l’arrière-cour de la centrale, quatre fosses, béantes, attendent que s’y déverse le contenu des camions qui, tous les jours de la semaine, approvisionnent en bois la chaufferie. L’une est consacrée aux « rémanents » - des chutes de bois qui proviennent de l’industrie forestière - l’autre à des palettes qui ont été broyées. Le mélange des deux types de bois se fait dans les deux autres fosses, dites « actives ». Si le transport se fait uniquement par route – le fret ferroviaire ou fluvial a été écarté pour des raisons de rentabilité – le bois provient exclusivement de forêts d’Ile-de-France. Limiter ses transports à un rayon de moins de 100 kilomètres figure du reste dans les critères de l’ADEME pour pouvoir recevoir des subventions.
Placé dans les fosses actives, le bois est ensuite convoyé sur des rails vers les deux chaudières bois, d’une puissance de 8 Mégawatts chacune. Toutes les 3 ou 4 minutes, les copeaux de bois sont ensuite poussés par des vérins dans la fournaise, qui n’est toutefois pas visible à l’oeil nu, excepté à travers une petite fenêtre de surveillance. « Souvent, les visiteurs qui viennent ici s’imaginent qu’ils verront des petits bonhommes pousser des bûches dans une chaudière, s’amuse Jean-Pierre Collioud, responsable production depuis 1 an sur le site. Mais non, tout est automatisé ». Et contrôlé depuis une salle de supervision d’où l’on peut piloter non seulement la chaudière bois de Stains, mais aussi les 3 autres unités de production du réseau de chaleur de Saint-Denis. Sur les 45 salariés que compte le réseau de chaleur, seule une équipe tournante de 3 personnes est donc présente sur site pour contrôler les installations.
Après la combustion, les cendres se séparent en deux. Une partie, volatile et sèche, passe dans des filtres à manches placés dans des vis, sortes de cônes métalliques. L’autre partie, dite humide parce que refroidie avec de l’eau, est évacuée par camion après avoir décanté. Si bien que le filet blanc qui s’échappe de la cheminée est surtout constitué de vapeur d’eau, la centrale étant en-deçà des valeurs d’émission réglementaires.
Jean-Pierre Collioud, qui travaillait auparavant à Bagnolet dans une centrale fonctionnant au charbon, peut témoigner du grand changement entre les deux types d’énergies : « à l’époque, c’était très physique comme travail, il fallait monter dans des cuves pour nettoyer. Là, c’est essentiellement un travail de veille et de vigilance ». De ce point de vue là aussi, le bois a du bon.

CL

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