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La Syrie à l’échelle des gens

Mardi 15 septembre, la réalisatrice Ranwa Stéphan a présenté à La Courneuve une exposition photo se proposant de donner un visage au drame syrien. Cinq portraits de Syriens rencontrés au cours de ses trois voyages effectués en 2014 vous attendent à la Maison de la citoyenneté de la Courneuve, jusqu’au 30 septembre.

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« Je trouvais que quand on parle de la Syrie, on parle de Bachar, de Daesh, de rebelles, mais on oublie que tout un tas de gens subissent tout simplement le quotidien de la guerre. C’est ce que j’ai voulu montrer ici. » D’emblée, Ranwa Stéphan décline l’étiquette d’analyste stratégique. La géopolitique est évidemment importante pour comprendre le conflit syrien, mais elle a parfois le tort de faire oublier le sort de civils tout simplement pris en otage par la guerre.

C’est notamment ce qu’a pu constater cette Courneuvienne de 41 ans au cours de ses trois voyages faits en 2014 à Kafranbel, une ville située au sud-ouest d’Alep, dans une zone tenue par les rebelles hostiles au gouvernement de Bachar al-Assad.

Réalisatrice et monteuse de profession, cette jeune femme arabophone s’est vue proposer de partir en mars 2014 en Turquie pour y former de jeunes Syriens en exil au montage vidéo. Guidée par deux Syriens épris de liberté - « qui avaient le projet un peu fou de participer à un festival de graffitis » pour commémorer les trois ans de la révolution de 2011 - elle a ensuite sauté par trois fois le pas pour aller jusqu’à Kafranbel, « une ville symbole dans la révolution parce que laïque et libertaire ».
De ses trois périples, la jeune femme a ramené 11 portraits photos de Syriens, dont 5 sont exposés jusqu’au 30 septembre à la Maison de la Citoyenneté.

On découvre ainsi le quotidien de Khaled, un ancien policier qui a déserté quand le régime de Bachar al-Assad lui a demandé de tirer sur la foule des manifestants et qui tient désormais un stand de brochettes. Ou encore de Hassan, un de ces jeunes Syriens qui a justement cru au slogan de la Révolution – liberté et dignité – et qui est sorti dans la rue pour le défendre.

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Dans l’exposition de Ranwa Stéphan, les femmes sont en revanche plus rares, et pour cause. « La société syrienne reste encore très traditionnelle. La rue, l’espace public sont des univers masculins. Sans compter que j’avais le plus grand mal à faire des photos ou à filmer. Là-bas, 40 ans de dictature ont rendu les gens très méfiants. » Rahmé, vieille femme de 84 ans, est ainsi la seule représentante féminine, et crie son désespoir à la face du spectateur : « Quand tu vis cette guerre à la fin de ta vie, tu te souhaites la mort. », déclare-t-elle sur le panneau qui accompagne son portrait.
Ses trois voyages, Ranwa Stéphan les juge à la fois représentatifs de la détermination des gens sur place mais aussi de l’évolution de la situation en Syrie. « Au fur et à mesure de mes voyages, j’ai vu les choses changer », explique-t-elle en ponctuant son exposé de petits extraits vidéos qui déboucheront peut-être bientôt sur un documentaire.

En octobre 2014, lors de son troisième voyage, la jeune femme ressent ainsi que le soutien populaire à la révolution a diminué, au profit de certaines mouvances d’obédience islamiste. Pour Ranya, jeune femme qui avait créé plusieurs centres pour femmes réfugiées à Kafranbel et qu’on découvre aussi dans l’une des vidéos, c’est forcément une mauvaise nouvelle.
Pour les candidats à l’exil aussi, la corde s’est dramatiquement tendue. « Lors de mon premier voyage, on rejoignait la Turquie par un bac sur une petite rivière, lors de mon troisième passage on s’est fait tirer dessus par les garde-frontières turcs. Or la Turquie est la seule porte de sortie pour des milliers de gens », insiste-t-elle.

Pour conclure son témoignage, la réalisatrice a choisi les mots poignants de Hassan, à l’adresse de l’Europe. Face caméra, le jeune homme de 27 ans déclare : « Avec tout ce qui s’est passé, les Occidentaux croient que chaque Syrien est un terroriste. Alors qu’on est juste des civils. Quand un Syrien arrive en Europe, sachez qu’il arrive de l’enfer. Accueillez-le bien, sil vous plaît. »

Christophe Lehousse

N.B : l’exposition photo de Ranwa Stéphan est visible à la Maison de la Citoyenneté jusqu’au 30 septembre

Cette exposition s’inscrit dans un cycle de rencontres sur la Syrie proposé par l’association « Mille mondes ». Le 17 septembre, la réalisatrice syrienne Hala Alabdalla propose ainsi un spectacle intitulé « La femme syrienne est une révolution » et le 30, une rencontre aura lieu autour de la gastronomie de ce pays. Renseignements sur http://www.ville-la-courneuve.fr/

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Ce qu’ils en ont pensé
Omar, 32 ans
« Ce travail me touche d’autant plus que je suis franco-syrien. Je suis né en France, mais j’ai vécu mon adolescence en Syrie. C’est toujours très positif quand on s’intéresse comme Ranwa aux gens. La population syrienne est actuellement prise entre deux feux, celui de l’armée de Bachar et celui de Daesh. On voit beaucoup la guerre dans les médias, mais moins les aspirations des simples civils. Il faut se reconcentrer aujourd’hui sur ce qui se passe en Syrie, quitter un peu les plages turques ou grecques, pour mieux comprendre pourquoi les gens fuient. »

Coraline, 25 ans
« Cette expo m’a beaucoup touchée. C’est essentiel d’avoir ces témoignages de civils, du peuple syrien, qu’on entend très peu finalement dans les médias. On a des discussions économiques, géopolitiques, mais les humains qui sont dans cette crise disparaissent. Enfin, sur l’accueil des réfugiés, je dirais que l’Europe n’en fait pas assez. Des pays voisins de la Syrie comme le Liban ou la Turquie sont actuellement saturés et l’Europe rechigne à recueillir des migrants alors qu’elle en a la capacité »

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